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HISTOIRE PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE, Des établiſſemens & du commerce des Européens dans les deux Indes.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE Des établiſſemens & du commerce des Européens dans les deux Indes.
HISTOIRE PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE DES ETABLISSEMENS ET DU COMMERCE DES EUROPEENS DANS LES DEUX INDES.

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LIVRE SIXIEME.
LIVRE SIXIEME.
LIVRE SIXIÈME.
LIVRE SIXIÈME.
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LES royaumes de Caſtille & d’Arragon venoient de ſe réunir par le mariage de Ferdinand & d’Iſabelle. Cette réunion, & la conquête des provinces que les maures avoient poſſédées ſi long-temps en Eſpagne, donnoient à cette monarchie, une conſidération dans l’Europe égale à celle des plus grandes puiſſances. Le gouvernement ne s’occupoit que du ſoin d’affermir ſon autorité, & d’établir l’ordre dans ſes poſſeſſions. Les richeſſes que les Portugais commençoient à rapporter d’afrique, n’avoient point excité ſon émulation ; & la Cour ne ſongeoit [2]point à des découvertes dans des mers éloignées.

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Découverte de l’Amérique. Conquête du Mexique ; établiſſemens Eſpagnols dans cette partie du nouveau-monde.
Découverte de l’Amérique. Conquête du Mexique. Etabliſſemens Eſpagnols dans cette partie du Nouveau-Monde.
DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE. CONQUÊTE DU MEXIQUE. ÉTABLISSEMENS ESPAGNOLS DANS CETTE PARTIE DU NOUVEAU-MONDE.
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L’HISTOIRE ancienne offre un magnifique ſpectacle. Ce tableau continu de grandes révolutions, de mœurs héroiques, & d’événemens1 extraordinaires, deviendra de plus en plus intéreſſant, à meſure qu’il ſera rare de trouver quelque choſe qui lui reſſemble . Il eſt paſſé le tems3 de la fondation & du renverſement des empires ! Il ne ſe trouvera plus l’homme devant qui la terre ſe taiſoit ! Les nations, après de longs ébranle[2]mens , après les combats de l’ambition & de la liberté, ſemblent aujourd’hui fixées dans le morne repos de la ſervitude. On combat aujourd’hui avec la foudre, pour la priſe de quelques villes, & pour le caprice de quelques hommes puiſſans : on combattoit autrefois avec l’épée, pour détruire & fonder des royaumes, ou pour venger les droits naturels de l’homme. L’hiſtoire des peuples eſt ſeche & petite, ſans que les peuples ſoient plus heureux. Une oppreſſion journaliere a ſuccédé aux troubles & aux orages ; & l’on voit avec peu d’intérêt des eſclaves plus ou moins avilis, ſe battre4 avec leurs chaines pour amuſer la fantaiſie de leurs maîtres.
L’HISTOIRE ancienne offre un magnifique ſpectacle. Ce tableau continu de grandes révolutions , de mœurs héroïques & d’événemens1 extraordinaires, deviendra de plus en plus intéreſſant, à meſure qu’il ſera plus2 [326]rare de trouver quelque choſe qui lui reſſemble . Il eſt paſſé, le tems3 de la fondation & du renverſement des empires ! Il ne ſe trouvera plus, l’homme devant qui la terre ſe taiſoit !Les nations, après de longs ébranlemens , après les combats de l’ambition & de la liberté, ſemblent aujourd’hui fixées dans le morne repos de la ſervitude. On combat aujourd’hui avec la foudre, pour la priſe de quelques villes, & pour le caprice de quelques hommes puiſſans : on combattoit autrefois avec l’épée, pour détruire & fonder des royaumes, ou pour venger les droits naturels de l’homme. L’hiſtoire des peuples eſt ſèche & petite, ſans que les peuples ſoient plus heureux. Une oppreſſion journalière a ſuccédé aux troubles & aux orages & l’on voit avec peu d’intérêt des eſclaves plus ou moins avilis, s’aſſommer4 avec leurs chaînes, pour amuſer la fantaiſie de leurs maîtres.
L’HISTOIRE ancienne offre un magnifique spectacle . Ce tableau continu de grandes révolutions, de mœurs héroïques et dʼévénemens1 extraordinaires , deviendra de plus en plus intéressant à mesure qu’il sera plus2 rare de trouver quelque chose qui lui ressemble. Il est passé le temps3 de la fondation et du renversement des empires ! Il ne se trouvera plus l’homme devant qui la terre se taisait ! Les nations, après de longs ébranlemens , après les combats de l’ambition et de la liberté, semblent aujourd’hui fixées dans le morne repos de la servitude. On combat aujourd’hui avec la foudre pour la prise de quelques villes et pour le caprice de quelques hommes puissans : on combattait autrefois avec l’épée pour détruire et fonder des royaumes, ou pour venger les droits naturels de l’homme. L’histoire des peuples est sèche et petite, sans que les peuples soient plus heureux. Une oppression journalière a succédé aux troubles et aux orages ; et l’on voit avec peu d’intérêt des esclaves plus ou moins avilis s’assommer4 avec leurs chaînes pour amuser la fantaisie de leurs maîtres.
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L’Europe, cette partie du globe qui agit le plus ſur toutes les autres, paroît avoir pris une aſſiette ſolide & durable. Ce ſont des ſociétés puiſſantes, éclairées, étendues, jalouſes, dans un dégré preſque égal. Elles ſe preſſeront les unes les autres ; & au milieu de cette fluctuation continuelle, les unes s’étendront, d’autres ſeront reſſerrées, & la balance penchera alternativement d’un côté & de l’autre, ſans être jamais renverſée. Le fanatiſme de religion & l’eſprit de conquête , ces deux cauſes perturbatrices du globe, ont ceſſé1. Ce levier, dont l’extrémité eſt ſur la terre & le point d’appui dans le ciel, eſt rompu ; &4 les ſouverains commencent à s’ap[3]percevoir5 , non pas6 pour le bonheur de leurs peuples, dont ilsne ſe ſoucient guère7, mais pour leur propre intérêt, que le grand point8 eſt de réunir la ſûreté & les richeſſes. On entretient de nombreuſes armées, on fortifie ſes frontieres, & l’on commerce.
L’Europe, cette partie du globe qui agit le plus ſur toutes les autres, paroît avoir pris une aſſiette ſolide & durable. Ce ſont des ſociétés puiſſantes, éclairées, étendues, jalouſes dans un degré preſque égal. Elles ſe preſſeront les unes les autres ; & au milieu [327]de cette fluctuation continuelle, les unes s’étendront, d’autres ſeront reſſerrées, & la balance penchera alternativement d’un côté & de l’autre, ſans être jamais renverſée. Le fanatiſme de religion & l’eſprit de conquête , ces deux cauſes perturbatrices du globe, ne ſont plus1 ce qu’elles étoient. Le2 levier ſacré3, dont l’extrémité eſt ſur la terre & le point d’appui dans le ciel, eſt rompu ou très-affoibli4. Les ſouverains commencent à s’appercevoir5, non pour le bonheur de leurs peuples, qui les touche peu7, mais pour leur propre intérêt, que l’objet important8 eſt de réunir la ſûreté & les richeſſes. On entretient de nombreuſes armées, on fortifie ſes frontières, & l’on commerce.
L’Europe, cette partie du globe qui agit le plus sur toutes les autres, paraît avoir pris une assiette solide et durable. Ce sont des sociétés puissantes, éclairées, étendues, jalouses dans un degré presque égal. Elles se presseront les unes les autres ; et au milieu de cette fluctuation continuelle, les unes s’étendront, d’autres seront resserrées, et la balance penchera alternativement d’un côté et de l’autre sans être jamais renversée. Le fanatisme de religion et l’esprit de conquête, ces deux causes perturbatrices du globe, ne sont plus1 ce qu’ils étaient. Le2 levier sacré3, dont l’extrémité est sur la terre et le point d’appui dans le ciel, est rompu ou très-affaibli4. Les souverains commencent à s’apercevoir5, non pour le bonheur de leurs peuples, qui les touche peu7, mais pour leur propre intérêt, que l’objet important8 est de réunir la sûreté et les richesses. On entretient de nombreuses armées, on fortifie ses frontières, et l’on commerce.
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Il s’établit en Europe un eſprit de trocs & d’échanges, qui peut donner lieu à de vaſtes ſpeculations dans les têtes des particuliers ; mais ami de la tranquilité2 & de la paix. Une guerre, au milieu des nations commerçantes , eſt un incendie qui les ravage toutes ; c’eſt un procès qui menace la fortune d’un grand négociant, & qui fait pâlir tous ſes créanciers3. Le tems4 n’eſt pas loin, où la ſanction tacite5 des gouvernemens s’étendra aux engagemens particuliers des ſujets d’une nation6 avec les ſujets d’une7 autre, & où ces banqueroutes, dont les contre-coups ſe font ſentir à des diſtances immenſes, deviendront des conſidérations d’état. Dans ces ſociétés mercantiles8, la découverte d’une iſle9, l’importation d’une nouvelle denrée, l’invention d’une machine, l’établiſſement d’un comptoir , l’invaſion d’une branche de commerce , la conſtruction d’un port, deviendront les tranſactions les plus importantes ; & les annales des peuples demanderont à être écrites par des commerçans philoſophes, comme elles l’étoient autrefois par des hiſtoriens orateurs.
Il s’établit en Europe un eſprit de trocs & d’échanges, qui peut donner lieu à de vaſtes ſpéculations dans les têtes des particuliers : mais cet eſprit eſt1 ami de la tranquillité2 & de la paix. Une guerre, au milieu des nations commerçantes, eſt un incendie qui les ravage toutes. Le tems4 n’eſt pas loin, où la ſanction des gouvernemens s’étendra aux engagemens particuliers des ſujets d’un peuple6 avec les ſujets d’un7 autre, & où ces ban[328]queroutes , dont les contre-coups ſe font ſentir à des diſtances immenſes, deviendront des conſidérations d’état. Dans ces ſociétés mercantilles8, la découverte d’une iſle9, l’importation d’une nouvelle denrée, l’invention d’une machine, l’établiſſement d’un comptoir, l’invaſion d’une branche de commerce , la conſtruction d’un port, deviendront les tranſactions les plus importantes ; & les annales des peuples demanderont à être écrites par des commerçans philoſophes, comme elles l’étoient autrefois par des hiſtoriens orateurs.
Il s’établit en Europe un esprit de trocs et d’échanges qui peut donner lieu à de vastes spéculations dans les têtes des particuliers ; mais cet esprit est1 ami de la tranquillité2 et de la paix. Une guerre au milieu des nations commerçantes est un incendie qui les ravage toutes. Le temps4 n’est pas loin où la sanction des gouvernemens s’étendra aux engagemens particuliers des sujets d’un peuple6 avec les sujets d’un7 autre, et où ces banqueroutes , dont les contre-coups se font sentir. [210]à des distances immenses, deviendront des considérations d’état. Dans ces sociétés mercantiles8, la découverte d’une île9, l’importation d’une nouvelle denrée, l’invention d’une machine, l’établissement d’un comptoir, l’invasion d’une branche de commerce, la construction d’un port, deviendront les transactions les plus importantes ; et les annales des peuples demanderont à être écrites par des commerçans philosophes, comme elles l’étaient autrefois par des historiens orateurs .
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La découverte d’un nouveau monde pouvoit ſeule fournir ces1 alimens à notre curioſité . Une vaſte terre en friche, l’humanité réduite à la condition animale, des campagnes ſans récoltes, des tréſors ſans poſſesſeurs , des ſociétés ſans police, des hommes ſans mœurs ; combien un pareil ſpectacle n’eût-il pas été plein d’intérêt & d’inſtruction pour un Locke, un Buffon, un Monteſquieu ! Quelle lecture eût été auſſi ſurprenante , auſſi délicieuſe2, auſſi pathétique que le récit de leur voyage ! Mais l’image de la nature brute & ſauvage, eſt déjà défigurée. Il faut ſe hâter d’en raſſembler les traits à demi effacés3, après avoir fait connoître4 les avides & féroces chrétiens, qu’un malheureux hazard5 conduiſit d’abord dans cet autre hémiſphere.
La découverte d’un nouveau monde pouvoit ſeule fournir des1 alimens à notre curioſité . Une vaſte terre en friche, l’humanité réduite à la condition animale, des campagnes ſans récoltes, des tréſors ſans poſſeſſeurs, des ſociétés ſans police, des hommes ſans mœurs : combien un pareil ſpectacle n’eût-il pas été plein d’intérêt & d’inſtruction pour un Locke, un Buffon, un Monteſquieu ! Quelle lecture eût été auſſi ſurprenante, auſſi pathétique que le récit de leur voyage ! Mais l’image de la nature brute & ſauvage, eſt déja défigurée. Il faut ſe hâter d’en raſſem[329]bler les traits à demi-effacés3, après avoir peint & livré l’exécration4 les avides & féroces chrétiens, qu’un malheureux haſard5 conduiſit d’abord dans cet autre hémiſphère.
La découverte d’un nouveau monde pouvait seule fournir des1 alimens à notre curiosité. Une vaste terre en friche, l’humanité réduite à la condition animale, des campagnes sans récoltes, des trésors sans possesseurs, des sociétés sans police, des hommes sans mœurs, combien un pareil spectacle n’eût-il pas été plein d’intérêt et d’instruction pour un Locke, un Buffon, un Montesquieu ! Quelle lecture eût été aussi surprenante, aussi pathétique que le récit de leur voyage ! Mais l’image de la nature brute et sauvage est déjà défigurée. Il faut se hâter d’en rassembler les traits à demi-effacés3, après avoir peint et livré à l’exécration4 les avides et féroces chrétiens qu’un malheureux hasard5 conduisit d’abord dans cet autre hémisphère.
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L’Eſpagne, connue dans les premiers âges ſous le nom d’Heſperie & d’Iberie, étoit habitée par des peuples qui, défendus d’un côté par la mer, & gardés de l’autre par les Pyrénées, jouiſſoient tranquillement d’un climat agréable, d’un pays abondant, & ſe gouvernoient par leurs uſages. La partie de la nation qui occupoit le Midi, étoit un peu ſortie de la barbarie, par quelque forte liaiſon qu’elle avoit avec les étrangers ; mais les habitans des côtes de l’Océan reſſembloient à tous les peuples, qui1 ne connoiſſent2 d’au[5]tre exercice que celui de la chaſſe. Ce genre de vie avoit pour eux tant de charmes, qu’ils laiſſoient à leurs femmes tous les travaux de l’agriculture. On étoit parvenu à leur en faire ſupporter les fatigues, en formant tous les ans une aſſemblée générale, où celles qui s’etoient le plus diſtinguées dans cet exercice, recevoient des éloges publics.
L’Eſpagne, connue dans les premiers âges ſous le nom d’Heſpérie & d’Ibérie, étoit habitée par des peuples, qui, défendus d’un côté par la mer, & gardés de l’autre par les Pyrénées, jouiſſoient tranquillement d’un climat agréable, d’un pays abondant, & ſe gouvernoient par leurs uſages. La partie de la nation qui occupoit le Midi, étoit un peu ſortie de la barbarie, par quelque foible liaiſon qu’elle avoit avec les étrangers : mais les habitans des côtes de l’océan reſſembloient tous les peuples qui1 ne connoiſſent2 d’autre exercice que celui de la chaſſe. Ce genre de vie avoit pour eux tant de charmes , qu’ils laiſſoient à leurs femmes tous les travaux de l’agriculture. On étoit parvenu à leur en faire ſupporter les fatigues, en formant tous les ans une aſſemblée générale, où celles qui s’étoient le plus diſtinguées dans cet exercice, recevoient des éloges publics.
L’Espagne, connue dans les premiers âges sous le nom d’Hespérie et d’Ibérie, était habitée par des peuples qui, défendus d’un côté par la mer, [211]et gardés de l’autre par les Pyrénées, jouissaient tranquillement d’un climat agréable, d’un pays abondant, et se gouvernaient par leurs usages. Ils1 ne connaissaient2 d’autre exercice que celui de la chasse. Ce genre de vie avait pour eux tant de charmes, qu’ils laissaient à leurs femmes tous les travaux de l’agriculture. On était parvenu à leur en faire supporter les fatigues, en formant tous les ans une assemblée générale, où celles qui s’étaient le plus distinguées dans cet exercice recevaient des éloges publics.
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Voilà donc le ſexe le plus foible livré aux [330]travaux les plus durs de la vie, ſoit ſauvage , ſoit civiliſée ; la jeune fille tenant dans ſes mains délicates les inſtrumens du labour ; ſa mère, peut-être enceinte d’un ſecond, d’un troiſième enfant, le corps penché ſur la charrue , & enfonçant le ſoc ou la bêche dans le ſein de la terre pendant des chaleurs brûlantes . Ou je me trompe fort, ou ce phénomène eſt pour celui qui réfléchit un des plus ſurprenans qui ſe préſentent dans les annales bizarres de notre eſpèce. Il ſeroit difficile de trouver un exemple plus frappant de ce que l’hommage national peut obtenir : car il y a moins d’héroïſme à expoſer ſa vie qu’à la conſacrer à de longues fatigues. Mais ſi tel eſt le pouvoir des hommes raſſemblés ſur l’eſprit de la femme, quel ne ſeroit point celui des femmes raſſemblées ſur le cœur de l’homme ?

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Telle étoit la ſituation de1 l’Eſpagne, lorſque les Carthaginois tournerent leurs regards avides vers une région remplie de richeſſes inconnues à ſes habitans. Ces négocians2 qui couvroient3 la Méditerranée de4 leurs vaiſſeaux , ſe préſenterent comme5 des amis, qui, en échange6 de métaux inutiles, offroient des commodités ſans nombre. L’appât d’un commerce7 , en apparence ſi avantageux, ſéduiſit à tel point8 les Eſpagnols, qu’ils permirent à ces républicains9 de bâtir ſur les côtes10, des maiſons pour ſe loger, des magaſins pour la ſûreté de11 leurs marchandiſes, des temples pour l’exercice de leur religion. Ces établiſſemens devinrent inſenſiblement des fortereſſes , dont une puiſſance plus ruſée que guerriere profita, pour12 aſſervir des peuples crédules, toujours diviſés entr’13eux, toujours irréconciliables14. En achetant les uns, en intimidant les autres, Carthage vint à bout de ſubjuguer l’Eſpagne, avec les ſoldats & les tréſors de l’Eſpagne même.
Telle étoit la ſituation de1 l’Eſpagne, lorſque les Carthaginois tournèrent leurs regards avides vers une région remplie de richeſſes inconnues à ſes habitans. Ces négocians2 qui couvroient3 la Méditerranée de4 leurs vaiſſeaux , ſe préſentèrent comme5 des amis, qui, en échange6 de métaux inutiles offroient des commodités sans nombre. L’appât d’un [331]commerce7 en apparence ſi avantageux, ſéduiſit à tel point8 les Eſpagnols, qu’ils permirent à ces républicains9 de bâtir ſur les côtes10, des maiſons pour ſe loger, des magaſins pour la ſûreté de11 leurs marchandiſes, des temples pour l’exercice de leur religion. Ces établiſſemens devinrent inſenſiblement des fortereſſes , dont une puiſſance plus ruſée que guerrière profita, pour12 aſſervir des peuples crédules, toujours diviſés entr’13eux, toujours irréconciliables14. En achetant les uns, en intimidant les autres, Carthage vint à bout de ſubjuguer l’Eſpagne, avec les ſoldats & les tréſors de l’Eſpagne même.
Telle était l’Espagne lorsque les Phéniciens y firent voir leur pavillon. Ce fut Cadix qu’ils abordèrent ; on les accueillit, et les échanges commencèrent. L’importance qu’acquit assez rapidement cette liaison détermina les Phocéens2, qui venaient de fonder Marseille, donner3 la même direction 4 leurs voiles, et ils établirent5 des comptoirs sur les côtes6 de la Catalogne, de l’Aragon , de Valence, comme ceux dont ils suivaient les traces7 en avaient placé sur les rivages de l’Andalousie. Il restait entre8 les deux nations rivales un espace que les Carthaginois ne tardèrent pas occuper9. De l’aveu des naturels, ils y bâtirent10 des maisons pour se loger, des magasins pour recevoir11 leurs marchandises, des temples pour l’exercice de leur religion. Ces établissemens devinrent insensiblement des forteresses qui mirent leurs heureux possesseurs en état d’éloigner les navigateurs qui les avaient précédés, et [212]d’12asservir des peuples crédules, toujours divisés entre13 eux. En achetant les uns, en intimidant les autres, Carthage vint à bout de subjuguer l’Espagne avec les soldats et les trésors de l’Espagne même.
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Les Carthaginois devenus les maîtres de la plus grande & de la plus précieuſe partie de cette belle contrée, parurent ignorer ou mépriſer les moyens d’y affermir leur domination . Au lieu de continuer à s’approprier pour des effets de peu de valeur, l’or & l’argent que fourniſſoient aux vaincus des mines abondantes, ils voulurent tout emporter de force. Cet eſprit de tyrannie paffa1 de la république au général, à l’officier, au ſoldat, au négociant même. Une conduite ſi violente jetta2 les provinces ſoumiſes dans le déſeſpoir , & inſpira à celles qui étoient encore libres, une horreur extrême pour un joug ſi dur. Ces diſpoſitions déterminerent les unes & les autres à accepter des ſecours auſſi funeſtes que leurs maux étoient cruels. L’Eſpagne devint un théâtre de jalouſie, d’ambition & de haine entre Rome & Carthage.
Les Carthaginois devenus les maîtres de la plus grande & de la plus précieuſe partie de cette belle contrée, parurent ignorer ou mépriſer les moyens d’y affermir leur domination . Au lieu de continuer à s’approprier pour des effets de peu de valeur, l’or & l’argent que fourniſſoient aux vaincus des mines abondantes, ils voulurent tout emporter de force. Cet eſprit de tyrannie paſſa1 de la république au général, à l’officier, au ſoldat, au négociant même. Une conduite ſi violente jetta2 les provinces ſoumiſes dans le [332]déſeſpoir, & inſpira à celles qui étoient encore libres, une horreur extrême pour un joug ſi dur. Ces diſpoſitions déterminèrent les unes & les autres à accepter des ſecours auſſi funeſtes que leurs maux étoient cruels. L’Eſpagne devint un théâtre de jalouſie, d’ambition & de haîne entre Rome & Carthage.
Les Carthaginois, devenus les maîtres de la plus grande et de la plus précieuse partie de cette belle contrée, parurent ignorer ou mépriser les moyens d’y affermir leur domination. Au lieu de continuer à s’approprier, pour des effets de peu de valeur, l’or et l’argent que fournissaient aux vaincus des mines abondantes, ils voulurent tout emporter de force. Cet esprit de tyrannie passa1 de la république au général, à l’officier, au soldat , au négociant même. Une conduite si violente jeta2 les provinces soumises dans le désespoir , et inspira à celles qui étaient encore libres une horreur extrême pour un joug si dur. Ces dispositions déterminèrent les unes et les autres à accepter des secours aussi funestes que leurs maux étaient cruels. L’Espagne devint un théâtre de jalousie, d’ambition et de haine entre Rome et Carthage.
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Les deux républiques combattirent avec beaucoup d’acharnement, pour ſavoir à qui l’empire de cette belle portion de l’Europe appartiendroit. Peut-être ne ſeroit-il reſté ni à l’une ni à l’autre, ſi les Eſpagnols, ſpectateurs tranquilles des événemens, euſſent laiſſé le tems1 aux nations rivales de ſe conſumer. Mais pour avoir voulu être acteurs dans ces ſcènes ſanglantes, ils ſe trouverent eſclaves des Romains, & continuerent à l’être juſqu’au cinquiéme ſiécle.
Les deux républiques combattirent avec beaucoup d’acharnement, pour ſavoir à qui l’empire de cette belle portion de l’Europe appartiendroit. Peut-être ne ſeroit-il reſté ni à l’une, ni à l’autre, ſi les Eſpagnols, ſpectateurs tranquilles des événemens, euſſent laiſſé le tems1 aux nations rivales de ſe conſumer . Mais pour avoir voulu être acteurs dans ces ſcènes ſanglantes, ils ſe trouvèrent eſclaves des Romains, & continuèrent à l’être juſqu’au cinquième ſiècle.
Les deux républiques combattirent avec beaucoup d’acharnement pour savoir à qui l’empire de cette belle portion de l’Europe appartiendrait. Peut-être ne serait-il resté ni à l’une ni à l’autre, si les Espagnols, spectateurs tranquilles des événemens , eussent laissé le temps1 aux nations rivales de se consumer. Mais, pour avoir voulu être ac[213]teurs dans ces scènes sanglantes, ils se trouvèrent esclaves des Romains, et continuèrent à l’être jusqu’au cinquième siècle.
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Bientôt1 la corruption des maîtres du monde inſpira aux peuples ſauvages du Nord, l’audace d’envahir des provinces mal gouvernées & mal défendues. Les Sueves, les Alains, les Vandales, les Goths, paſſerent2 les Pyrénées3.
Bientôt1 la corruption des maîtres du monde inſpira aux peuples ſauvages du Nord, l’audace d’envahir des provinces mal gouvernées & mal défendues. Les Sueves, les Alains, les Vandales, les Goths, paſſèrent2 les Pyrénées3 .
Alors1 la corruption des maîtres du monde inspira aux peuples sauvages du nord l’audace d’envahir des provinces mal gouvernées et mal défendues . Les Vandales se jetèrent sur l’Espagne en 409, la ravagèrent d’un bout l’autre, y causèrent par leurs brigandages une peste, une famine horrible, s’en rendirent maîtres en deux ans, et en partagèrent au sort2 les différentes parties3.
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Accoutumés au métier1 des brigands, ces barbares ne purent devenir citoyens2 ; & ils3 ſe firent4 une guerre vive5. Les Goths plus habiles ou plus heureux, ſoumirent leurs ennemis, & compoſerent de toutes les Eſpagnes un état6, qui, malgré le vice de ſes inſtitutions, malgré les rapines des Juifs7 qui en étoient les ſeuls commerçans, ſe ſoutint8 juſqu’au commencement du huitiéme ſiécle.
Accoutumés au métier1 des brigands, ces barbares ne purent devenir citoyens2 ; & ils3 ſe firent4 une guerre vivre5. Les Goths plus [333]habiles ou plus heureux, ſoumirent leurs ennemis , & compoſèrent de toutes les Eſpagnes un état6, qui, malgré le vice de ſes inſtitutions, malgré les rapines des Juifs7 qui en étoient les ſeuls commerçans, ſe ſoutint8 juſqu’au commencement du huitième ſiècle.
Ces barbares n’avaient pas encore établi solidement leur domination lorsqu’ils se virent attaqués par1 des hommes aussi féroces qu’eux, qui avaient une origine peu près semblable2, et qui voulaient aussi3 se faire4 une patrie5. Les deux nations se battirent avec l’acharnement que méritait la riche proie qu’on se disputait. L’avantage resta aux Goths6, qui, plus habiles ou plus heureux que leurs concurrens, fondèrent un empire7 qui, malgré le vice de ses institutions féodales, subsista8 jusqu’au commencement du huitième siècle.
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A cette époque, les Maures qui1 avoient ſubjugué2 l’Afrique avec3 cette impétuoſité qui diſtinguoit toutes leurs entrepriſes, paſſerentla mer. Ils trouvent un roi ſans mœurs & ſans talens ; beaucoup de courtiſans4 & point de miniſtres5 ; des ſoldats ſans valeur & des généraux ſans expérience ; des peuples amollis, pleins de mépris pour lé gouvernement , & diſpoſés à changer de maître ; des rébelles qui ſe joignent à eux, pour tout ravager , tout brûler, tout maſſacrer7. En moins de trois ans, l’empire des chrétiens eſt détruit, celui des infideles établi ſur des fondemens ſolides8.
A cette époque, les Maures qui1 avoient ſubjugué2 l’Afrique avec3 cette impétuoſité qui diſtinguoit toutes leurs entrepriſes, paſſent la mer. Ils trouvent un roi ſans mœurs & ſans talens ; beaucoup de courtiſans4 & point de miniſtres5 ; des ſoldats ſans valeur & des généraux ſans expérience ; des peuples amollis, pleins de mépris pour le gouvernement , & diſpoſés à changer de maître ; des rebelles qui ſe joignent eux, pour tout ravager, tout brûler, tout maſſacrer7. En moins de trois ans, l’empire des chrétiens eſt détruit, & celui des infidèles établi ſur des fondemens ſolides8.
A cette époque les Arabes1 avaient soumis leur religion et leurs lois une grande partie du globe, et fait de Damas en Syrie le centre de leur puissance. Les lieutenans du calife ne tardèrent pas lui assujettir2 l’Afrique, et de3 cette région ils passèrent en Espagne, appelés, comme on le croit communément, par des traîtres, ou, plus vrai[214]semblablement , entraînés par leur ambition seule. La fortune, qui n’avait jamais ou presque jamais abandonné leurs drapeaux, voulut qu’ils n’eussent combattre qu’un roi sans vertu4 et sans talens, que5 des soldats sans valeur et des généraux sans expérience, que6 des peuples amollis, pleins de mépris pour le gouvernement, et disposés à changer de maître. Une victoire, qu’7en 714 ils remportèrent dans les fertiles plaines de Xérès, donna de nouveaux souverains la péninsule entière8.
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Elle dut à ses vaiqueurs des semences de goût, de politesse, d’humanité, de philosophie, quelques arts, et un assez grand commerce. Ces jours brillans pouvaient durer, et leur éclat devait avec le temps augmenter encore. S’il en fut autrement, ce fut la faute des conquérans euxmêmes . Enorgueillis par leurs succès, ils se jetèrent inconsidérément sur les meilleures provinces de la France, et ne repassèrent les Pyrénées qu’après avoir vu exterminer la moitié de leur innombrable armée. Le vide que ce grand revers laissait dans leurs cohortes aurait été rempli par les troupes aguerries et triomphantes que l’Afrique, que la Syrie étaient en état de leur fournir ; l’ambition prématurée qui les avait poussés à se soustraire à l’autorité du califat les priva de cette ressource. Au défaut de secours étrangers, une union inaltérable pouvait perpétuer leurs prospérités : en formant autant de sou[215]verainetés particulières et indépendantes qu’il y avait de provinces dans les Espagnes, ils réduisirent à presque rien leurs premières forces. Le peu qui leur restait de leur antique vigueur s’énerva insensiblement sous le beau ciel, dans le doux climat, au sein du pays abondant de Cordoue , devenue la capitale du nouvel empire. Les fêtes, les spectacles, les tournois, la galanterie , mille genres de voluptés que l’Europe n’avait jamais connues, ou que les irruptions sans cesse renaissantes des barbares avaient fait oublier , ces objets, également séduisans et magnifiques , avaient remplacé les exercices d’une discipline austère, les marches rapides, les combats sanglans. Du centre de la puissance, ce mauvais esprit était arrivé à ses extrémités les plus éloignées.
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Il était impossible qu’une révolution si marquée dans la politique et dans les mœurs restât long-temps cachée. Elle fut aperçue par le petit nombre de Goths qui, sous la conduite de Pélage , parent de Rodrigue, leur dernier monarque , s’étaient réfugiés dans les rochers de l’Asturie . Cette connaissance leur donna la hardiesse de sortir de leurs cavernes pour se procurer des subsistances, pour élargir les limites trop resserrées de leur asile. Le succès de leurs premières excursions leur donna des compagnons. Avec ce secours ils repoussèrent les détachemens envoyés contre eux, et eurent une contenance si assurée, qu’on s’engagea à ne pas troubler leur tranquillité [216]pour un léger tribut auquel ils s’obligèrent. Cette humiliation n’eut même que peu de durée. Un des descendans de Pélage s’en déchargea l’an 796, et à cette époque il eut la jouissance paisible et indépendante de Léon et des Asturies. La Navarre, l’Aragon, quelques parties de la Catalogne et de la Castille, d’autres contrées plus ou moins considérables, recouvrèrent aussi leur liberté, mais sans se réunir au prince généreux qui leur avait servi de guide et de modèle.
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Alors éclata singulièrement la haine qui animait les chrétiens et les musulmans. Leurs préjugés eussent-ils été moins vifs, des possessions qui se touchaient par tant de points les auraient brouillés nécessairement. Quelquefois les hostilités étaient opiniâtres ; quelquefois l’impuissance de les continuer les faisait finir le même jour. Tantôt les souverains des deux partis se réunissaient , tantôt ils combattaient séparément. Le pays était rempli d’aventuriers qui offraient indifféremment leurs épées et leurs soldats à qui voulait ou pouvait les payer. Des braves de l’une et l’autre religions faisaient revivre l’esprit de l’ancienne chevalerie, sans que leur probité, sans que leur héroïsme pussent suspendre ou étouffer les perfidies, les assassinats, les empoisonnemens , tous ces crimes si ordinaires aux temps barbares, si familiers dans les démêlés des petits états. Il y avait cinq ou six ans que l’Espagnol, alternativement vainqueur et vaincu, mais plus [217]souvent heureux que malheureux, poussait les Arabes de poste en poste, lorsqu’enfin il réussit, au quinzième siècle, à les concentrer dans la province de Grenade.
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L’Eſpagne dut à ſes vainqueurs des ſemen[8]ces de goût, d’humanité, de politeſſe, de philoſophie, pluſieurs arts, & un aſſez grand commerce. Ces jours brillans ne durerent pas long-tems ; ils furent éclipſés par les innombrables ſectes qui ſe formerent parmi les conquérans, & par la faute qu’ils firent de ſe donner des ſouverains particuliers dans toutes les villes conſidérables de leur domination.
L’Eſpagne dut à ſes vainqueurs des ſemences de goût, d’humanité, de politeſſe, de philoſophie, pluſieurs arts, & un aſſez grand commerce. Ces jours brillans ne durèrent pas long-tems. Ils furent éclipſés par les innombrables ſectes qui ſe formèrent parmi [334]les conquérans, & par la faute qu’ils firent de ſe donner des ſouverains particuliers dans toutes les villes conſidérables de leur domination .

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Pendant ce tems-là, les Goths qui, pour ſe dérober au joug des Mahométans, avoient été chercher un aſyle au fond des Aſturies, ſuccomboient ſous le joug de l’anarchie, croupiſſoient dans une ignorance barbare, étoient opprimés par des prêtres fanatiques, languiſſoient dans une pauvreté inexprimable , ne ſortoient d’une guerre civile que pour entrer dans une autre. Trop heureux dans le cours de ces calamités, d’être oubliés ou ignorés, ils étoient bien éloignés de ſonger à profiter des diviſions de leurs ennemis. Mais auſſi-tôt que la couronne, d’abord élective , fut devenue héréditaire au dixiéme ſiécle ; que la nobleſſe & les évêques eurent perdu la faculté de troubler l’état ; que le peuple ſorti d’eſclavage eut été appellé au gouvernement, on vit ſe ranimer l’eſprit national . Les Arabes preſſés de tous les côtés, furent dépouillés ſucceſſivement. A la fin du quinziéme ſiécle, il ne leur reſtoit qu’un petit royaume.
Pendant ce tems-là, les Goths qui, pour ſe dérober au joug des Mahométans, avoient été chercher un aſyle au fond des Aſturies, ſuccomboient ſous le joug de l’anarchie, croupiſſoient dans une ignorance barbare, étoient opprimés par des prêtres fanatiques, languiſſoient dans une pauvreté inexprimable , ne ſortoient d’une guerre civile que pour entrer dans une autre. Trop heureux dans le cours de ces calamités, d’être oubliés ou ignorés, ils étoient bien éloignés de ſonger à profiter des diviſions de leurs ennemis. Mais auſſi-tôt que la couronne, d’abord élective, fut devenue héréditaire au dixième ſiècle ; que la nobleſſe & les évêques eurent perdu la faculté de troubler l’état ; que le peuple ſorti d’eſclavage eût été appellé au gouvernement , on vit ſe ranimer l’eſprit national . Les Arabes, preſſés de tous les côtés, furent dépouillés ſucceſſivement. A la fin du quinzième ſiècle, il ne leur reſtoit qu’un petit royaume.

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Leur1 décadence auroit été plus rapide, s’ils avoient eu affaire à une puiſſance qui pût réunir vers un centre commun, toutes les conquêtes qu’on faiſoit ſur eux. Les choſes ne ſe paſſerent pas ainſi. Les Mahométans furent attaqués par différens chefs, dont chacun forma un état indépendant. L’Eſpagne fut diviſée en autant de ſouverainetés qu’elle contenoit de provinces. Combien il fallut de tems3, de ſucceſſions, de guerres, de révolutions, que ces foibles5 états ſe trouvaſſent fondus dans ceux de Caſtille & d’Arragon6 ! Enfin le mariage d’Iſabelle & de Ferdinand ayant heureuſement réuni dans une même famille toutes les couronnes d’Eſpagne , on ſe trouva des forces ſuffiſantes pour attaquer le royaume de Grenade.
Leur1 décadence auroit été plus rapide, s’ils avoient eu affaire à une puiſſance qui pût réunir vers un centre commun, toutes les conquêtes qu’on faiſoit ſur eux. Les choſes ne ſe paſſèrent pas ainſi. Les Mahométans furent attaqués par différens chefs, dont chacun forma un état indépendant. L’Eſpagne fut diviſée en autant de ſouverainetés qu’elle contenoit de provinces. Combien il fallut de tems3, de ſucceſſions, de guerres, de révolutions, pour4 que ces foibles5 états ſe trouvâſſent fondus dans ceux de Caſtille & d’Aragon6 ! Enfin le mariage d’Iſabelle & de Ferdinand ayant heureuſement réuni dans une même famille toutes les couronnes d’Eſpagne , on ſe trouva des forces ſuffiſantes pour attaquer le royaume de Grenade.
La1 décadence de ces fiers Asiatiques2 aurait été plus rapide, s’ils avaient eu affaire à une puissance qui pût réunir vers un centre commun toutes les conquêtes qu’on faisait sur eux. Les choses ne se passèrent pas ainsi. Les Mahométans furent attaqués par différens chefs, dont chacun forma un état indépendant. L’Espagne fut divisée en autant de souverainetés qu’elle contenait de provinces. Combien il fallut de temps3, de successions , de guerres, de révolutions pour4 que ces faibles5 états se trouvassent fondus dans ceux de Castille et d’Aragon6 ! Enfin le mariage d’Isabelle et de Ferdinand ayant heureusement réuni dans une même famille toutes les couronnes d’Espagne, on se trouva des forces suffisantes pour attaquer le royaume de Grenade.
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Cet état, qui faiſoit à peine la huitiéme partie de la peninſule, avoit été toujours floriſſant, depuis l’invaſion des Sarrazins1 : mais il avoit vu croître ſes proſpérités, à meſure que les conquêtes de2 chrétiens avoient déterminé un plus3 grand nombre d’infideles à s’y réfugier. Il comptoit trois millions d’habitans4. Le reſte de l’Europe n’offroit pas des terres auſſi-bien5 cultivées ; des manufactures auſſi nombreuſes & auſſi parfaites ; une navigation auſſi ſuivie, auſſi étendue. Le revenu public montoit à ſept millions de livres, richeſſe prodigieuſe dans [10]un tems où l’or & l’argent étoient trèsrares6 .
Cet état, qui faiſoit à peine la huitième partie de la péninſule, avoit été toujours floriſſant, depuis l’invaſion des Sarrazins1 ; mais il avoit vu croître ſes proſpérités, à meſure que les conquêtes des2 chrétiens avoient déterminé un grand nombre d’infidèles à s’y réfugier. Le reſte de l’Europe n’offroit pas des terres auſſi-bien5 cultivées, des manufactures auſſi nombreuſes & auſſi [336]parfaites ; une navigation auſſi ſuivie, auſſi étendue. Le revenu public montoit, dit-on, à 7,000,000 livres, richeſſe prodigieuſe dans un tems où l’or & l’argent étoient très-rares6.
Cet état, qui faisait à peine la huitième partie de la péninsule, avait été toujours florissant depuis l’invasion des Sarrasins1 ; mais il avait vu croître ses prospérités à mesure que les conquêtes des2 chrétiens avaient déterminé un grand nombre d’infidèles à s’y réfugier. Le reste de l’Europe n’offrait pas des terres aussi bien5 cultivées, des manufactures aussi nombreuses et aussi parfaites , une navigation aussi suivie, aussi étendue . Les édifices, les amusemens, le revenu pu[218]blic , tout répondait cette activité, cette industrie , cette opulence6.
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Tant d’avantages, loin de détourner les ſouverains de la Caſtille & de l’Arragon1, d’attaquer Grenade, furent les2 motifs qui les pouſſerent le plus vivement à cette entrepriſe . Il leur fallut dix ans d’une guerre ſanglante & opiniâtre, pour ſubjuguer cette floriſſante province. La conquête en fut achevée par la priſe de la capitale, vers les premiers jours de l’an 1492.
Tant d’avantages, loin de détourner les ſouverains de la Caſtille & de l’Aragon1 d’attaquer Grenade, furent les2 motifs qui les pouſſèrent le plus vivement à cette entrepriſe . Il leur fallut dix ans d’une guerre ſanglante & opiniâtre, pour ſubjuguer cette floriſſante province. La conquête en fut achevée par la priſe de la capitale, vers les premiers jours de l’an 1492.
Tant d’avantages, loin de détourner les souverains de la Castille et de l’Aragon1 d’attaquer Grenade, furent des2 motifs qui les poussèrent le plus vivement à cette entreprise. Il leur fallut dix ans d’une guerre sanglante et opiniâtre pour subjuguer cette florissante province. La conquête en fut achevée par la prise de la capitale, vers les premiers jours de l’an 1492.
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Un homme obſcur, plus avancé que ſon ſiecle dans la connoiſſance2 de l’aſtronomie & de la navigation, ſembloit veiller à l’agrandiſſement de l’Eſpagne. Chriſtophe Colomb ſentoit comme par inſtinct3, qu’il devoit y avoir4 un autre continent , & que c’étoit à lui5 de le découvrir7. Les Antipodes, que la raiſon même traitoit de chimere , &8 la ſuperſtition d’erreur &10 d’impiété étoit aux yeux11 de cet homme12 de génie13, une vérité inconteſtable14. Plein de cette idée, la15 plus fiere16 qui ſoit entré17 dans l’eſprit humain, il propoſa à Gênes, ſa patrie, de mettre ſous ſes loix18 un autre hémiſphere mépriſé19 par cette petite république, par le Portugal où il vivoit, & par l’Angleterre même, qu’il devoit trouver ouverte20 à toutes ces entrepriſes maritimes ; il porta ſes vues & ſes projets à Iſabelle.
Ce fut dans ces circonſtances glorieuſes, qu’1un homme obſcur, plus avancé que ſon ſiécle dans la connoiſſance2 de l’aſtronomie & de la navigation, propoſa à l’Eſpagne heureuſe au-dedans de s’aggrandir audehors . Chriſtophe Colomb ſentoit comme par inſtinct3, qu’il devoit y avoir4 un autre continent, & que c’étoit à lui5 de le découvrir7 . Les Antipodes, que la raiſon même traitoit de chimere, &8 la ſuperſtition d’erreur &10 d’impiété, étoient aux yeux11 de cet homme12 de génie13, une vérité inconteſtable14. Plein de cette idée, l’une des15 plus grandes16 qui ſoient entrées17 dans l’eſprit humain, il propoſa à Gènes ſa patrie, de mettre ſous ſes loix18 un autre hémiſphere. Mépriſé19 par cette petite république, par le Portugal, où il vivoit, & par l’Angleterre même, qu’il devoit trouver diſpoſée20 à toutes les entrepri[11]ſes maritimes, il porta ſes vues & ſes projets à Iſabelle.
Ce fut dans ces circonſtances glorieuſes, qu’1un homme obſcur, plus avancé que ſon ſiècle dans la connoiſſance2 de l’aſtronomie & de la navigation, propoſa à l’Eſpagne heureuſe au-dedans de s’agrandir au-dehors. Chriſtophe Colomb ſentoit comme par inſtinct3 qu’il devoit y avoir4 un autre continent, & que c’étoit à lui5 de le découvrir7. Les Antipodes , que la raiſon même traitoit de chimère , &8 la ſuperſtition d’erreur &10 d’impiété, étoient aux yeux11 de cet homme12 de génie13, une vérité inconteſtable14. Plein de cette idée, l’une des15 plus grandes16 qui ſoient entrées17 dans [337]l’eſprit humain, il propoſa à Gênes ſa patrie, de mettre ſous ſes loix18 un autre hémiſphère. Mépriſé19 par cette petite république, par le Portugal où il vivoit, & par l’Angleterre même, qu’il devoit trouver diſpoſée20 à toutes les entrepriſes maritimes, il porta ſes vues & ſes projets à Iſabelle.
Ce fut dans ces circonstances glorieuses qu’1un homme, jusqu’alors assez obscur, proposa l’Espagne , heureuse au-dedans2, de s’agrandir audehors d’un continent entier. C’était une conception sublime. Des voies déjà frayées ce terme inconnu, il n’y avait3 qu’un pas, mais c’était4 un pas de géant. Christophe Colomb devait le faire. Son regard perçant avait démêlé un nouvel ordre de choses au-delà5 de quelques découvertes où6 le vulgaire, où7 les savans n’avaient vu que les découvertes mêmes. Les antipodes, que8 la superstition avait si long-temps traités9 d’erreur ou10 d’impiété, et dont on commençait seulement soupçonner l’existence, étaient, selon ses lumières , une vérité incontestable qu’il offrait11 de démontrer. Ce projet12 de tirer des ténèbres13 une partie du globe n’était pas en lui l’ouvrage d’une imagination exaltée, d’une illusion ambitieuse ; il était fondé sur une connaissance profonde du ciel, de la terre, des mers ; sur une combinaison [219]raisonnée de tous les moyens acquis pour dévoiler la moitié d’un monde l’autre14. Plein de cette idée, l’une des15 plus grandes16 qui soient entrées17 dans l’esprit humain, il proposa à Gênes, sa patrie , de mettre sous ses lois18 un autre hémisphère. Méprisé19 par cette petite république, par le Portugal où il vivait, et par l’Angleterre même, qu’il devait trouver disposée20 à toutes les entreprises maritimes , il porta ses vues et ses projets à Isabelle.
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Les miniſtres de cette princeſſe prirent d’abord pour un viſionnaire un homme qui vouloit découvrir un monde. Ils le traiterent long-tems1 avec cette hauteur inſultante que les hommes communs, quand ils ſont en place, ont pour les hommes de2 génie. Colomb ne fut pas rebuté par les difficultés. Il avoit comme tous ceux qui forment des projets extraordinaires, cet enthouſiaſme qui les roidit contre les jugemens de l’ignorance, les dédains de l’orgueil, les petiteſſes de l’avarice, les délais de la pareſſe. Son ame ferme, élevée, courageuſe, ſa prudence & ſon adreſſe le firent enfin triompher de tous ces obſtacles. On lui accorda trois petits vaiſſeaux3, & quatre-vingt-dix hommes. Il partit5 le 3 Août 1492, avec le titre d’Amiral & de Vice-Roi des iſles6, des terres qu’il découvriroit.
Les miniſtres de cette princeſſe prirent d’abord pour un viſionnaire, un homme qui vouloit découvrir un monde. Ils le traiterent long-tems1 avec cette hauteur inſultante que les hommes en place affectent ſi ſouvent avec ceux qui n’ont que du2 génie . Colomb ne fut pas rebuté par les difficultés . Il avoit, comme tous ceux qui forment des projets extraordinaires, cet enthouſiaſme qui les roidit contre les jugemens de l’ignorance, les dédains de l’orgueil , les petiteſſes de l’avarice, les délais de la pareſſe. Son ame ferme, élevée, courageuſe , ſa prudence & ſon adreſſe, le firent enfin triompher de tous les obſtacles. On lui accorda trois petits vaiſſeaux3 & quatrevingtdix hommes. Il partit5 le 3 Août 1492, avec le titre d’amiral & de vice-roi des iſles &6 des terres qu’il découvriroit.
Les miniſtres de cette princeſſe prirent d’abord pour un viſionnaire un homme qui vouloit découvrir un monde. Ils le traitèrent long-tems1 avec cette hauteur inſultante que les hommes en place affectent ſi ſouvent avec ceux qui n’ont que du2 génie. Colomb ne fut pas rebuté par les difficultés. Il avoit, comme tous ceux qui forment des projets extraordinaires, cet enthouſiaſme qui les roidit contre les jugemens de l’ignorance, les dédains de l’orgueil, les petiteſſes de l’avarice , les délais de la pareſſe. Son ame ferme, élevée, courageuſe, ſa prudence & ſon adreſſe, le firent enfin triompher de tous les obſtacles. On lui accorda trois petits navires3 & quatre-vingt-dix hommes. Sur cette foible eſcadre, dont l’armement ne coûtoit pas cent mille francs4, il mit la voile5 le 3 Août 1492, avec le titre d’amiral & de vice-roi des iſles [338]&6 des terres qu’il découvriroit, & arriva aux Canaries où il s’étoit propoſé de relâcher7.
Les ministres de cette princesse prirent d’abord pour un visionnaire un homme qui voulait découvrir un monde. Ils le traitèrent long-temps1 avec cette hauteur insultante que les hommes en place affectent si souvent avec ceux qui n’ont que du2 génie. Colomb ne fut pas rebuté par les difficultés. Il avait, comme tous ceux qui forment des projets extraordinaires, cet enthousiasme qui les roidit contre les jugemens de l’ignorance , les dédains de l’orgueil, les petitesses de l’avarice, les délais de la paresse. Son âme ferme, élevée, courageuse, sa prudence et son adresse, le firent enfin triompher de tous les obstacles. On lui accorda trois petits navires3 et quatre-vingt-dix hommes. Sur cette faible escadre , dont l’armement ne coûtait pas cent mille francs4, il mit à la voile5 le 3 août 1492, avec le titre d’amiral et de vice-roi des îles et6 des terres qu’il découvrirait, et arriva aux Canaries, où il s’était proposé de relâcher7.
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Ces iſles1, ſituées à cinq cens2 milles des côtes d’Eſpagne & à cent milles du continent d’Afrique, ſont au nombre de ſept. L’antiquité les connut ſous le nom d’iſles4 Fortunées . Ce fut à la partie la plus occidentale de ce petit archipel que le célèbre Ptolomée, qui vivoit dans le ſecond ſiècle de l’ère chrétienne , établit un premier méridien, d’où il compta les longitudes de tous les lieux, dont il détermina la poſition géographique. Il auroit pu, ſelon la remarque judicieuſe des trois aſtronomes François qui ont publié en 1778 la relation ſi curieuſe & ſi inſtructive d’un voyage fait en 1771 & en 17725, il auroit pu choiſir Alexandrie : mais il craignit, ſans doute, que cette prédilection pour ſon pays ne fût imitée par d’autres, & qu’ il ne réſultât quelque embarras de ces variations. Le parti auquel s’arrêta ce philoſophe, de prendre pour premier méridien celui qui paroiſſoit6 laiſſer à ſon orient toute la partie alors connue de la terre, fut généralement approuvé, généralement ſuivi pendant plusieurs ſiècles. Ce n’eſt que dans les tems7 [339]modernes que pluſieurs nations lui ont malàpropos8 ſubſtitué la capitale de leur empire.
Ces îles1, situées à cinq cents2 milles des côtes [220]d’Espagne, et à cent cinquante3 milles du continent d’Afrique, sont au nombre de sept. L’antiquité les connut sous le nom d’îles4 fortunées. Ce fut à la partie la plus occidentale de ce petit archipel que le célèbre Ptolomée, qui vivait dans le second siècle de l’ère chrétienne, établit un premier méridien, d’où il compta les longitudes de tous les lieux, dont il détermina la position géographique. Il aurait pu choisir Alexandrie ; mais il craignit sans doute que cette prédilection pour son pays ne fût imitée par d’autres, et qu’il ne résultât quelque embarras de ces variations. Le parti auquel s’arrêta ce philosophe, de prendre pour premier méridien celui qui paraissait6 laisser à son orient toute la partie alors connue de la terre, fut généralement approuvé, généralement suivi pendant plusieurs siècles. Ce n’est que dans les temps7 modernes que plusieurs nations lui ont mal propos8 substitué la capitale de leur empire.
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L’habitude qu’on avoit contractée d’employer le nom des iſles1 Fortunées n’empêchoit pas qu’on ne les eût perdues entiérement de vue. Quelque navigateur avoit ſans doute reconnu de nouveau ces terres infidelles2 , puiſqu’en 1344, la cour de Rome en donna la propriété à Louis de la Cerda, un des Infans de Caſtille. Obſtinément traverſé par le chef de ſa famille, ce prince n’avoit encore pu rien tenter pour mettre à profit cette étrange libéralité, lorſque Béthencourt partit de la Rochelle le 6 Mai 1402, &3 s’empara deux mois après de Lancerote. Dans l’impoſſibilité4 de rien opérer de plus avec les moyens qui lui reſtoient, cet aventurier ſe détermina à rendre hommage au roi de Caſtille de toutes les conquêtes qu’il pourroit faire. Avec les ſecours que lui donna ce ſouverain , il envahit Fortaventure en 1404, Gomère en 1405, l’iſle5 de Fer en 1406. Canarie , Palme & Teneriff6 ne ſubirent le joug qu’en 1483, en 1492 & en 1496. Cet archipel , ſous le nom d’iſles7 Canaries, a fait toujours depuis partie de la domination Eſ[340]pagnole & a été conduit par les loix8 de Caſtille.
L’habitude qu’on avait contractée d’employer le nom des îles1 fortunées n’empêchait pas qu’on ne les eût perdues entièrement de vue. Quelque navigateur avait sans doute reconnu de nouveau cet archipel2, puisqu’en 1344 la cour de Rome en donna la propriété à Louis de la Cerda, un des infans de Castille. Obstinément traversé par le chef de sa famille, ce prince n’avait encore pu rien tenter pour mettre à profit cette étrange libéralité , lorsque Béthencourt partit de la Rochelle le 6 mai 1402, s’empara deux mois après de Lan[221]cerote . Dans l’impossibité4 de rien opérer de plus avec les moyens qui lui restaient, cet aventurier se détermina à rendre hommage au roi de Castille de toutes les conquêtes qu’il pourrait faire. Avec les secours que lui donna ce souverain, il envahit Fortaventure en 1404, Gomère en 1405, l’île5 de Fer en 1406. Canarie, Palme et Tenériffe6 ne subirent le joug qu’en 1483, en 1492 et en 1496. Cet archipel, sous le nom d’îles7 Canaries , a fait toujours depuis partie de la domination espagnole, et a été conduit par les lois8 de Castille.
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Les Canaries jouiſſent d’un ciel communément ſerein. Les chaleurs ſont vives ſur les côtes : mais l’air eſt agréablement tempéré ſur les lieux un peu élevés, & trop froid ſur quelques montagnes couvertes de neige la plus grande partie de l’année.
Les Canaries jouissent d’un ciel communément serein. Les chaleurs sont vives sur les côtes, mais l’air est agréablement tempéré sur les lieux un peu élevés, et trop froid sur quelques montagnes , couvertes de neige la plus grande partie de l’année.
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Les fruits & les animaux de l’ancien, du Nouveau-Monde1, proſpèrent tous ou preſque tous ſur le ſol varié de ces iſles2. On y récolte des huiles, quelque ſoie, beaucoup d’orſeille & une aſſez grande quantité de ſucre inférieur à celui que donne l’Amérique. Les grains qu’il fournit ſuffiſent le plus ſouvent à la conſommation du pays ; & ſans compter les boiſſons de moindre qualité, ſes exportations en vin s’élèvent annuellement à dix ou douze mille pipes de Malvoiſie.
Les fruits et les animaux de l’ancien, du nouveau monde1, prospèrent tous ou presque tous sur le sol varié de ces îles2. On y récolte des huiles, quelque soie, beaucoup d’orseille, et une assez grande quantité de sucre, inférieur à celui que donne l’Amérique. Les grains qu’il fournit suffisent le plus souvent à la consommation du pays ; et sans compter les boissons de moindre qualité, ses exportations en vin s’élèvent annuellement à dix ou douze mille pipes de Malvoisie.
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En 1768, les Canaries comptoient cent cinquante-cinq mille cent ſoixante-ſix habitans , indépendamment de cinq cens1 huit eccléſiaſtiques, de neuf cens2 vingt-deux moines, & de ſept cens3 quarante-ſix religieuſes . Vingt-neuf mille huit cens4 de ces citoyens étoient enrégimentés. Ces milices [341]n’étoient rien alors : mais depuis on les a un peu exercées, comme toutes celles des autres colonies Eſpagnoles.
En 1768, les Canaries comptaient cent cinquantecinq mille cent soixante-six habitans, in[222]dépendamment de cinq cent1 huit ecclésiastiques, de neuf cent2 vingt-deux moines, et de sept cent3 quarante-six religieuses. Vingt-neuf mille huit cent4 de ces citoyens étaient enrégimentés. Ces milices n’étaient rien alors : mais depuis on les a un peu exercées, comme toutes celles des autres colonies espagnoles.
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Quoique l’audience ou le tribunal ſupérieur de juſtice ſoit dans l’iſle1 ſpécialement appellée Canarie2, on regarde comme la capitale de l’Archipel celle de Teneriff3, connue par ſes volcans & par une montagne qui, ſelon les dernières & les meilleures obſervations , s’élève mille neuf cens4 quatre toiſes au-deſſus de la mer. C’eſt la plus étendue, la plus riche & la plus peuplée. Elle eſt le ſéjour du commandant général9 & le ſiège de l’adminiſtration. Les navigateurs, preſque tous Anglois10 ou Américains, font leurs ventes dans ſon port de Sainte-Croix & y prennent leur chargement.
Quoique l’audience ou le tribunal supérieur de justice soit dans l’île1 spécialement appelée Ca- narie2, on regarde comme la capitale de l’Archipel celle de Ténériffe3, connue par ses volcans et par une montagne qui, selon les dernières et les meilleures observations, s’élève mille neuf cent4 quatre toises au-dessus de la mer. Les flancs de cet énorme rocher sont remplis d’excavations qui de temps immémorial servirent de tombeau un peuple nommé Guanche, qui n’existe plus. L’entrée de ces singuliers sépulcres fut toujours un secret que les vieillards les plus distingués par leur discrétion se transmirent de siècle en siècle avec une fidélité qui ne s’est pas démentie jusqu’à notre âge. Les morts y sont conservés en momies, avec le succès qu’eut une région autrefois célèbre. La seule différence un peu prononcée qu’on peut remarquer entre les usages des deux nations5, c’est que les Égyptiens enveloppaient leurs momies de bandelettes chargées de caractères vraisemblablement destinés transmettre l’histoire ou le caractère des morts, au lieu que les Guanches ont simplement cousu les leurs dans des peaux, peut-être [223]parce que l’écriture leur était inconnue. Ténériffe6 est d’ailleurs l’île7 la plus étendue, la plus riche et la plus peuplée de son archipel8. Elle est le séjour du commandant-général9 et le siége de l’administration. Les navigateurs, presque tous Anglais10 ou Américains, font leurs ventes dans son port de Sainte-Croix, et y prennent leur chargement.
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L’argent que ces négocians y verſent, circule rarement dans les iſles1. Ce ne ſont pas les impôts qui l’en font ſortir, puiſqu’ils ſe réduiſent au monopole du tabac, & à une taxe de ſix pour cent ſur ce qui ſort, ſur ce qui entre : foibles2 reſſources que doivent abſorber les dépenſes de ſouveraineté. Si les Canaries envoient annuellement quinze3 ou ſeize cens mille4 francs à la métropole, [342]c’eſt pour la ſuperſtition de la croiſade : c’eſt pour la moitié de leurs appointemens que doivent la première année à la couronne ceux des citoyens qui en ont obtenu quelque place : c’eſt pour le droit des lances ſubſtitué ſur toute l’étendue de l’empire à l’obligation anciennement impoſée à tous les gens titrés de ſuivre le roi à la guerre : c’eſt pour le tiers du revenu des évêchés qui, dans quelque partie du monde que ce puiſſe être, appartient au gouvernement : c’eſt pour le produit des terres acquiſes ou conſervées par quelques familles fixées en Eſpagne : c’eſt enfin pour payer les dépenſes de ceux que l’inquiétude, l’ambition ou le deſir d’acquérir quelques connoiſſances5 font ſortir de leur archipel.
L’argent que ces négocians y versent circule rarement dans les îles1. Ce ne sont pas les impôts qui l’en font sortir, puisqu’ils se réduisent au monopole du tabac, et à une taxe de six pour cent sur ce qui sort, sur ce qui entre ; faibles2 ressources que doivent absorber les dépenses de souveraineté. Si les Canaries envoient annuellement 153 ou 1600,0004 francs à la métropole, c’est pour la superstition de la croisade ; c’est pour la moitié de leurs appointemens que doivent la première année à la couronne ceux des citoyens qui en ont obtenu quelque place ; c’est pour le droit des lances substitué sur toute l’étendue de l’empire à l’obligation anciennement imposée à tous les gens titrés de suivre le roi à la guerre ; c’est pour le tiers du revenu des évêchés qui, dans quelque partie du monde que ce puisse être, appartient au gouvernement ; c’est pour le produit des terres acquises ou conservées par quelques familles fixées en Espagne ; c’est enfin pour payer les dépenses de ceux que l’inquiétude, l’ambition ou le désir d’acquérir quelques connaissances5 font sortir de leur archipel.
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Une exportation ſi conſidérable de métaux à tenu les Canaries dans un épuiſement continuel . Elles en ſeroient ſorties, ſi on les eût laiſſé1 paiſiblement jouir de la liberté qui, en 1657, leur fut accordée d’expédier tous les ans pour l’autre hémiſphère cinq bâtimens chargés de mille tonneaux de denrées ou de marchandiſes. Malheureuſement, les entraves que mit Cadix à ce commerce, le réduiſit [343]peu-à-peu2 à l’envoi d’un très-petit navire à Caraque. Cette tyrannie expire ; & nous parlerons de ſa chûte, après que nous aurons ſuivi Colomb ſur le grand théâtre où ſon génie & ſon courage vont ſe développer.
Une exportation si considérable de métaux a tenu les Canaries dans un épuisement continuel. Elles en seraient sorties, si on les eût laissées1 paisiblement jouir de la liberté qui, en 1657, leur fut accordée d’expédier tous les ans pour l’autre hémisphère cinq bâtimens chargés de mille tonneaux de denrées ou de marchandises. Malheureusement les entraves que mit Cadix à ce commerce le réduisirent peu peu2 à l’envoi d’un très-petit navire à Caraque. Cette tyrannie expire, et nous parlerons de sa chute après que nous aurons suivi Colomb sur le grand théâtre où son génie et son courage vont se développer.
35

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Ce fut le 6 ſeptembre qu’il quitta Gomère où ſes trop frêles bâtimens avoient été radoubés & ſes vivres renouvellés1 ; qu’il abandonna les routes ſuivies par les navigateurs qui l’avoient précédé ; qu’il fit voile à l’Oueſt pour ſe jetter2 dans un océan inconnu.
Ce fut le 6 septembre qu’il quitta Gomère, où ses trop frêles bâtimens avaient été radoubés et ses vivres renouvelés1 ; qu’il abandonna les routes suivies par les navigateurs qui l’avaient précédé ; qu’il fit voile à l’ouest pour se jeter2 dans un océan inconnu.
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Après une longue navigation1, ſes équipages [3]épouvantés de l’immenſe étendue des mers qu’ils avoient mis entr’eux &2 leur patrie, commencerent à déſeſpérer de trouver ce qu’ils cherchoient. Ils murmuroient, &3 pluſieurs fois il fut propoſé4 de jetter Colomb5 dans les flots, & de retourner en Eſpagne. L’amiral diſſimula le plus qu’il lui fût poſſible ; mais quand il vit le mécontentement prêt à éclater, il déclara lui-même, que ſi6 dans trois jours on ne découvroit pas la terre, il reprendroit la route d’Europe7. Depuis quelque tems8 il trouvoit le fonds9 avec la ſonde, & des indices qui trompent rarement lui faiſoient juger qu’il n’étoit pas éloigné des terres10.
Après une longue navigation1, ſes équipages épouvantés de l’immenſe étendue des mers qu’ils avoient miſe entr’eux &2 leur patrie, commencerent à déſeſpérer de trouver ce qu’ils cherchoient. Ils murmuroient , &3 pluſieurs fois on propoſa4 de jetter Colomb5 dans les flots, & de retourner en Eſpagne. L’amiral diſſimula le plus qu’il lui fut poſſible ; mais quand il vit le mécon[12]tentement prêt à éclater, il déclara luimême , que ſi6 dans trois jours on ne découvroit pas la terre, il reprendroit la route de l’Europe7. Depuis quelque tems8 il trouvoit le fond9 avec la ſonde ; & des indices qui trompent rarement, lui faiſoient juger qu’il n’étoit pas éloigné des terres10.
Bientôt1, ſes équipages épouvantés de l’immenſe étendue des mers qui les ſéparoient de2 leur patrie, commencèrent à s’effrayer. Ils murmuroient, & les plus intraitables des mutins propoſèrent 3 pluſieurs repriſes de jetter l’auteur4 de leurs dangers5 dans les flots. Ses plus zélés partiſans même étoient ſans eſpoir ; & il ne pouvoit plus rien ſe promettre, ni de la ſévérité, ni de la douceur. Si la terre ne paroît6 dans trois jours, je me livre votre vengeance, dit alors l’amiral. Le diſcours étoit hardi, ſans être téméraire7. Depuis quelque tems8, il trouvoit le fond9 avec la ſonde ; & des indices qui trompent rarement, lui faiſoient juger qu’il n’étoit pas éloigné du but qu’il s’étoit propoſé10.
Bientôt1 ses équipages, épouvantés de l’immense étendue des mers qui les séparaient de2 leur patrie, commencèrent à s’effrayer. Ils murmuraient, et les plus intraitables des mutins proposèrent à3 plusieurs reprises de jeter l’auteur4 de leurs dangers5 dans les flots. Ses plus zélés partisans même étaient sans espoir ; et il ne pouvait plus rien se promettre ni de la sévérité, ni de la douceur. Si la terre ne paraît6 dans trois jours, je me livre à votre vengeance, dit alors l’amiral. Le discours était hardi, sans être téméraire7. Depuis quelque [225]temps8 il trouvait le fond9 avec la sonde, et des indices qui trompent rarement lui faisaient juger qu’il n’était pas éloigné du but qu’il s’était proposé10 .
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Ce fut au mois d’octobre que fut découvert le nouveau monde1. Colomb aborda à une des Iſles2 Lucayes, qu’il nomma San-Salvador, & dont il prit poſſeſſion au nom d’Iſabelle3. Perſonne en Eſpagne ne ſe doutoit alors4 qu’il pût y avoir quelque injuſtice 5 s’emparer d’un pays qui n’étoit pas habité par des chrétiens.
Ce fut au mois d’Octobre que fut découvert le nouveau monde1. Colomb aborda à une des iſles2 Lucayes, qu’il nomma SanSalvador , & dont il prit poſſeſſion au nom d’Iſabelle3 . Perſonne en Eſpagne n’étoit capable de penſer4, qu’il pût y avoir quelque injuſtice de5 s’emparer d’un pays qui n’étoit pas habité par des chrétiens.
Ce fut au mois d’octobre que fut découvert le Nouveau-Monde1. Colomb aborda à une des iſles2 Lucayes, qu’il nomma San-Salvador, & dont il prit poſſeſſion au nom d’lſabelle3. Perſonne en Europe n’étoit capable de penſer4 , qu’il pût y avoir quelque injuſtice de5 s’emparer d’un pays qui n’étoit pas habité par des chrétiens.
Ce fut au mois d’octobre que fut découvert le Nouveau-Monde1. Colomb aborda à une des îles2 Lucayes, qu’il nomma San-Salvador, et dont il prit possession au nom d’Isabelle3. Personne en Europe n’était capable de penser4 qu’il pût y avoir quelque injustice de5 s’emparer d’un pays qui n’était pas habité par des chrétiens.
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Les inſulaires à la vue des vaiſſeaux & de ces hommes ſi différens d’eux, furent d’abord effrayés, & prirent la fuite. Les Eſpagnols en arrêterent quelqu’uns1, qu’ils renvoyerent après les avoir comblés de careſſes & de préſent. Il2 n’en fallut pas davantage pour raſſurer toute la nation.
Les inſulaires, à la vue des vaiſſeaux & de ces hommes ſi différens d’eux, furent d’abord effrayés, & prirent la fuite. Les Eſpagnols en arrêterent quelques-uns1, qu’ils renvoyerent, après les avoir comblés de careſſes & de préſens. II2 n’en fallut pas davantage pour raſſurer toute la nation.
Les inſulaires, à la vue des vaiſſeaux & de ces hommes ſi différens d’eux, furent d’abord effrayés, & prirent la fuite. Les Eſpagnols en arrêtèrent quelques-uns1, qu’ils renvoyèrent, après les avoir comblés de careſſes & de préſens. Il2 n’en fallut pas davantage pour raſſurer toute la nation.
Les insulaires, à la vue des vaisseaux et de ces hommes si différens d’eux, furent d’abord effrayés, et prirent la fuite. Les Espagnols en arrêtèrent quelques-uns1, qu’ils renvoyèrent après les avoir comblés de caresses et de présens. Il2 n’en fallut pas davantage pour rassurer toute la nation.
39
Ces peuples vinrent ſans armes ſur le rivage. Pluſieurs entrerent dans les vaiſſeaux ; ils examinoient tout avec admiration. On remarquoit en eux de la confiance & de la gaieté1. Ils apportoient des fruits. Ils mettoient les Eſpagnols ſur leurs épaules pour les aider à deſcendre à terre. Les habitans des Iſles2 voiſines montrerent la même douceur & les mêmes mœurs. Les matelots que Colomb envoyoit à la découverte [4]étoient fêtés dans toutes les habitations. Les hommes, les femmes, les enfans leur alloient chercher des vivres. On rempliſſoit du coton le plus fin, les lits ſuſpendu dans leſquels ils couchoient
Ces peuples vinrent ſans armes ſur le rivage. Pluſieurs entrerent dans les vaiſſeaux ; ils examinoient tout avec admiration . On remarquoit en eux de la confiance & de la gaieté1. Ils apportoient des fruits. Ils mettoient les Eſpagnols ſur leurs épaules , pour les aider à deſcendre à terre. Les habitans des iſles2 voiſines montrerent la mê[13]me douceur & les mêmes mœurs. Les matelots que Colomb envoyoit à la découverte , étoient fêtés dans toutes les habitations. Les hommes, les femmes, les enfans, leur alloient chercher des vivres. On rempliſſoit du coton le plus fin, les lits ſuſpendus dans leſquels ils couchoient.
Ces peuples vinrent ſans armes ſur le rivage . Pluſieurs entrèrent dans les vaiſſeaux ; ils examinoient tout avec admiration. On remarquoit en eux de la confiance & de la gaieté1. Ils apportoient des fruits. Ils mettoient les Eſpagnols ſur leurs épaules, pour les aider à deſcendre à terre. Les habitans des iſles2 voiſines montrèrent la même douceur & les mêmes mœurs. Les matelots que Colomb envoyoit à la découverte, étoient fêtés dans toutes les habitations. Les hommes, les fem[345]mes , les enfans, leur alloient chercher des vivres. On rempliſſoit du coton le plus fin, les lits ſuſpendus dans leſquels ils couchoient.
Ces peuples vinrent sans armes sur le rivage. Plusieurs entrèrent dans les vaisseaux ; ils examinaient tout avec admiration. On remarquait en eux de la confiance et de la gaîté1. Ils apportaient des fruits. Ils mettaient les Espagnols sur leurs épaules pour les aider à descendre à terre. Les habitans des îles2 voisines montrèrent la même douceur et les mêmes mœurs. Les matelots que Colomb envoyait à la découverte étaient fêtés dans toutes les habitations. Les hommes, les femmes, les enfans leur allaient chercher des vivres. On remplissait du coton le plus fin les lits suspendus dans lesquels ils couchaient.
40

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[fehlt]
Lecteur, dites-moi, ſont-ce des peuples civiliſés qui ſont deſcendus chez des ſauvages, ou des ſauvages chez des peuples civiliſés ? Et qu’importe qu’ils ſoient nus ; qu’ils habitent le fond des forêts, qu’ils vivent ſous des hutes1 ; qu’il n’y ait parmi eux ni code de loix2, ni juſtice civile, ni juſtice criminelle, s’ils ſont doux, humains, bienfaiſans, s’ils ont les vertus qui caractériſent l’homme. Hélas ! par-tout on auroit obtenu le même accueil avec les mêmes procédés. Oublions, s’il ſe peut, ou plutôt rappellons-nous ce moment de la découverte, cette première entrevue des deux mondes pour bien déteſter le nôtre3.
Lecteur, dites-moi, sont-ce des peuples civilisés qui sont descendus chez des sauvages, ou des sauvages chez des peuples civilisés ? Et qu’importe qu’ils soient nus, qu’ils habitent le fond des forêts, qu’ils vivent sous des huttes1, qu’il n’y ait parmi eux ni code de lois2, ni justice civile, ni justice criminelle, s’ils sont doux, humains, bienfaisans, s’ils ont les vertus qui caractérisent l’homme. Hélas ! partout on aurait obtenu le même accueil avec les mêmes procédés.
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. C’étoit de l’or que cherchoient les Eſpagnols : ils en virent. Pluſieurs ſauvages portoient des ornemens de ce riche métal ; ils en donnerent à leurs nouveaux hôtes. Ceux-ci furent plus révolté de la nudité, de la ſimplicité de ces peuples, que touchés de leur bonté. Ils ne ſurent point reconnoître en eux l’empreinte de la nature. Etonnés de trouver des hommes couleur de cuivre, ſans barbe & ſans poil ſur le corps, ils les regarderent comme des animaux imparfaits qu’on auroit dès lors1 traités ſans humanité, ſans l’intérêts3 qu’on avoit de ſavoir d’eux des détails importans ſur les contrées voiſines, & dans quel pays étoient les mines d’or.
C’étoit de l’or que cherchoient les Eſpagnols : ils en virent . Pluſieurs ſauvages portoient des ornemens de ce riche métal ; ils en donnerent à leurs nouveaux hôtes. Ceux-ci furent plus révoltés de la nudité, de la ſimplicité de ces peuples, que touchés de leur bonté. Ils ne ſurent point reconnoître en eux l’empreinte de la nature. Etonnés de trouver des hommes couleur de cuivre, ſans barbe & ſans poil ſur le corps, ils les regarderent comme des animaux imparfaits, qu’on auroit dès-lors1 traités inhumainement2, ſans l’intérêt3 qu’on avoit de ſavoir d’eux des détails importans ſur les contrées voiſines , & dans quel pays étoient les mines d’or.
C’étoit de l’or que cherchoient les Eſpagnols : ils en virent. Pluſieurs ſauvages portoient des ornemens de ce riche métal ; ils en donnèrent à leurs nouveaux hôtes. Ceuxci furent plus révoltés de la nudité, de la ſimplicite de ces peuples, que touchés de leur bonté. Ils ne ſurent point reconnoître en eux l’empreinte de la nature. Étonnés de [346]trouver des hommes couleur de cuivre, ſans barbe & ſans poil ſur le corps, ils les regardèrent comme des animaux imparfaits, qu’on auroit dès-lors1 traités inhumainement2, ſans l’intérêt3 qu’on avoit de ſavoir d’eux des détails importans ſur les contrées voiſines, & dans quel pays étoient les mines d’or.
C’était de l’or que cherchaient les Espagnols : ils en virent. Plusieurs sauvages portaient des ornemens de ce riche métal ; ils en donnèrent à leurs nouveaux hôtes. Ceux-ci furent plus révoltés de la nudité, de la simplicité de ces peuples, que touchés de leur bonté. Ils ne surent point reconnaître en eux l’empreinte de la nature. Étonnés de trouver des hommes couleur de cuivre, sans barbe et sans poil sur le corps, ils les regardèrent comme des animaux imparfaits qu’on aurait dèslors1 traités inhumainement2, sans l’intérêt3 qu’on avait de savoir d’eux des détails importans sur les contrées voisines et dans quel pays étaient les mines d’or.
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Après avoir reconnu quelques iſles2 d’une médiocre étendue ; Colomb aborda au Nord, d’une grande iſle4 que les inſulaires appelloient Hayti5, & qu’il nomma l’Eſpagnole ; elle porte aujourd’hui le nom de Saint-Domingue6. Il y fut conduit par quelques ſauvages des autres iſles7 qui l’avoient ſuivi ſans défiance, & qui lui avoient fait entendre que la grande iſle8 étoit le pays qui leur fourniſſoit ce métal dont les Eſpagnols étoient ſi avides.
Après avoir reconnu quelques iſles2 d’une médiocre étendue, Colomb aborda au Nord d’une grande iſle4, que les inſulaires appelloient Hayti5, & qu’il nomma l’Eſpagnole : elle porte aujourd’hui le nom de SaintDomingue6 . Il y fut conduit par quelques ſauvages des autres iſles7, qui l’avoient ſui[14]vi ſans défiance, & qui lui avoient fait entendre que la grande iſle8 étoit le pays qui leur fourniſſoit ce métal, dont les Eſpagnols étoient ſi avides.
Après avoir reconnu quelques iſles2 d’une médiocre étendue, Colomb aborda au Nord d’une grande iſle4, que les inſulaires appelloient Hayti5, & qu’il nomma l’Eſpagnole : elle porte aujourd’hui le nom de SaintDomingue6 . Il y fut conduit par quelques ſauvages des autres iſles7, qui l’avoient ſuivi ſans défiance, & qui lui avoient fait entendre que la grande iſle8 étoit le pays qui leur fourniſſoit ce métal, dont les Eſpagnols étoient ſi avides.
Après avoir reconnu Cuba et1 quelques autres îles2 d’une médiocre étendue, Colomb aborda le 6 décembre3 au nord d’une grande île4 que les insulaires appelaient Haïti5, et qu’il nomma l’Espagnole : elle porte aujourd’hui le nom de Saint- Domingue6. Il y fut conduit par quelques sauvages [227]des autres îles7, qui l’avaient suivi sans défiance, et qui lui avaient fait entendre que la grande île8 était le pays qui leur fournissait ce métal dont les Espagnols étaient si avides.
43
L’iſle1 de Hayti2, qui a deux cens3 lieues de long, ſur ſoixante, & quelquefois quatre-vingt4 de large, eſt coupée par le milieu5 dans toute ſa largeur de l’eſt à l’oueſt, par une chaîne de montagnes, la plupart eſcarpées qui en occupent le milieu. On la trouva partagée entre cinq nations fort nombreuſes qui vivoient en paix. [5]Elles avoient des rois nommés Caciques, abſolus , &7 fort aimés. Ces peuples étoient plus blancs que ceux des autres iſles8. Ils ſe peignoient le corps. Les hommes étoient abſolument nuds9. Les femmes portoient une ſorte de jupe de coton qui ne paſſoit pas le genouil10. Les filles étoient nues comme les hommes. Ils vivoient de mays11 de racines, de fruits & de coquillages. Sobres, légers , agiles, peu robuſtes, ils avoient de l’éloignement pour le travail : leurs beſoins ne leur en demandoient pas : &12 ils ne s’étoient pas fait des beſoins. Ils vivoient13 ſans inquiétudes14 , & dans une douce indolence. Leur tems15 s’employoit à danſer, à jouer, à dormir. Ils montroient peu d’eſprit, à ce que diſent les Eſpagnols ; & en effet, des inſulaires ſéparés des autres peuples ne devoient avoir que peu de lumieres. Les ſociétés iſolées s’éclairent lentement , &16 difficilement : elles ne s’enrichiſſent d’aucune des découvertes que le tems17 & l’expérience font faire aux18 autres peuples. Le nombre des hazards19 qui menent à l’inſtruction eſt plus borné pour elles.
L’iſle1 de Hayti2, qui a deux cens3 lieues de long, ſur ſoixante, & quelquefois quatrevingts4 de large, eſt coupée dans toute ſa largeur de l’Eſt à l’Oueſt, par une chaîne de montagnes, la plupart eſcarpées, qui en occupent le milieu. On la trouve partagée entre cinq nations fort nombreuſes, qui vivoient en paix. Elles avoient des rois nommés caciques, d’autant plus6 abſolus , qu’ils étoient7 fort aimés. Ces peuples étoient plus blancs que ceux des autres iſles8. Ils ſe peignoient le corps. Les hommes étoient entierement nuds9. Les femmes portoient une ſorte de jupe de coton qui ne paſſoit pas le genou10. Les filles étoient nues comme les hommes. Ils vivoient de mays11, de racines, de fruits & de coquillages. Sobres , légers, agiles, peu robuſtes, ils avoient de l’éloignement pour le travail. Ils couloient leurs jours13 ſans inquiétude14 & dans une douce indolence. Leur tems15 s’employoit à danſer, à jouer, à dormir. Ils montroient peu d’eſprit, à ce que diſent les Eſpagnols ; & en effet, des inſulaires ſéparés des autres peuples, ne dévoient avoir que peu de lumières . Les ſociétés iſolées s’éclairent lente[15]ment &16 difficilement ; elles ne s’enrichiſſent d’aucune des découvertes que le tems17 & l’expérience font naître chez les18 autres peuples. Le nombre des hazards19 qui menent à l’inſtruction eſt plus borné pour elles.
L’iſle1 de Hayti2, qui a deux cens3 lieues de long, ſur ſoixante, & quelquefois quatrevingts4 de large, eſt coupée dans toute ſa largeur de l’Eſt à l’Oueſt, par une chaîne de montagnes, la plupart eſcarpées, qui en occupent le milieu. On la trouva partagée entre cinq nations fort nombreuſes qui vivoient en paix. Elles avoient des rois nommés [347]caciques, d’autant plus6 abſolus, qu’ils étoient7 fort aimés. Ces peuples étoient plus blancs que ceux des autres iſles8. Ils ſe peignoient le corps. Les hommes étoient entiérement nus9. Les femmes portoient une ſorte de jupe de coton qui ne paſſoit pas le genou10. Les filles étoient nues comme les hommes. Ils vivoient de maïs11, de racines, de fruits & de coquillages. Sobres, légers, agiles, peu robuſtes , ils avoient de l’éloignement pour le travail. Ils couloient leurs jours13 ſans inquiétude14 & dans une douce indolence. Leur tems15 s’employoit à danſer, à jouer, à dormir. Ils montroient peu d’eſprit, à ce que diſent les Eſpagnols ; & en effet, des inſulaires ſéparés des autres peuples, ne devoient avoir que peu de lumières. Les ſociétés iſolées s’éclairent lentement, difficilement ; elles ne s’enrichiſſent d’aucune des découvertes que le tems17 & l’expérience font naître chez les18 autres peuples. Le nombre des haſards19 qui mènent à l’inſtruction eſt plus borné pour elles.
L’île1 de Haïti2, qui a deux cents3 lieues de long sur soixante, et quelquefois quatre-vingts4 de large, est coupée dans toute sa largeur, de l’est à l’ouest, par une chaîne de montagnes, la plupart escarpées , qui en occupent le milieu. On la trouva partagée entre cinq nations fort nombreuses qui vivaient en paix. Elles avaient des rois nommés caciques, d’autant plus6 absolus qu’ils étaient7 fort aimés. Ces peuples étaient plus blancs que ceux des autres îles8. Ils se peignaient le corps. Les hommes étaient entièrement nus9. Les femmes portaient une sorte de jupe de coton qui ne passait pas le genou10. Les filles étaient nues comme les hommes. Ils vivaient de maïs11, de racines, de fruits et de coquillages. Sobres, légers, agiles, peu robustes, ils avaient de l’éloignement pour le travail. Ils coulaient leurs jours13 sans inquiétude14 et dans une douce indolence. Leur temps15 s’employait à danser, à jouer, à dormir. Ils montraient peu d’esprit, à ce que disent les Espagnols ; et en effet, des insulaires séparés des autres peuples ne devaient avoir que peu de lumières. Les sociétés isolées s’éclairent lentement, difficilement ; elles ne s’enrichissent d’aucune des découvertes que le temps17 et l’expérience font naître chez les18 autres peuples. Le nombre des hasards19 [228]qui mènent à l’instruction est plus borné pour elles.
44
Ce ſont les Eſpagnols eux-mêmes, qui nous atteſtent que ces peuples étoient humains, ſans malignité, ſans eſprit1 de vengeance, preſque ſans paſſions2.
Ce ſont les Eſpagnols eux-mêmes, qui nous atteſtent que ces peuples étoient humains , ſans malignité, ſans efprit1 de vengeance , preſque ſans paſſions2.
Ce ſont les Eſpagnols eux-mêmes, qui nous atteſtent que ces peuples étoient humains , ſans malignité, ſans eſprit1 de vengeance , preſque ſans paſſion2.
Ce sont les Espagnols eux-mêmes qui nous attestent que ces peuples étaient humains, sans malignité, sans esprit1 de vengeance, presque sans passions2.
45
Ils ne ſavoient rien, mais ils n’avoient aucun deſir d’apprendre. Cette indifférence & la confiance avec laquelle ils ſe livroient à des étrangers, prouvoient qu’ils étoient heureux.
Ils ne ſavoient rien, mais ils n’avoient aucun deſir d’apprendre. Cette indifférence & la confiance avec laquelle ils ſe livroient à des étrangers, prouvent qu’ils étoient heureux .
Ils ne ſavoient rien, mais ils n’avoient aucun deſir d’apprendre. Cette indifférence & la confiance avec laquelle ils ſe livroient à des étrangers, prouvent qu’ils étoient heureux.
Ils ne savaient rien, mais ils n’avaient aucun désir d’apprendre. Cette indifférence et la confiance avec laquelle ils se livraient à des étrangers prouvent qu’ils étaient heureux.
46
Leur hiſtoire, leur morale étoient renfermées dans un recueil de chanſons qu’on leur apprenoit dès l’enfance.
Leur hiſtoire, leur morale, étoient renfermées dans un recueil de chanſons qu’on leur apprenoit dès l’enfance.
Leur hiſtoire, leur morale, étoient renfermées dans un recueil de chanſons qu’on leur apprenoit dès l’enfance.
Leur histoire, leur morale, étaient renfermées dans un recueil de chansons qu’on leur apprenait dès l’enfance.
47
Ils avoient comme tous les peuples quelques fables ſur l’origine du genre humain1.
Ils avoient, comme tous les peuples, quelques fables ſur l’origine du genrehumain1 .
Ils avoient, comme tous les peuples, quelques fables ſur l’origine du genre-humain1.
Ils avaient, comme tous les peuples, quelques fables sur l’origine du genre humain1.
48
On ſait peu de choſe ſur1 leur religion à laquelle ils n’étoient pas fort attachés ; & il y a apparence que ſur cet article comme ſur beaucoup d’autres, leurs deſtructeurs les ont calomniés . Ils prétendoient2 que ces inſulaires ſi doux adoroient une multitude d’êtres3 malfaiſans. On ne le ſauroit croire. Les adorateurs d’un dieu malfaiſant4, n’ont jamais été bons.
On ſait peu de choſe ſur1 leur religion, à laquelle ils n’étoient pas fort attachés ; & il y a apparence que ſur cet article comme ſur beaucoup d’autres, leurs deſtructeurs les ont calomniés. Ils ont prétendu2 que ces inſulaires ſi doux adoroient une multitude d’êtres3 malfaiſans. On ne le ſauroit croire. Les adorateurs d’un Dieu malfaiſant4 n’ont jamais été bons.
On ſait peu de choſe de1 leur religion, à laquelle ils n’étoient pas fort attachés ; & il y a apparence que ſur cet article comme ſur beaucoup d’autres, leurs deſtructeurs les ont calomniés. Ils ont prétendu2 que ces inſulaires ſi doux adoroient une multitude d’être3 malfaiſans. On ne le ſauroit croire. Les adorateurs d’un dieu cruel4 n’ont jamais été bons. Et qu’importoient leurs dieux & leur culte ? Firent-ils aux nouveaux venus quelque queſtion ſur leur religion ? Leur croyance futelle un motif de curioſité, de haîne ou de mépris pour eux ? C’eſt l’Européen qui ſe conduiſit comme s’il eût été conſeillé par les démons de l’inſulaire ; c’eſt l’inſulaire qui ſe conduiſit comme s’il eût obéi à la divinité de l’Européen5.
On sait peu de chose de1 leur religion, à laquelle ils n’étaient pas fort attachés ; et il y a apparence que, sur cet article comme sur beaucoup d’autres, leurs destructeurs les ont calomniés. Ils ont prétendu2 que ces insulaires si doux adoraient une multitude d’êtres3 malfaisans. On ne le saurait croire. Les adorateurs d’un dieu cruel4 n’ont jamais été bons. Et qu’importaient leurs dieux et leur culte ? Firent-ils aux nouveaux venus quelque question sur leur religion ? Leur croyance fut-elle un motif de curiosité, de haine ou de mépris pour eux ? C’est l’Européen qui se conduisit comme s’il eût été conseillé par les démons de l’insulaire ; c’est l’insulaire qui se conduisit comme s’il eût obéi à la divinité de l’Européen5.
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Aucune loi ne régloit chez eux le nombre des femmes. Ordinairement, une d’entr’1elles avoit quelques privileges, quelques diſtinctions ; mais ſans autorité ſur les autres. C’étoit celle que le mari aimoit le plus, & dont il ſe croyoit le plus aimé. Quelquefois à la mort de cet époux, elle ſe faiſoit enterrer avec lui. Ce n’étoit point chez ce peuple un uſage, un devoir, un point d’honneur : c’étoit dans la femme une impoſſibilité de ſurvivre à ce que ſon cœur avoit de plus cher. Les Eſpagnols appelloient2 débauche , licence, crime cette liberté dans le mariage & dans l’amour, autoriſée par les loix3 & par les mœurs ; & ils attribuoient aux prétendus excès des inſulaires, un mal qu’4un médecin philoſophe a démontré depuis peu dans un traité ſur l’origine de la maladie vénérienne5, avoir été connue6 en Europe avant la découverte de l’Amérique.
Aucune loi ne régloit chez eux le nom[16]bre des femmes. Ordinairement, une d’entr’1 elles avoit quelques priviléges, quelques diſtinctions ; mais ſans autorité ſur les autres . C’étoit celle que le mari aimoit le plus, & dont il ſe croyoit le plus aimé. Quelquefois à la mort de cet époux, elle ſe faiſoit enterrer avec lui. Ce n’étoit point chez ce peuple un uſage, un devoir, un point d’honneur ; c’étoit dans la femme une impoſſibilité de ſurvivre à ce que ſon cœur avoit de plus cher. Les Eſpagnols appelloient2 débauche, licence, crime, cette liberté dans le mariage & dans l’amour, autoriſée par les loix3 & par les mœurs ; & ils attribuoient aux prétendus excès des inſulaires , un mal qu’4un médecin philoſophe prouve ſur l’origine de la maladie vénérienne5 , avoir été connu6 en Europe avant la découverte de l’Amérique.
Aucune loi ne régloit chez eux le nombre des femmes. Ordinairement, une d’entre1 elles avoit quelques privilèges, quelques diſtinctions ; mais ſans autorité ſur les autres. C’étoit celle que le mari aimoit le plus, & dont il ſe croyoit le plus aimé. Quelquefois à la mort de cet époux, elle ſe faiſoit enterrer avec lui. Ce n’étoit point chez ce peuple un uſage, un devoir, un point d’honneur ; c’étoit dans la femme une impoſſibilité de ſurvivre à ce que ſon cœur avoit de plus cher. Les Eſpagnols appelloient2 débauche, licence, crime, cette liberté dans le mariage & dans l’amour, autoriſée par les loix3 & par les mœurs ; & ils attribuoient aux prétendus excès des inſulaires, l’origine d’4un mal honteux & deſtructeur qu’on croit communément5 avoir été inconnu6 en Europe avant la découverte de l’Amérique.
Aucune loi ne réglait chez eux le nombre des femmes. Ordinairement une d’entre1 elles avait quelques priviléges, quelques distinctions, mais sans autorité sur les autres. C’était celle que le mari aimait le plus, et dont il se croyait le plus aimé. Quelquefois à la mort de cet époux elle se faisait enterrer avec lui. Ce n’était point chez ce peuple un usage, un devoir, un point d’honneur ; c’était dans la femme une impossibilité de survivre à ce que son cœur avait de plus cher. Les Espagnols appelaient2 débauche, licence, crime, cette liberté dans le mariage et dans l’amour autorisée par les lois3 et par les mœurs ; et ils attribuaient aux prétendus excès des insulaires l’origine d’4un mal honteux et destructeur qu’on croit communément5 avoir été inconnu6 en Europe avant la découverte de l’Amérique.
50
Ces inſulaires n’avoient pour armes, que l’arc &1 des fleches d’un bois dont la pointe durcie au feu, étoit quelquefois garnie de pierres tranchantes , ou d’arête2 de poiſſon. Les ſimples habits des Eſpagnols, étoit3 des cuiraſſes impénétrables contre ces fleches lancées avec peu d’adreſſe . Ces armes jointes à des petites maſſues, ou plutôt à de gros bâtons dont le coup devoit être rarement mortel, ne rendoient pas ce peuple bien redoutable.
Ces inſulaires n’avoient pour armes, que l’arc avec1 des fléches d’un bois, dont la pointe durcie au feu, étoit quelquefois garnie de pierres tranchantes, ou d’arêtes2 de poiſſon. Les ſimples habits des Eſpagnols étoient3 des cuiraſſes impénétrables contre ces fléches lancées avec peu d’adreſſe. Ces armes jointes à de petites maſſues, ou plutôt à de gros bâtons, dont le coup devoit être rarement mortel, ne rendoient pas ce peuple bien redoutable.
Ces inſulaires n’avoient pour armes, que l’arc avec1 des flèches d’un bois, dont la pointe durcie au feu, étoit quelquefois garnie de pierres tranchantes, ou d’arrêtes2 de poiſſon. Les ſimples habits des Eſpagnols, étoient3 des cuiraſſes impénétrables contre ces flèches lancées avec peu d’adreſſe. Ces armes jointes [350]à de petites maſſues, ou plutôt à de gros bâtons, dont le coup devoit être rarement mortel, ne rendoient pas ce peuple bien redoutable .
Ces insulaires n’avaient pour armes que l’arc avec1 des flèches d’un bois dont la pointe, durcie au feu, était quelquefois garnie de pierres tranchantes ou d’arêtes2 de poisson. Les simples habits des Espagnols étaient3 des cuirasses impénétrables contre ces flèches lancées avec peu d’adresse. Ces armes, jointes à de petites massues, ou plutôt à de gros bâtons dont le coup devait être rarement mortel, ne rendaient pas ce peuple bien redoutable .
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Il étoit compoſé de différentes claſſes, dont une s’arrogeoit une eſpece de nobleſſe ; mais on ſait peu quelles1 étoient les charges2 de cette diſtinction, & ce qui pouvoit y conduire. Ce peuple ignorant & ſauvage, avoit auſſi des ſorciers enfans, ou peres de la ſuperſtition.
Il étoit compoſé de différentes claſſes, dont une s’arrogeoit une eſpece de nobleſſe ; mais on ſait peu qu’elles1 étoient les prérogatives2 de cette diſtinction, & ce qui pouvoit y conduire. Ce peuple ignorant & ſauvage, avoit auſſi des ſorciers, enfans ou peres de la ſuperſtition.
Il étoit compoſé de différentes claſſes, dont une s’arrogeoit une eſpèce de nobleſſe ; mais on ſait peu quelles1 étoient les prérogatives2 de cette diſtinction, & ce qui pouvoit y conduire. Ce peuple ignorant & ſauvage, avoit auſſi des ſorciers, enfans ou pères de la ſuperſtition.
Il était composé de différentes classes, dont une s’arrogeait une espèce de noblesse ; mais on sait peu quelles1 étaient les prérogatives2 de cette dis[230]tinction , et ce qui pouvait y conduire. Ce peuple ignorant et sauvage avait aussi des sorciers, enfans ou pères de la superstition.
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Colomb ne négligea aucun des moyens qui pouvoient lui concilier ces inſulaires. Mais il leur fit ſentir auſſi, que ſans avoir la volonté de leur nuire, il en avoit le pouvoir. Les effets ſurprenants1 de ſon artillerie, dont il fit des épreuves en leur préſence, les convainquirent de ce qu’il leur diſoit. Les Eſpagnols leur parurent des hommes deſcendu2 du ciel ; & les préſents3 qu’ils en recevoient, n’étoient pas pour eux de ſimples curioſités, mais des choſes ſacrées. Cette erreur étoit avantageuſe. Elle ne fut détruite par aucun acte de foibleſſe4 ou de cruauté. On donnoit à ces ſauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des ſonnettes, & ils donnoient de l’or & des vivres.
Colomb ne négligea aucun des moyens qui pouvoient lui concilier ces inſulaires. Mais il leur fit ſentir auſſi, que ſans avoir la volonté de leur nuire, il en avoit le pouvoir. Les effets ſurprenans1 de ſon artillerie, dont il fit des épreuves en leur préſence, les convainquirent de ce qu’il leur diſoit. Les Eſpagnols leur parurent des hommes descendus2 du ciel ; & les préſens3 qu’ils en recevoient , n’étoient pas pour eux de ſimples curioſités, mais des choſes ſacrées. Cette erreur étoit avantageuſe. Elle ne fut détruite par aucun acte de foibleſſe4 ou de cruauté. On donnoit à ces ſauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles , des couteaux, des ſonnettes, & ils donnoient de l’or & des vivres.
Colomb ne négligea aucun des moyens qui pouvoient lui concilier ces inſulaires. Mais il leur fit ſentir auſſi, que ſans avoir la volonté de leur nuire, il en avoit le pouvoir. Les effets ſurprenans1 de ſon artillerie, dont il fit des épreuves en leur préſence, les convainquirent de ce qu’il leur diſoit. Les Eſpagnols leur parurent des hommes deſcendus2 du ciel ; & les préſens3 qu’ils en recevoient, n’étoient pas pour eux de ſimples curioſités, mais des choſes ſacrées. Cette erreur étoit avantageuſe. Elle ne fut détruite par aucun acte de foibleſſe4 ou de cruauté. On donnoit à ces ſauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des [351]ſonnettes, & ils donnoient de l’or & des vivres.
Colomb ne négligea aucun des moyens qui pouvaient lui concilier ces insulaires. Mais il leur fit sentir aussi que, sans avoir la volonté de leur nuire, il en avait le pouvoir. Les effets surprenans1 de son artillerie, dont il fit des épreuves en leur présence, les convainquirent de ce qu’il leur disait. Les Espagnols leur parurent des hommes descendus2 du ciel ; et les présens3 qu’ils en recevaient n’étaient pas pour eux de simples curiosités , mais des choses sacrées. Cette erreur était avantageuse. Elle ne fut détruite par aucun acte de faiblesse4 ou de cruauté. On donnait à ces sauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des sonnettes, et ils donnaient de l’or et des vivres.
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Dans les premiers moments1 de cette union, Colomb marqua la place d’un établiſſement qu’il deſtinoit à être le centre de tous les projets qu’il ſe propoſoit d’exécuter. Il conſtruiſit un petit3 fort avec le ſecours des Inſulaires qui travaillent gaiement5 à forger leurs fers. Il y laiſſa trente-neuf Caſtillans ; & après avoir reconnu la plus grande partie de l’iſle6, il fit voile pour l’Eſpagne.
Dans les premiers momens1 de cette union, Colomb marqua la place d’un établiſſement qu’il deſtinoit à être le centre de tous les projets qu’il ſe propoſoit d’exécuter. Il conſtruiſit un petit3 fort avec le ſecours des inſulaires , qui travailloient gaiement5 à forger [18]leurs fers. Il y laiſſa trente-neuf Caſtillans ; & après avoir reconnu la plus grande partie de l’iſle6, il fit voile pour l’Eſpagne.
Dans les premiers momens1 de cette union, Colomb marqua la place d’un établiſſement qu’il deſtinoit à être le centre de tous les projets qu’il ſe propoſoit d’exécuter. Il conſtruiſit le3 fort de la Nativité4 avec le ſecours des inſulaires, qui travailloient gaiement5 à forger leurs fers. Il y laiſſa trente-neuf Caſtillans ; & après avoir reconnu la plus grande partie de l’iſle6 il fit voile pour l’Eſpagne.
Dans les premiers momens1 de cette union, Colomb marqua la place d’un établissement qu’il destinait à être le centre de tous les projets qu’il se proposait d’exécuter. De l’aveu du souverain de la contrée2, il construisit le3 fort de la Nativité4 avec le secours des insulaires, qui travaillaient gaîment5 à forger leurs fers. Il y laissa trente-neuf Castillans ; et après avoir reconnu la plus grande partie de l’île6, il fit voile pour l’Espagne le 16 janvier 14937.
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Sa navigation fut heureuse, très-heureuse durant près d’un mois. Sans le moindre accident il [231]avait fait cinq cents lieues, lorsque le 14 février il fut assailli par une des plus violentes tempêtes qui eussent jamais bouleversé l’Océan. Sur les rivages mêmes d’Haïti, la Vierge-Marie, la meilleure de ses corvettes, avait été brisée. L’ouragan l’avait séparée de la Pinta, dont la perte paraissait certaine. Il ne lui restait aucun espoir de sauver la Nigna, qui faisait eau de tous les côtés. L’équipage en avait abandonné la manœuvre, et se bornait à pousser des vœux impuissans vers le ciel. Dans cette situation accablante, l’unique chagrin de l’amiral était de ne point laisser de nom, ou de ne laisser que celui d’un imprudent aventurier . Pour préserver sa mémoire de l’oubli ou de l’opprobre, il traça par écrit l’importante découverte qu’il avait faite, le chemin qu’il avait tenu, l’établissement qu’il avait formé, et enferma sa relation dans un tonneau qu’il confia aux vagues. C’était pour lui une grande consolation de penser que ce précieux dépôt pourrait être poussé vers quelques plages habitées, et que ce qu’il avait opéré de grand ne serait pas peut-être perdu pour le genre humain.
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Il arriva1 à Palos, port de l’Andalouſie, d’2où ſept mois auparavant il étoit parti. Il4 ſe rendit par terre, à Barcelone5, où étoit la Cour. Ce voyage fut un triomphe. La nobleſſe & le peuple allerent au devant6 de lui, & le ſuivirent en [8]foule juſqu’aux pieds de Ferdinand & d’Iſabelle. Il leur préſenta des inſulaires qui l’avoient ſuivi volontairement. Il fit apporter des monceaux d’or, des oiſeaux, du coton, beaucoup de raretés que la nouveauté rendoient7 précieuſes. Cette multitude d’objets étrangers expoſée aux yeux d’une nation dont la vanité & l’imagination exagerent tout, lui8 fit voir une ſource inépuiſable de richeſſes qui devoit couler éternellement dans ſon ſein. L’enthouſiaſme gagna juſqu’aux ſouverains. Dans l’audience publique qu’ils donnerent à Colomb, ils le firent couvrir, & s’aſſeoir comme un grand d’Eſpagne. Il leur raconta ſon voyage. Ils le comblerent de careſſes , de louanges, d’honneurs ; & bientôt après il repartit avec dix-ſept vaiſſeaux pour faire de nouvelles découvertes, & fonder des colonies.
Il arriva1 à Palos port de l’Andalouſie, d’2où ſept mois auparavant il étoit parti. Il4 ſe rendit par terre à Barcelone5, où étoit la cour. Ce voyage fut un triomphe. La nobleſſe & le peuple allerent au-devant6 de lui, & le ſuivirent en foule juſqu’aux pieds de Ferdinand & d’Iſabelle. Il leur préſenta des inſulaires, qui l’avoient ſuivi volontairement . Il fit apporter des monceaux d’or, des oiſeaux, du coton, beaucoup de raretés que la nouveauté rendoit7 précieuſes. Cette multitude d’objets étrangers expoſée aux yeux d’une nation, dont la vanité & l’imagination exagerent tout, lui8 fit voir au loin, dans le tems & l’eſpace9, une ſource inépuiſable de richeſſes qui devoit couler éternellement dans ſon ſein. L’enthouſiaſme gagna juſqu’aux ſouverains. Dans l’audience publique qu’ils donnerent à Colomb, ils le firent couvrir & s’aſſeoir, comme un grand d’Eſpagne. Il leur raconta ſon voyage. Ils le comblerent de careſſes, de louanges, d’honneurs ; & bientôt après, il repartit avec dixſept vaiſſeaux pour faire de nouvelles découvertes , & fonder des colonies.
Il arriva1 à Palos, port de l’Andalouſie, d’2où ſept mois auparavant il étoit parti. Il4 ſe rendit par terre à Barcelone5, où étoit la cour. Ce voyage fut un triomphe. La nobleſſe & le peuple allèrent au-devant6 de lui, & le ſuivirent en foule juſqu’aux pieds de Ferdinand & d’Iſabelle. Il leur préſenta des inſulaires, qui l’avoient ſuivi volontairement . Il fit apporter des monceaux d’or, des oiſeaux, du coton, beaucoup de raretés que la nouveauté rendoit7 précieuſes. Cette multitude d’objets étrangers expoſée aux yeux d’une nation, dont la vanité & l’imagination exagèrent tout, leur8 fit voir au loin, dans le tems & l’eſpace9, une ſource inépui[352]ſable de richeſſes qui devoit couler éternellement dans ſon ſein. L’enthouſiaſme gagna juſqu’aux ſouverains. Dans l’audience publique qu’ils donnèrent à Colomb, ils le firent couvrir & s’aſſeoir, comme un grand d’Eſpagne. Il leur raconta ſon voyage. Ils le comblèrent de careſſes, de louanges, d’honneurs ; & bientôt après, il repartit avec dixſept vaiſſeaux pour faire de nouvelles découvertes , & fonder des colonies.
Par bonheur, au moment d’un naufrage inévitable , les flots s’apaisèrent. Des vents favorables poussèrent d’abord les infortunés navigateurs aux Açores, ensuite en Portugal, et enfin1 à Palos, port de l’Andalousie, où ils débarquèrent3 sept mois et onze jours après en être partis. Sans perdre un instant, Colomb4 se rendit par terre à Barcelonne5, [232]où était la cour. Ce voyage fut un triomphe. La noblesse et le peuple allèrent au-devant6 de lui et le suivirent en foule jusqu’aux pieds de Ferdinand et d’Isabelle. Il leur présenta des insulaires qui l’avaient suivi volontairement. Il fit apporter des monceaux d’or, des oiseaux, du coton, beaucoup de raretés que la nouveauté rendait7 précieuses. Cette multitude d’objets étrangers, exposée aux yeux d’une nation dont la vanité et l’imagination exagèrent tout, leur8 fit voir au loin, dans le temps et l’espace9, une source inépuisable de richesses qui devait couler éternellement dans son sein. L’enthousiasme gagna jusqu’aux souverains. Dans l’audience publique qu’ils donnèrent à Colomb, ils le firent couvrir et s’asseoir comme un grand d’Espagne. Il leur raconta son voyage. Ils le comblèrent de caresses, de louanges, d’honneurs ; et bientôt après il repartit avec dix-sept vaisseaux pour faire de nouvelles découvertes et fonder des colonies.
56
A ſon arrivée à Saint-Domingue, avec quinze cent1 ſoldats, trois cent ouvriers2, des miſſionnaires3 , les grains4, les fruits5, les animaux domeſtiques d’Europe, qui manquoient à ce6 nouveau monde7 ; Colomb trouva qu’on avoit ruiné ſa fortereſſe, & maſacré tous les9 Eſpagnols. Ils s’étoient attiré cette infortune10 par leur orgueil, leur licence, & leur tyrannie. Colomb12 n’en douta pas après les eclairciſſemens qu’il ſe fit donner, & il eut le bonheur de13 perſuader à ceux qui avoient moins de modération que lui, qu’il étoit de la bonne politique de renvoyer la vengeance à un autre tems. On s’occupa uniquement à reconnoître les mines qui devoient coûter tant14 de ſang, à15 les exploiter, à conſtruire des forts16 dans leur voiſinage, à y établir des garniſons ſuffiſantes pour aſſurer17 les travaux18.
A ſon arrivée à Saint-Domingue, avec quinze cens1 ſoldats, trois cens ouvriers2, [19]des miſſionnaires3, les grains4, les fruits5, les animaux domeſtiques d’Europe, qui manquoient à ce6 nouveau monde7, Colomb trouva qu’on avoit ruiné ſa fortereſſe, & masſacré tous les9 Eſpagnols. Ils s’étoient attiré ce traitement10 par leur orgueil, leur licence & leur tyrannie. Colomb12 n’en douta pas, après les éclairciſſemens qu’il ſe fit donner ; & il eut le bonheur de13 perſuader à ceux qui avoient moins de modération que lui, qu’il étoit de la bonne politique de renvoyer la vengeance à un autre tems. On s’occupa uniquement à reconnoître les mines qui devoient coûter un jour tant14 de ſang, à15 les exploiter, à conſtruire des forts16 dans leur voiſinage, à y établir des garniſons ſuffiſantes pour aſſurer17 les travaux18.
A ſon arrivée à Saint-Domingue, avec quinze cens hommes1, ſoldats, ouvriers, miſſionnaires ; avec2 des vivres pour leur ſubſiſtance ; avec3 les ſemences de toutes4 les plantes qu’on croyoit pouvoir réuſſir ſous ce climat humide & chaud ; avec5 les animaux domeſtiques de l’ancien hémiſphère dont le6 nouveau n’avoit pas un ſeul7, Colomb ne8 trouva que des ruines & des cadavres, où il avoit laiſſé des fortifications & des9 Eſpagnols . Ces brigands avoient provoqué leur ruine10 par leur orgueil, par11 leur licence & leur tyrannie. L’amiral12 n’en douta pas après les éclairciſſemens qu’il ſe fit donner ; & il ſut13 perſuader à ceux qui avoient moins de modération que lui, qu’il étoit de la bonne [353]politique de renvoyer la vengeance à un autre tems. Un fort, honoré du nom d’Iſabelle , fut conſtruit aux bords de l’Océan, & celui14 de Saint-Thomas ſur15 les montagnes de Cibao, où les inſulaires ramaſſoient16, dans des torrens, la plus grande partie de l’or qu’ils faiſoient ſervir leur parure, & où17 les conquérans ſe propoſoient d’ouvrir des mines18.
A son arrivée à Saint-Domingue avec quinze cents hommes1, soldats, ouvriers, missionnaires ; avec2 des vivres pour leur subsistance ; avec3 les semences de toutes4 les plantes qu’on croyait pouvoir réussir sous ce climat humide et chaud ; avec5 les animaux domestiques de l’ancien hémisphère dont le6 nouveau n’avait pas un seul7, Colomb ne8 trouva que des ruines et des cadavres, où il avait laissé des fortifications et des9 Espagnols. Ces brigands avaient provoqué leur ruine10 par leur orgueil, [233]par11 leur licence et leur tyrannie. L’amiral12 n’en douta pas après les éclaircissemens qu’il se fit donner ; et il sut13 persuader à ceux qui avaient moins de moderation que lui qu’il était de la bonne politique de renvoyer la vengeance à un autre temps. Un fort, honoré du nom d’Isabelle, fut construit aux bords de l’Océan, et celui14 de Saint-Thomas sur15 les montagnes de Cibao, où les insulaires ramassaient16 dans des torrens la plus grande partie de l’or qu’ils faisaient servir à leur parure, et où17 les conquérans se proposaient d’ouvrir des mines18.
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Pendant ce tems là1, les vivres apportés d’Europe avoient été corrompus par la chaleur hu[9]mide du climat, & le petit nombre des cultivateurs envoyés2 pour les renouveller dans des régions où la végétation eſt ſi prompte, étoient morts la plupart, ou tombé malades. Les gens3 de guerre invités à les remplacer ſe refuſerent à une occupation qui devoit aſſurer leur ſubſiſtance4.
Pendant ce tems1, les vivres apportés d’Europe avoient été corrompus par la chaleur humide du climat ; & le petit nombre de cultivateurs envoyés2 pour les renouveller dans des régions où la végétation eſt ſi prompte, étoient morts la plupart, ou tombés malades. Les gens3 de guerre invités les remplacer, ſe refuſerent à une occupation qui devoit aſſurer leur ſubſiſtance4.
Pendant qu’on étoit occupé de ces travaux1, les vivres apportés d’Europe avoient été conſommés ou s’étoient corrompus. La colonie n’en avoit pas aſſez reçu de nouveaux2 pour remplir le vuide ; & des ſoldats, des matelots n’avoient eu ni le tems, ni le talent, ni la volonté3 de créer des ſubſiſtances4.
Pendant qu’on était occupé de ces travaux1, les vivres apportés d’Europe avaient été consommés ou s’étaient corrompus. La colonie n’en avait pas assez reçu de nouveaux2 pour remplir le vide ; et ses habitans nobles, roturiers ou prêtres, également mécontens d’avoir été réduits, comme leur chef, prêter leurs bras la construction de leurs maisons et des édifices publics, avaient tous fièrement repoussé les invitations qui leur étaient faites3 de créer des subsistances4.
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La pareſſe commençoit à être en honneur en Eſpagne1. Ne rien faire, étoit vivre en gentilhomme ; & le dernier ſoldat dans un pays où il ſe trouvoit le maître, vouloit vivre noblement. Les inſulaires leur offroient tout, & ils exigeoient davantage . Ils leur demandoient ſans ceſſe des alimens2 & de l’or3. Ces malheureux ſe laſſerent enfin de cultiver4, de chaſſer, de pêcher, de fouiller5 les mines pour les inſatiables Eſpagnols ; & à cette époque, on ne vit plus en eux que des traites, & des eſclaves rebelles dont on ſe permit de verſer le ſang6.
La pareſſe commençoit à être en honneur en Eſpagne1. Ne rien faire, c’étoit vivre en gentilhomme ; & le dernier ſoldat dans un pays où il ſe trouvoit le maître, vouloit vi[20]vre noblement. Les inſulaires leur offroient tout, & ils exigeoient davantage. Ils leur demandoient ſans ceſſe des alimens2 & de l’or3. Ces malheureux ſe laſſerent enfin de cultiver4, de chaſſer, de pêcher, de fouiller5 les mines pour les inſatiables Eſpagnols. Dès ce moment, on ne vit plus en eux que des traîtres & des eſclaves rébelles, dont on ſe permit de verſer le ſang6.
Il fallut recourir aux naturels du pays qui1 ne cultivant que peu étoient hors d’état de nourrir des étrangers qui, quoique les plus ſobres de l’ancien hémiſphère, conſommoient chacun ce qui auroit ſuffi aux beſoins de pluſieurs Indiens. Ces malheureux livroient tout ce qu’ils avoient2, & l’on exigeoit davantage3. Ces exactions continuelles les firent ſortir4 de leur caractère naturellement timide ; & tous5 les caciques, l’exception de Guacanahari, [354]qui le premier avoit reçu les Eſpagnols dans ſes états, réſolurent d’unir leurs forces pour briſer un joug qui devenoit chaque jour plus intolérable6.
Il fallut recourir aux naturels du pays, qui1, ne cultivant que peu, étaient hors d’état de nourrir des étrangers qui, quoique les plus sobres de l’ancien hémisphère, consommaient chacun ce qui aurait suffi aux besoins de plusieurs Indiens. Ces malheureux livraient tout ce qu’ils avaient2, et l’on exigeait davantage3. Ces exactions continuelles les firent sortir4 de leur caractère, natu[234]rellement timide ; et tous5 les caciques, à l’exception de Guacanaghari, qui le premier avait reçu les Espagnols dans ses états, résolurent d’unir leurs forces pour briser un joug qui devenait chaque jour plus intolérable6.
59
Colomb qui continuoit1 ſes découvertes, averti que les Indiens aigris par ces traitemens barbares , méditoient un ſoulevement ; revint ſur ſes pas. Son projet étoit de rapprocher2 les eſprits ; mais il fut entraîné par les clameurs ſéditieuſes3 de ſes féroces & avides ſoldats, dans des hoſtilités qui n’étoient ni ſelon ſon cœur, ni dans ſes principes ; avec4 deux cent fantaſin5 & vingt cavaliers, il6 ne craignit pas d’attaquer une armée de8 cent mille hommes dans le lieu où9 fut bâtie depuis la ville de Sant-Ygao10.
Colomb qui continuoit1 ſes découvertes, averti que les Indiens, aigris par ces traitemens barbares, méditoient un ſoulevement revint ſur ſes pas. Son projet étoit de rapprocher2 les eſprits ; mais il fut entraîné par les clameurs ſéditieuſes3 de ſes féroces & avides ſoldats, dans des hoſtilités qui n’étoient ni ſelon ſon cœur, ni dans ſes principes. Avec4 deux cens fantaſſins5 & vingt cavaliers, il6 ne craignit pas d’attaquer une armée qu’on prétend avoir été de8 cent mille hommes, dans le lieu où9 fut bâtie depuis la ville de Sant-Yago10.
Colomb interrompit le cours de1 ſes découvertes pour prévenir ou pour diſſiper ce danger inattendu. Quoique la miſère, le climat & la débauche euſſent précipité au tombeau2 les deux tiers de ſes compagnons ; quoique la maladie empêchât pluſieurs3 de ceux qui avoient échappé ces fléaux terribles, de ſe joindre lui ; quoiqu’il ne pût mener l’ennemi que4 deux cens fantaſſins5 & vingt cavaliers, cet homme extraordinaire6 ne craignit pas d’attaquer, en 1495, dans les plaines de Vega-Real7, une armée que les hiſtoriens ont généralement portée 8 cent mille combattans. La principale précaution qu’on prit9 fut de fondre ſur elle durant la nuit10.
Colomb interrompit le cours de1 ses découvertes pour prévenir ou pour dissiper ce danger inattendu . Quoique la misère, le climat et la débauche eussent précipité au tombeau2 les deux tiers de ses compagnons ; quoique la maladie empêchât plusieurs3 de ceux qui avaient échappé à ces fléaux terribles de se joindre à lui ; quoiqu’il ne pût mener à l’ennemi que4 deux cents fantassins5 et vingt cavaliers, cet homme extraordinaire6 ne craignit pas d’attaquer en 1495, dans les plaines de Véga-Réal7, une armée que les historiens ont généralement portée à8 cent mille combattans. La principale précaution qu’on prit9 fut de fondre sur elle durant la nuit10.
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Les malheureux Indiens1 étoient vaincus avant de combattre2. Ils regardoient les Eſpagnols comme des êtres d’une nature ſupérieure. Les armes d’3Europe avoient augmenté leur admiration, leur reſpect & leur crainte. La vue des chevaux les avoient4, ſur-tout, étonné5. Pluſieurs étoient aſſez ſimples pour croire que l’homme & le cheval [10]n’étoit6 qu’un même animal, ou un dieu8. Quand cette9 impreſſion de terreur n’auroit pas trahi leur courage, ils n’auroient pu faire encore qu’une foible10 réſiſtance. Le feu du canon, les piques, une diſcipline inconnue les auroient aiſement diſperſés. Ils prirent la fuite de tous côtés. Ils demanderent la paix, & l’obtinrent à condition qu’ils cultiveroient la terre pour les Eſpagnols, & qu’ils leur fourniroient chaque mois une cercertainequantité d’or11.
Les malheureux Indiens1 étoient vaincus avant de combattre2. Ils regardoient les Eſpagnols comme des êtres d’une nature ſupérieure . Les armes de l’3Europe avoient augmenté leur admiration, leur reſpect & leur crainte. La vue des chevaux les avoit4 ſurtout frappés d’étonnement5. Pluſieurs étoient aſſez ſimples, pour croire que l’homme & le [21]cheval n’étoient6 qu’un ſeul &7 même animal, ou une eſpece de divinité8. Quand cette9 impreſſion de terreur n’auroit pas trahi leur courage, ils n’auroient pu faire encore qu’une foible10 reſiſtance. Le feu du canon, les piques, une diſcipline inconnue, les auroient aiſément diſperſés. Ils prirent la fuite de tous côtés. Ils demanderent la paix, & l’obtinrent, à condition qu’ils cultiveroient la terre pour les Eſpagnols, & qu’ils leur fourniroient chaque mois une certaine quantité d’or11.
Les inſulaires1 étoient vaincus avant que l’action s’engageât2. Ils regardoient les Eſpagnols comme des êtres d’une nature ſupérieure . Les armes de l’3Europe avoient augmenté leur admiration, leur reſpect & leur crainte. La vue des chevaux les avoient4 ſurtout frappés d’admiration5. Pluſieurs étoient [355]aſſez ſimples pour croire que l’homme & le cheval n’étoient6 qu’un ſeul &7 même animal, ou une eſpèce de divinité8. Quand une9 impreſſion de terreur n’auroit pas trahi leur courage, ils n’auroient pu faire encore qu’une foible10 réſiſtance. Le feu du canon, les piques, une diſcipline inconnue les auroient aiſément diſperſés. Ils prirent la fuite de tous côtés. Pour les punir de ce qu’on appelloit leur rébellion , chaque Indien au-deſſus de quatorze ans fut aſſervi un tribut en or ou en coton, ſelon la contrée qu’il habitoit11.
Les insulaires1 étaient vaincus avant que l’action s’engageât2. Ils regardaient les Espagnols comme des êtres d’une nature supérieure. Les armes de l’3Europe avaient augmenté leur admiration , leur respect et leur crainte. La vue des chevaux les avait4 surtout frappés d’admiration5. Plusieurs étaient assez simples pour croire que l’homme et le cheval n’étaient6 qu’un seul et7 même animal, ou une espèce de divinité8. Quand une9 impression de terreur n’aurait pas trahi leur courage , ils n’auraient pu faire encore qu’une faible10 [235]résistance. Le feu du canon, les piques, une discipline inconnue les auraient aisément dispersés. Ils prirent la fuite de tous côtés. Pour les punir de ce qu’on appelait leur rébellion, chaque Indien au-dessus de quatorze ans fut asservi à un tribut en or ou en coton, selon la contrée qu’il habitait11.
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Cette dure obligation, des cruautés qui la rendoient plus dure encore, parurent bientôt inſupportables à ces inſulaires. Pour s’y ſouſtraire, ils ſe refugierent dans les montagnes où1 ils eſpéroient que la chaſſe, & des fruits ſauvages leur donneroient le peu de ſubſiſtance dont ils avoient beſoin, tandis que leurs ennnemis, dont chacun conſommoit la nourriture de dix Indiens, ſe voyant privés de vivres, ſeroient obligés de répaſſer les mers. Ils ſe tromperent. Les Caſtillans ſe ſoutinrent par les rafraîchiſſemens qu’ils recevoient d’Europe, & n’en furent que plus acharnés à la pourſuite de leur2 affreux projets. Leur rage les conduiſit dans des3 lieux qu’on croiroit4 inacceſſibles. Ils formerent leur5 chiens à découvrir, à dévorer les malheureux Indiens. On en vit6 qui firent vœu d’en7 maſſacrer douze8 tous les jours en l’honneur des douze Apôtres. Ils firent périr le tiers de ces nations. On prétend qu’à leur arrivée, l’iſle avoit un million d’habitans. Tous les monumens atteſtent que ce nombre n’eſt pas exagéré, & il eſt conſtant que la population étoit conſidérable.
Cette dure obligation, des cruautés qui la rendoient plus dure encore, parurent bientôt inſupportables à ces inſulaires. Pour s’y ſouſtraire, ils eſpéroient que la chaſſe & des fruits ſauvages leur donneroient le peu de ſubſiſtance dont ils avoient beſoin ; tandis que leurs ennemis, dont chacun conſommoit la nourriture de dix Indiens, ſe voyant privés de vivres, ſeroient obligés de repasſer les mers. Ils ſe tromperent. Les Caſtillans ſe ſoutinrent par les rafraîchiſſemens qu’ils recevoient d’Europe, & n’en furent que plus acharnés à la pourſuite de leurs2 affreux projets. Leur rage les conduiſit dans les3 lieux qu’on croyoit4 inacceſſibles. Ils formerent leurs5 chiens à découvrir, à dévorer des hommes. On vit des Eſpagnols6 qui firent vœu de7 maſſacrer tous les jours douze [22]Indiens9, en l’honneur des douze Apôtres. Ils firent périr le tiers de ces nations. On prétend qu’à leur arrivée, l’iſle avoit un million d’habitans. Tous les monumens atteſtent que ce nombre n’eſt pas exagéré, & il eſt conſtant que la population étoit conſidérable.

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Ce qui avoit échappé à la miſere, à la fatigue, à la frayeur, & au glaive, fut obligé de ſe livrer à la diſcrétion du vainqueur qui uſa de ſes [11]avantages avec d’autant plus de rigueur qu’il n’étoit pas contenu par la préſence de Colomb. Ce grand homme étoit repaſſé en Eſpagne pour inſtruire la Cour de ces barbaries que le caractere de ſes inférieurs le mettoit hors d’état de prévenir, & que ſes navigations continuelles ne lui permettoient pas d’empêcher. Durant ſon abſence , la meſintelligence, l’eſprit de haine & de rebellion diviſerent la colonie qu’il avoit laiſſée ſous les ordres de ſon frere. On n’obéiſſoit que lorſqu’il y avoit quelque Cacique à détrôner, quelque bourgade à piller ou à détruire, des nations à exterminer. A peines1 ces farouches guerriers s’étoient-ils emparés des tréſors de quelques malheureux qu’ils avoient égorgés, que la confuſion renaiſſoit. Le deſir de l’indépendance , l’inégalité dans le partage du butin diviſoit2 les hommes3 avides. L’autorité n’étoit plus écoutée. Et les ſubalternes n’étoient pas plus ſoumis aux chefs, que les chefs aux loix. On en vint à ſe faire ouvertement la guerre.
Ce qui avoit échappé à la miſere, à la fatigue, à la frayenr & au glaive, fut obligé de ſe livrer à la diſcrétion du vainqueur, qui uſa de ſes avantages avec d’autant plus de rigueur, qu’il n’étoit pas contenu par la préſence de Colomb. Ce grand homme étoit repaſſé en Eſpagne, pour inſtruire la cour de ces barbaries que le caractere de ſes inférieurs le mettoit hors d’état de prévenir , & que ſes navigations continuelles ne lui permettoient pas d’empêcher. Durant ſon abſence, la méſintelligence, l’eſprit de haîne & de rébellion, diviſerent la colonie qu’il avoit laiſſée ſous les ordres de ſon frere. On n’obéiſſoit que lorſqu’il y avoit quelque cacique à détrôner, quelque bourgade à piller ou à détruire, des nations à exterminer. A peine1 ces farouches guerriers s’étoient-ils emparés des tréſors de quelques malheureux qu’ils avoient égorgés, que la confuſion renaiſſoit. Le deſir de l’indépendance , l’inégalité dans le partage du butin, diviſoient2 ces avides vainqueurs4. L’autorité [23]n’étoit plus écoutée ; & les ſubalternes n’étoient pas plus ſoumis aux chefs, que les chefs aux loix. On en vint à ſe faire ouvertement la guerre.

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Les Indiens quelquefois acteurs, & toujours témoins de ces ſcenes ſanglantes & odieuſes, reprirent un peu de courage. Leur ſimplicité ne les empêcha pas d’entrevoir qu’il ſeroit poſſible de ſe défaire d’un petit nombre de tyrans qui paroiſſent1 avoir oublié leurs projets, & qui n’écoutoient que la haine implacable qu’ils avoient les uns pour les autres. Cet eſpoir les échauffoit. Une confédération conduite avec plus d’art qu’on ne l’auroit ſoupçonné, prenoit de la conſiſtance. Peut-être les Eſpagnols qu’un ſi grand péril n’empêchoit pas de continuer à s’exterminer2, auroient-ils ſuccombé, ſi dans ces circonſtances critiques Colomb ne fut revenu d’Europe.
Les Indiens quelquefois acteurs, & toujours temoins de ces ſcènes ſanglantes & odieuſes, reprirent un peu de courage. Leur ſimplicité ne les empêcha pas d’entrevoir qu’il ſeroit poſſible de ſe défaire d’un petit nombre de tyrans qui paroiſſoient1 avoir oublié leurs projets, & qui n’écoutoient que la haîne implacable qu’ils avoient les uns pour les autres. Cet eſpoir les échauffoit. Une confédération conduite avec plus d’art qu’on ne l’auroit ſoupçonné prenoit de la conſiſtance. Peut-être les Eſpagnols, qu’un ſi grand péril n’empêchoit pas de continuer à ſe détruire2, auroient-ils ſuccombé, ſi dans ces circonſtances critiques Colomb ne fût revenu d’Europe.

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Cet ordre de choſes, qui exigeoit un travail aſſidu, parut le plus grand des maux à un peuple qui n’avoit pas l’habitude de l’occupation . Le deſir de ſe débarraſſer de ſes oppreſſeurs devint ſa paſſion unique. Comme l’eſpoir de les renvoyer au-delà des mers par la force ne lui étoit plus permis, il imagina, en 1496, de les y contraindre par la famine. Dans cette vue, il ne ſema plus de maïs, il arracha les racines de1 manioc qui étoient plantées, & il ſe réfugia dans les montagnes les plus arides, les plus eſcarpées.
Cet ordre de choses, qui exigeait un travail assidu , parut le plus grand des maux à un peuple qui n’avait pas l’habitude de l’occupation. Le désir de se débarrasser de ses oppresseurs devint sa passion unique. Comme l’espoir de les renvoyer au-delà des mers par la force ne lui était plus permis, il imagina, en 1496, de les y contraindre par la famine. Dans cette vue, il ne sema plus de maïs, il arracha les racines du1 manioc qui étaient plantées, et il se réfugia dans les montagnes les plus arides, les plus escarpées.
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Rarement les réſolutions déſeſpérées ſontelles heureuſes. Celle que venoient de pren[356]dre les Indiens leur fut infiniment funeſte. Les dons d’une nature brute & ingrate ne purent les nourrir, comme ils l’avoient inconsidérement eſpéré ; & leur aſyle1, quelque difficile qu’en fût l’accès, ne put les ſouſtraire aux pourſuites d’un tyran irrité qui, dans cette privation abſolue de toutes les reſſources locales, reçut, par haſard, quelques ſubſiſtances de ſa métropole. La rage fut portée au point de former des chiens à découvrir, à dévorer ces malheureux. On a même prétendu que quelques Caſtillans avoient fait vœu d’en maſſacrer douze, chaque jour, en l’honneur des douze apôtres. Il eſt reçu qu’avant cet événement, l’iſle2 comptoit un million d’habitans. Le tiers d’une ſi grande population périt en cette occaſion, par la fatigue, par la faim & par le glaive.
Rarement les résolutions désespérées sont-elles heureuses. Celle que venaient de prendre les Indiens leur fut infiniment funeste. Les dons d’une nature brute et ingrate ne purent les nourrir, comme ils l’avaient inconsidérément espéré ; et leur asile1, quelque difficile qu’en fût l’accès, ne put les soustraire aux poursuites d’un tyran irrité, qui, dans cette privation absolue de toutes les ressources locales, reçut par hasard quelques subsistances de sa métropole. La rage fut portée au point de former des chiens à découvrir, à dévorer ces malheureux. On a même prétendu que quelques Castillans avaient fait vœu d’en massacrer [236]douze chaque jour, en l’honneur des douze apôtres . Il est reçu qu’avant cet événement l’île2 comptait un million d’habitans. Le tiers d’une si grande population périt, en cette occasion, par la fatigue, par la faim et par le glaive.
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A peine ceux de ces infortunés qui avoient échappé à tant de déſaſtres étoient rentrés dans leurs foyers, où des calamités d’un autre genre leur étoient préparées, que leurs perſécuteurs ſe diviſèrent1. La tranſlation du chef-lieu2 de la colonie3, du Nord au Sud4, d’Iſabelle5San-Domingo, put bien ſervir6 de prétexte à quelques plaintes : mais7 les diſ[357]cordes tiroient principalement leur ſource des paſſions miſes en fermentation par un ciel ardent, & trop peu réprimées par une autorité mal affermie. On obéiſſoit au frère8, au repréſentant de Colomb, lorſqu’9il y avoit quelque cacique à détrôner, un canton à piller, des bourgades à exterminer. Après10 le partage du butin, l’eſprit11 d’indépendance redevenoit l’eſprit dominant12 : les haînes13 & les jalouſies étoient ſeules écoutées. Les factions finirent par tourner leurs armes les unes contre les autres : elles ſe firent ouvertement la guerre14.
A peine ceux de ces infortunés qui avaient échappé à tant de désastres étaient rentrés dans leurs foyers, où des calamités d’un autre genre leur étaient préparées, qu’on vit arriver dans1 la colonie Aguado, valet2 de chambre3 du roi Ferdinand . Il était chargé4 d’examiner5quel point pouvaient être fondées les plaintes qui ne cessaient6 de se renouveler contre Colomb. Cet intrigant subalterne , auquel7 les ennemis d’un étranger trop justement célèbre avaient procuré une commission au-dessus de ses espérances, entra parfaitement dans les vues de ses protecteurs. Son approche fut annoncée8 au son des trompettes ; des honneurs exagérés lui furent rendus ; l’autorité qu’9il exerça excédait de beaucoup ses pouvoirs. La plus douce de ses jouissances était d’avilir10 le génie hardi auquel les nations devaient la connaissance11 d’un nouveau monde. Aux outrages journaliers qu’il lui faisait, il se permit plus d’une fois de joindre12 les menaces. Toute accusation contre lui était accueillie13, et ce qui pouvait servir le justifier repoussé sans ménagement. Jamais juge ne s’était montré sous un plus odieux aspect ; toutes ses actions furent d’un homme vain, partial et borné14.
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Durant le cours de ces divisions, l’amiral étoit en Eſpagne. Il y avoit paſſé pour diſſiper les accuſations qu’on ne ceſſoit de renouveller contre lui. Le récit de ce qu’il avoit fait de grand, l’expoſé de ce qu’il ſe propoſoit d’exécuter d’utile, lui regagnèrent aſſez aiſément la confiance d’Iſabelle. Ferdinand lui-même ſe réconcilia un peu avec les navigations lointaines. L’on traça le plan d’un gouvernement régulier qui ſeroit d’abord eſſayé à Saint-Domingue, & enſuite ſuivi, avec les changemens dont l’expérience auroit démontré la néceſſité, dans les divers établiſ[358]ſemens que la ſucceſſion des tems devoit élever ſur l’autre hémiſphère. Des hommes habiles dans l’exploitation des mines furent choifis avec beaucoup de ſoin ; & le fiſc ſe chargea de leur ſolde, de leur entretien pour pluſieurs années.

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Cet abus énorme d’une confiance inconsidérément accordée devait naturellement ramener à l’amiral la plupart de ceux que des préjugés de nation en avaient éloignés. Les choses ne se passèrent pas ainsi. Au lieu de diminuer, l’aigreur qu’on avait contre lui s’était accrue ; et, dans sa position, un voyage en Europe lui parut indispensable . Il avait de grands trésors à y porter, et il se flatta que ces moyens, trop ordinairement employés pour racheter des crimes, lui feraient enfin obtenir justice. Son espérance ne fut pas trompée. L’or, les perles, d’autres richesses qu’il offrit aux deux souverains comme un produit des possessions nouvellement ajoutées à leur empire, firent oublier ou même approuver tout le passé. La bonne Isabelle rendit à Colomb toute son estime , et l’avare Ferdinand lui-même se réconcilia un peu avec les navigations lointaines.
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L’accueil diſtingué qu’il y avoit reçu, n’avoit [12]fait ſur les peuples qu’une impreſſion paſſagere1. Le tems2 qui amene la réflexion à la ſuite de l’enthouſiaſme, avoit fait diſparoître tout l’empreſſement qu’on avoit3 d’abord marqué pour ſe rendre4 dans le nouveau monde. On ne rechauffoit pas les eſprits, parce qu’on publioit de ſes richeſſes, par la vue même de l’or qui en arrivoit5. La couleur livide de tous ceux qui en étoient revenus ; les maladies cruelles & honteuſes de la plupart ; ce qu’on diſoit de la malignité du climat, de la multitude de ceux6 qui y avoient péri, de la diſette qu’on y éprouvoit7, la répugnance d’8obéir à un étranger dont on blâmoit la ſévérité9 ; peut-être la crainte de contribuer à ſa gloire : toutes ces cauſes avoient donné un éloignement invincible pour Saint-Domingue10 aux ſujets de la couronne de Caſtille, les ſeuls des Eſpagnols auxquels il fut alors11 permis d’y paſſer.
L’accueil diſtingué qu’il y avoit reçu, n’avoit fait ſur les peuples qu’une impreſſion paſſagere1. Le tems2 qui amene la réflexion à la ſuite de l’enthouſiaſme, avoit fait disparoître tout l’empreſſement qu’on avoit3 d’abord marqué pour ſe rendre4 dans le nouveau monde, On ne réchauffoit pas les eſprits , par tout ce qu’on publioit de ſes richeſſes , par la vue même de l’or qui en arrivoit5 . La couleur livide de tous ceux qui [24]en étoient revenus ; les maladies cruelles & honteuſes de la plupart ; ce qu’on diſoit de la malignité du climat, de la multitude de ceux6 qui y avoient péri, de la diſette qu’on y éprouvoit7 ; la répugnance 8 obéir à un étranger dont on blâmoit la ſévérité9 ; peut-être la crainte de contribuer à ſa gloire ; toutes ces cauſes avoient donné un éloignement invincible pour Saint-Domingue10 aux ſujets de la couronne de Caſtille, les ſeuls des Eſpagnols auxquels il fût alors11 permis d’y paſſer.
La nation penſa autrement que ſes ſouverains1 . Le tems2, qui amène la réflexion à la ſuite de l’enthouſiaſme, avoit fait tomber le deſir, originairement ſi vif3, d’aller4 dans le Nouveau-Monde. Son or ne tentoit plus perſonne5 . La couleur livide de tous ceux qui en étoient revenus ; les maladies cruelles & honteuſes de la plupart ; ce qu’on diſoit de la malignité du climat, de la multitude de ceux6 qui y avoient péri, des diſettes qui s’y faiſoient ſentir7 ; la répugnance d’8obéir à un étranger dont la ſévérité étoit généralement blâmée9 ; peut-être la crainte de contribuer à ſa gloire : toutes ces cauſes avoient donné un éloignement invincible pour SaintDomingue10 aux ſujets de la couronne de Caſtille, les ſeuls des Eſpagnols auxquels il fut permis d’y paſſer jufqu en 159312.
Les peuples ne pensèrent pas comme leurs maîtres1 . Le temps2, qui amène la réflexion à la suite de l’enthousiasme, avait fait tomber le désir, originairement si vif3, d’aller4 dans le Nouveau-Monde5. La couleur livide de tous ceux qui en étaient revenus ; les maladies cruelles et honteuses de la plupart ; ce qu’on disait de la malignité du climat, de la multitude d’émigrés6 qui y avaient péri, des disettes qui s’y faisaient sentir7 ; la répugnance d’8obéir à un étranger dont les rigueurs étaient généralement blâmées9, peut-être la crainte de contribuer à sa gloire, toutes ces causes avaient [238]donné un éloignement invincible pour l’île espagnole10 aux sujets de la couronne de Castille, les seuls des Espagnols auxquels il fût alors11 permis d’y passer.
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Il falloit pourtant des Colons. L’amiral propoſa de les prendre dans les priſons, parmi les malfaiteurs1, de dérober les plus grands ſcélérats2la mort3, à l’infamie4, pour les faire ſervir à étendre la puiſſance de leur5 patrie dont ils étoient le rebut & le fléau. Ce projet auroit eu moins d’inconvéniens pour des colonies ſolidement établies , où la vigueur des loix, & la pureté des mœurs euſſent pu contenir ou reprimer la licence de quelques ſujets effrénés, ou corrompus. Il faut aux nouveaux états6 d’autres fondateurs7 que des brigands. L’Amérique ne ſe purgera jamais du levain & de l’écume8 qui entrerent dans la maſſe9 des premieres populations que l’Europe y jetta. Colomb fit bientôt la triſte expérience du mauvais avis qu’il avoit ouvert10.
Il falloit pourtant des colons. L’amiral propoſa de les prendre dans les priſons, parmi les malfaiteurs1 ; de dérober les plus grands ſcélérats2la mort3, à l’infamie4, pour les faire ſervir à étendre la puiſſance de leur5 patrie, dont ils étoient le rebut & le fléau. Ce projet auroit eu moins d’inconvéniens pour des colonies ſolidement établies, où la vigueur des loix & la pureté des mœurs, euſſent pu contenir ou réprimer la licence de quelques ſujets effrénés ou corrompus. Il faut aux nouveaux états6 d’autres fondateurs7 que des brigands. L’Amérique ne ſe purgera jamais du levain & de l’écume8 qui entrerent dans la maſſe9 des premieres populations que l’Europe y jetta. Colomb fit bientôt la triſte expérience du mauvais avis qu’il avoit ouvert10.
Il falloit pourtant des colons. L’amiral propoſa de les prendre dans les priſons ; de dé[359]rober des criminels2la mort3, à l’infamie4 pour l’agrandiſſement d’une5 patrie dont ils étoient le rebut & le fléau. Ce projet eut eu moins d’inconvéniens pour des colonies ſolidement établies, où la vigueur des loix auroit contenu ou réprimé des ſujets effrénés ou corrompus. Il faut aux nouveaux états6 d’autres fondateurs7 que des ſcélérats. L’Amérique ne ſe purgera peut-être jamais du levain, de l’écume8 qui entrèrent dans la maſſe9 des premières populations que l’Europe y jetta ; & Colomb lui-même ne tarda pas ſe convaincre qu’il avoit ouvert un mauvais avis10.
Il fallait pourtant des colons. L’amiral proposa de les prendre dans les prisons, de dérober des criminels2l’infamie ou3la mort4 pour l’agrandissement d’une5 patrie dont ils étaient le rebut et le fléau. Un désir immodéré de réaliser sans délai les grandes promesses qu’il avait faites lui avait inspiré ce funeste projet, et une passion impatiente de jouir le fit accepter sans réflexion par une cour où les principes6 d’une société bien ordonnée étaient ignorés. Quelques sages prévirent7 que les scélérats qu’on allait faire passer dans le Nouveau-Monde, joints aux scélérats8 qui s’y trouvaient déjà, y formeraient une population9 des plus corrompues qu’on eût jamais vues sur le globe ; mais ou ils craignirent de manifester leur opinion , ou on ne fit aucun cas de leurs lumières10.
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Pendant les deux années que la lenteur ordinaire aux conseils de la puissance qu’il servait, que les artifices de la jalousie et de la haine retinrent forcément Colomb en Europe, l’île espagnole fut le le théâtre de divers événemens. On abandonna au nord la ville d’Isabelle, privée de tous les avantages qu’exige un établissement principal, et les habitans furent transférés au sud, sous un beau ciel, dans un pays ouvert, au milieu d’une plaine féconde, sur les bords rians de l’Ozama, près [239]d’un port excellent, et non loin des riches mines de Saint-Christophe, découvertes après celles de Cibao. La nouvelle cité fut appelée San-Domin- go, nom qui ne tarda pas à devenir celui de l’île entière.
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C’était un grand pas de fait ; les Indiens voisins de la moderne capitale, que leur éloignement avait jusqu’alors préservés du joug, s’y soumettaient assez facilement, lorsque Roldan, chef de la justice, mécontent de n’être que la troisième personne de la colonie, déclama hautement contre Colomb, contre Barthelemi et contre Diego, ses frères, principaux dépositaires de l’autorité. Il les accusa de cruauté ; il les accusa d’avarice ; il les accusa d’ambition. A l’en croire, les trois Génois n’avaient fait périr tant d’Espagnols que pour s’emparer des trésors du Nouveau-Monde et y former un empire indépendant. Quelque peu de vraisemblance qu’eussent ces imputations, elles lui donnèrent assez de complices pour l’enhardir à la rébellion. L’unique précaution qu’il prit fut de s’éloigner des lieux où étaient les troupes restées fidèles à leurs drapeaux, et de se retrancher dans des défilés où elles ne pouvaient l’attaquer sans courir de très-grands dangers.
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Tel était l’état des choses au retour de l’amiral dans la colonie. Les forces qui le suivaient, jointes à celles qu’il trouvait rassemblées, étaient assurément très-suffisantes pour obliger les dissidens à rentrer dans l’ordre, ou pour les écraser s’ils [240]se refusaient à la soumission. C’était même le seul parti convenable à prendre, au gré des esprits ardens. Son opinion ne fut pas celle de ces hommes exagérés. Outre qu’il lui répugnait de verser du sang, il devait craindre que ses soldats ne se portassent mollement à cette guerre ; qu’un grand nombre même d’entre eux, dont les mauvaises dispositions lui étaient connues, ne se rangeassent du côté des mécontens. Ces réflexions le décidèrent à tenter la voie des négociations. Ses démarches furent long-temps infructueuses. Les députés avec lesquels il était obligé de traiter s’obstinaient à regarder ses offres ou comme faites de mauvaise foi, ou comme dictées par la faiblesse. A la fin il fut convenu qu’il y aurait une amnistie générale ; que le chef de la sédition reprendrait sa place ; qu’on embarquerait pour l’Espagne ceux qui voudraient y retourner, et que, dans l’île même, il serait accordé aux autres un vaste terrain qui serait cultivé à leur profit par les Indiens qu’on s’engageait à y attacher. Telle fut l’origine de ces désastreuses commanderies qui s’établirent depuis si généralement dans toutes les contrées de l’Amérique que le fer asservit successivement à la Castille.
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Tandis que l’amiral se félicitait dans le NouveauMonde d’avoir rétabli le calme sans tirer l’épée, les clameurs contre lui se multipliaient dans l’ancien, et le ministre des Indes lui-même appuyait de son crédit tous les ressentimens. Fer[241]dinand entra en quelque sorte dans cette espèce de conjuration contre un homme qu’il n’aimait pas, et Isabelle fut de nouveau entraînée dans une démarche que son cœur désavouait. On envoya à St.- Domingue François de Bovadilla, autorisé à rechercher la conduite de Colomb ; et, si elle était trouvée repréhensible, à prendre lui-même les rênes du gouvernement. C’était évidemment vouloir perdre l’accusé que de lui donner le même homme pour juge et pour successeur. Aussi cette imprudente commission n’eut-elle pas été plus tôt rendue publique, que les délations devinrent innombrables . Quoique contradictoires et invraisemblables, elles parurent suffisantes à un tribunal composé de magistrats sans honneur et sans probité. La peine de mort fut prononcée d’une voix unanime contre les trois frères, et on les envoya en Europe avec la conviction que la sentence qui venait d’être rendue y aurait une pleine exécution.
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Comme c’eût été une sorte de consolation pour les malheureux d’être réunis, et qu’on ne voulait leur épargner aucun genre de supplice, ils furent embarqués sur trois navires différens. Alonzo de Valejo, commandant de celui qui portait l’amiral , et qui ne partageait pas les torts de sa nation , n’eut pas plus tôt quitté la rade où il avait mis à la voile, qu’il voulut ôter à son prisonnier les chaînes dont il était chargé. Non, non, répondit avec dignité ce grand homme, mes fers ne tomberont que par ordre de mes souverains ; [242]partout ils me suivront ; jamais je ne les perdrai de vue, et ils descendront avec moi dans la tombe. Ce sera une preuve ajoutée à cent mille autres de la récompense ordinairement réservée aux services les plus éminens.
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Si ce hardi navigateur eut ſeulement amené [13]avec lui des hommes ordinaires, il leur auroit inſpiré dans la traverſée, ſinon1 des principes élevés, du moins des ſentimens honnêtes. Formant à leur arrivée le plus grand nombre, ils auroient donné des exemples3 de modération & d’obéiſſance qu’on eut été forcé, qu’on eut peutêtre aimé à ſuivre4. Cette harmonie auroit produit les meilleurs effets, & donné de la conſiſtance à la colonie5. Les Indiens auroient6 été mieux traités, les mines mieux exploitées, les tributs mieux payés. La métropole7 encouragée par ces8 ſuccès à de plus grands efforts, on eut9 formé de nouveaux établiſſements10 qui auroient11 étendu la gloire, les richeſſes, &12 la puiſſance de l’Eſpagne. Peu d’13années devoient amener ces grands14 événemens . Une mauvaiſe idée gâta15 tout.
Si ce hardi navigateur eût ſeulement amené avec lui des hommes ordinaires, il leur auroit inſpiré dans la traverſée, ſinon1 des principes élevés, du moins des ſentimens honnêtes . Formant à leur arrivée le plus grand nombre, ils auroient donné des exemples3 de modération & d’obéiſſance, qu’on eût été forcé d’imiter, qu’on eût peut-être aimé ſuivre4 . Cette harmonie auroit produit les meilleurs effets, & donné de la conſiſtance la colonie5. Les Indiens auroient6 été mieux traités , les mines mieux exploitées, les tributs mieux payés. La métropole étant7 encouragée par ces8 ſuccés à de plus grands efforts, on eût9 formé de nouveaux établiſſemens10 qui auroient11 étendu la gloire, les richeſſes &12 la puiſſance de l’Eſpagne. Peu d’13années devoient amener ces grands14 événemens ; une mauvaiſe idée gâte15 tout.
Si ce hardi navigateur eût ſeulement amené avec lui des hommes ordinaires, il leur auroit inſpiré, dans la traverſée, des principes peut-être2 élevés, du moins des ſentimens honnêtes. Formant, à leur arrivée, le plus grand nombre, ils auroient donné l’exemple3 de la ſoumiſſion, & auroient néceſſairement fait rentrer dans l’ordre ceux qui s’en étoient écartés4. Cette harmonie auroit produit les meilleurs effets. Les Indiens euſſent6 été mieux traités, les mines mieux exploitées, les tributs mieux payés. Encouragée, par le8 ſuccès , à de nouveaux efforts, la métropole [360]auroit9 formé d’autres établiſſemens10 qui euſſent11 étendu la gloire, les richeſſes, la puiſſance de l’Eſpagne. Quelques13 années devoient amener ces événemens. Une idée peu réfléchie gâta15 tout.

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Les malfaiteurs qui ſuivoient Colomb, joints aux brigands qui infeſtoient SaintDomingue , formèrent un des peuples les plus dénaturés que le globe eût jamais portés . Leur aſſociation les mit en état de braver audacieuſement l’autorité ; & l’impoſſibilité de les réduire fit recourir aux moyens de les gagner. Pluſieurs furent inutilement tentés. Enfin on imagina, en 1499, d’attacher aux terres que recevoit chaque Eſpagnol, un nombre plus ou moins conſidérable d’inſulaires qui devroient tout leur tems, toutes leurs ſueurs à des maîtres ſans humanité & ſans prévoyance. Cet acte de foibleſſe rendit une tranquillité apparente à la colonie, mais ſans concilier à l’amiral l’affection de ceux qui en profitoient. Les plaintes formées contre lui furent même plus ſuivies, plus ardentes, plus appuyées, & plus accueillies qu’elles ne l’avoient encore été.

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Les malfaiteurs qui ſuivoient Colomb, joints aux brigands qui étoient à Saint-Domingue, formerent le peuple le plus corrompu qu’on eut jamais vu. Il ne connut ni ſubordination, ni bienſéances , ni humanité. Sa rage s’exerçoit ſur-tout contre l’amiral, qui connut trop tard l’erreur où il étoit tombé, où ſes ennemis l’avoient peut-être entraîné1 . Cet homme extraordinaire achetoit bien cher la célébrité que ſon génie & ſes travaux lui avoient acquiſe. Sa vie fut un contraſte perpétuel de ce qui éleve, de ce qui flétrit l’ame des conquérans2. Toujours en bute aux complots, aux calomnies, à l’ingratitude des particuliers, il eut encore à ſoutenir les caprices d’une Cour orgueilleuſe3 & édéfiante4, qui tour-à-tour le récompenſoit & le puniſſoit, lui rendoit ſa confiance & le diſgracioit6 .
Les malfaiteurs qui ſuivoient Colomb, joints aux brigands qui étoient SaintDomingue , formerent le peuple le plus corrompu qu’on eût jamais vu. Il ne connut ni ſubordination, ni bienſéances, ni humanité. Sa rage s’exerçoit ſur-tout contre l’amiral, qui connut trop tard l’erreur où il étoit tombé, où ſes ennemis l’avoient peut-être entraîné1 . Cet homme extraordinaire achetoit bien cher la célébrité que ſon génie & ſes travaux lui avoient acquiſe. Sa vie fut un [26]contraſte perpétuel de ce qui éleve & de ce qui fletrit l’ame des conquérans2. Toujours en bute aux complots, aux calomnies, à l’ingratitude des particuliers, il eut encore à ſoutenir les caprices d’une cour orgueilleuſe3 & défiante4, qui tour-à-tour le récompenſoit & le puniſſoit, lui rendoit ſa confiance & le diſgracioit6.
Cet homme extraordinaire achetoit bien [361]cher la célébrité que ſon génie & ſes travaux lui avoient acquiſe. Sa vie fut un contraſte perpétuel d’élévation & d’abaiſſement2. Toujours en bute aux complots, aux calomnies , à l’ingratitude des particuliers, il eut encore à ſoutenir les caprices d’une cour fière3 & orageuſe4, qui, tour-à-tour, le récompenſoit & le puniſſoit, le réduiſoit d’humiliantes juſtifications, &5 lui rendoit ſa confiance.

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La prévention du miniſtère d’Eſpagne, contre l’auteur de1 la plus grande découverte qui eût jamais été faite, alla ſi loin2, qu’on envoya dans le Nouveau-Monde un arbitre pour juger entre Colomb & ſes ſoldats. Bovadilla , le plus avide, le plus injuſte, le plus féroce de tous ceux qui étoient paſſés en Amérique, arrive, en 1500, SaintDomingue ; dépouille l’amiral3 de ſes biens, de ſes honneurs, de ſon autorité, & l’envoie en Europe chargé4 de fers. L’indignation publique avertit les ſouverains5 que l’univers attend, ſans délai6, la punition d’un forfait ſi audacieux, la réparation d’un ſi grand outrage . Pour concilier les bienſéances avec leurs préjugés, Iſabelle & Ferdinand rap[362]pellent7 , avec une indignation vraie ou ſimulée , l’agent qui avoit ſi cruellement abuſé du pouvoir qu’ils8 lui avoient commis : mais ils ne renvoient pas à ſon poſte la déplorable victime de ſon incompréhenſible ſcélérateſſe9. Plutôt que de languir dans l’oiſiveté, plutôt que de vivre dans l’humiliation, Colomb10 ſe détermine11 à faire, comme aventurier, un quatrième voyage dans des régions qu’on pouvoit preſque12 dire de ſa création. Après ce nouvel effort, que la malice des hommes, que le caprice des élémens ne réuſſirent pas à rendre inutile, il termina, en 1506, à Valladolid une carrière brillante13, que la mort récente d’Iſabelle lui avoit ôté toute eſpérance de voir jamais heureuſe. Quoiqu’il n’eût que cinquante-neuf ans, ſes forces phyſiques étoient très-affoiblies : mais14 ſes facultés morales n’avoient rien perdu de leur énergie.
Après une très-courte traversée1, la faible escadre mouilla Cadix le 25 novembre 1500. Le spectacle2 qu’elle offrait causa plus de surprise que d’indignation. Tout intérêt fut refusé au navigateur qui avait ouvert l’Espagne la route d’un autre hémisphère. Les préventions que la malveillance n’avait cessé3 de semer contre lui étouffèrent la compassion assez généralement accordée au malheur . Quoique les sentimens4 de la cour ne différassent vraisemblablement5 que peu de ceux de6 la multitude, elle se crut obligée quelques démonstrations de plus. On rendit la liberté l’amiral ; on le reçut7 avec distinction ; on loua son zèle ; on désavoua son exécrable oppresseur ; mais sans8 lui faire espérer qu’il pût être un jour rétabli dans ses dignités9. Plutôt que de languir dans l’oisiveté, plutôt que de vivre dans l’humiliation , il10 se détermina11 à faire comme aventurier un quatrième voyage dans des régions qu’on pouvait dire de sa création. Après ce nouvel effort, que la malice des hommes, que le caprice des élémens ne réussirent pas à rendre inutile, il termina en 1506, à Valladolid, une carrière agitée13 , que la mort récente d’Isabelle lui avait ôté toute espérance de voir jamais heureuse. Quoi[243]qu’ il n’eût que cinquante-neuf ans, ses forces physiques étaient très-affaiblies, tandis que14 ses facultés morales n’avaient rien perdu de leur énergie.
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La prévention du miniſtere d’Eſpagne, contre l’auteur de la plus grande découverte qu’on eut jamais faite, alla ſi loin, qu’on envoya dans [14]le nouveau monde un arbitre pour juger entre Colomb & ſes ſoldats. Bovadilla, le plus embitieux , le plus intéreſſé, le plus injuſte, le plus emporté de ceux qui étoient paſſés en Amérique , arrive à Saint-Domingue, jette l’amiral dans les fers, & le fait conduire en Eſpagne comme le plus vil des criminels. La Cour honteuſe d’un traitement ſi ignominieux, lui rend la liberté ; mais ſans le venger de ſon oppreſſeur , ſans le rétablir dans ſes charges1. Telle fut la fin de cet homme ſingulier, qui avoit ajouté aux yeux de2 l’Europe étonnée3, une quatrieme partie à la terre, ou plutôt une moitié du monde à ce globe ſi long-tems dévaſté & ſi peu connu. La reconnoiſſance publique auroit dû donner à cet hémiſphere étranger, le nom du hardi4 navigateur , qui le premier5 y avoit pénétré. C’étoit le moindre hommage qu’on dut a ſa mémoire ; mais ſoit envie, ſoit inattention, ſoit jeu de la fortune qui diſpoſe auſſi de la renommée, il n’en fut pas ainſi : cet honneur étoit réſervé au Florentin Americ Veſpuce, quoiqu’il ne fit que ſuivre les traces d’un homme dont le nom doit être placé au-deſſus6 des plus grands noms. Ainſi le premier inſtant où l’Amérique fut connue du reſte de la terre, fut marqué par une injuſtice, préſage fatal de toutes celles dont ce malheureux pays devoit être le théâtre.
La prévention du miniſtère d’Eſpagne contre l’auteur de la plus grande découverte qu’on eût jamais faite, alla ſi loin, qu’on envoya dans le nouveau monde un arbitre pour juger entre Colomb & ſes ſoldats. Bovadilla , le plus ambitieux, le plus intéreſſé, le plus injuſte, le plus emporté de ceux qui étoient paſſés en Amérique, arrive SaintDomingue , jette l’amiral dans les fers, & le fait conduire en Eſpagne comme le plus vil des criminels. La cour honteuſe d’un traitement ſi ignominieux, lui rend la liberté ; mais ſans le venger de ſon oppreſſeur, ſans le rétablir dans ſes charges1. Telle fut la fin de cet homme ſingulier, qui avoit étonné2 l’Europe, en ajoutant3 une quatriéme partie à la terre, ou plutôt une moitié du monde à ce globe ſi long-tems dévaſté & ſi peu connu . La reconnoiſſance publique auroit dû donner à cet hémiſphere étranger, le nom du hardi4 navigateur qui le premier5 y avoit pénétre. C’étoit le moindre hommage qu’on [27]dût à ſa mémoire ; mais ſoit envie, ſoit inattention , ſoit jeu de la fortune, qui diſpoſe auſſi de la renommée, il n’en fut pas ainſi. Cet honneur étoit réſervé au Florentin Americ Veſpuce, quoiqu’il ne fît que ſuivre les traces d’un homme dont le nom doit être placé côté6 des plus grands noms. Ainſi le premier inſtant où l’Amérique fut connue du reſte de la terre, fut marqué par une injuſtice , préſage fatal de toutes celles dont ce malheureux pays devoit être le théâtre.
Telle fut la fin de cet homme ſingulier qui avoit étonné2 l’Europe, en ajoutant3 une quatrième partie à la terre, ou plutôt une moitié du monde à ce globe ſi long-tems dévaſté & ſi peu connu. La reconnoiſſance publique auroit dû donner, à cet hémiſphère étranger, le nom du premier4 navi[363]gateur qui y avoit pénétré. C’étoit le moindre hommage qu’on dût à ſa mémoire : mais, ſoit envie, ſoit inattention, ſoit jeu de la fortune qui diſpoſe auſſi de la renommée, il n’en fut pas ainſi. Cet honneur étoit réſervé au Florentin Améric Veſpuce, quoiqu’ il ne fît que ſuivre les traces d’un homme dont le nom doit être placé à côté6 des plus grands noms. Ainſi le premier inſtant où l’Amérique fut connue du reſte de la terre, fut marqué par une injuſtice, préſage fatal de toutes celles dont ce malheureux pays devoit être le théâtre.

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Ses malheurs avoient commencé avec la découverte. Malgré ſon humanité & ſes lumières , Colomb les multiplia lui-même, en attachant des Américains aux champs qu’il diſtribuoit à ſes ſoldats. Ce qu’il s’étoit permis pour ſortir des embarras où le jettoit une inſubordination rarement interrompue, Bovadilla le continua & l’étendit dans la vue de ſe rendre agréable. Ovando, qui le remplaça , rompit tous ces liens, ſelon l’ordre qu’il en avoit reçu. Le repos fut la première jouiſſance des êtres foibles que la violence avoit condamnés à des travaux que leur nour[364]riture , leur conſtitution & leurs habitudes ne comportoient pas. Ils erroient au haſard, ou reſtoient accroupis ſans rien faire. La ſuite de cette inaction fut une famine qui leur fut funeſte , & qui le fut à leurs oppreſſeurs. Avec de la douceur, des réglemens ſages & beaucoup de patience, il étoit poſſible d’opérer d’heureux changemens. Ces voies lentes & tempérées ne convenoient pas à des conquérans preſſés d’acquérir, preſſés de jouir. Ils demandèrent, avec la chaleur inſéparable d’un grand intérêt, que tous les Indiens leur fuſſent répartis pour être employés à l’exploitation des mines, à la culture des grains, aux différentes occupations dont on les jugeroit capables. La religion & la politique furent les deux voiles dont ſe couvrit cet affreux ſyſtême. Tout le tems, diſoit-on, que ces ſauvages auront le libre exercice de leurs ſuperſtitions, ils n’embraſſeront pas le chriſtianiſme ; & ils nourriront toujours un eſprit de révolte, à moins que leur diſperſion ne les mette hors d’état de rien entreprendre . La cour, après bien des diſcuſſions, ſe décida pour un ordre de choſes, ſi contraire à tous les bons principes. L’iſle entière [365]fut diviſée en un grand nombre de diſtricts que les Eſpagnols obtinrent plus ou moins étendus, ſelon leur grade, leur crédit ou leur naiſſance. Les Indiens, attachés à ces poſſeſſions précaires, furent des eſclaves que la loi voulut toujours protéger, & qu’elle ne protégea jamais efficacement, ni à SaintDomingue , ni dans les autres parties du Nouveau-Monde, où cette horrible diſpoſition s’établit depuis généralement.

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Avant que Colomb eût mis à la voile pour sa dernière expédition, son tyran, ses juges ; ses ennemis les plus acharnés avaient reçu l’ordre de repasser en Europe. Quoique le but apparent de cette rigueur parût être de lui donner une sorte de satisfaction, on est autorisé à penser que le gouvernement se détermina plus spécialement à cette démarche pour purger la colonie des monstres qui la dévoraient, et pour s’enrichir de leurs dépouilles. Si c’était réellement son espoir, il ne fut pas entièrement rempli. Les brigands et leurs trésors devinrent généralement, à la vue même de l’île, la proie de l’Océan irrité.
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Cette terrible leçon fut perdue pour Ovando, qui succédait à Bovadilla. Trompant l’opinion qu’on avait de ses lumières, il voulut obtenir par une infatigable activité des succès que le temps seul pouvait amener. Cette ambition lui fit ordonner la construction de neuf à dix villes ou bourgades, que devaient peupler les anciens colons et les deux mille cinq cents hommes qui l’avaient suivi. Peu content d’assurer les subsistances qu’exigeait la consommation locale, il voulut créer des denrées pour l’exportation. Ayant fait réduire de la moitié au tiers, et du tiers au cinquième , les droits que percevait le fisc sur l’or que [244]charriaient les rivières ou qu’on arrachait aux entrailles de la terre, il poussa l’exploitation des mines au-delà de ce qu’on avait cru possible. Ces travaux étaient exécutés par les seuls Indiens, qui étaient encore obligés au service domestique.
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L’oppression enfanta le désespoir ; mais que peut le désespoir sans un corps robuste, sans l’énergie de l’âme, sans armes et sans discipline ? Aussi les attroupemens qu’il avait formés furentils dissipés, quoique plus lentement, plus difficilement qu’on ne l’avait espéré. Les chefs, tous les chefs sans exception, périrent dans des tourmens inexprimables ; et la nation entière, dont une partie avait jusqu’alors échappé au joug, se vit condamnée à une éternelle servitude.
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Cette tyrannie convenait à Ovando, dont les volontés arbitraires ne devaient plus trouver d’opposition . Elle convenait aux Espagnols fixés dans la colonie, dont on multipliait les esclaves. Elle convenait aux courtisans, qui, sans passer les mers, obtenaient des terres et des bras qui, en leur assurant un grand revenu, n’exigeaient de leur part ni soins ni avances. Elle convenait au gouvernement, qui voyait croître chaque jour les trésors arrivés du nouveau monde. Mais la source de ces criminelles prospérités allait tarir, parce que la fatigue, la misère, le chagrin et le glaive avaient moissonné la plupart des malheureux auxquels on les devait. Une avidité insatiable imagina d’aller voler sur le continent et dans les îles [245]voisines d’autres sauvages pour remplacer ceux qui avaient péri.
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Elles ſe multiplierent après la chûte de Colomb & la mort d’Iſabelle. Juſqu’alors les Inſulaires, quoique condamnés à des corvées deſtructives, à des tributs exceſſifs, avoient continué à vivre dans leurs bourgades ſelon leurs uſages, & ſous le gouvernement de leurs caciques. En 15061, Ferdinand fut ſollicité de les répartir entre les conquérans pour être employés aux travaux des [15]mines, ou à tous les uſages que des tyrans pourroient en faire. La religion & la politique furent les deux voiles dont on couvrit ce ſyſtême extravagant d’inhumanité. Tout le tems, diſoit-on, qu’on laiſſera à ces barbares le libre exercice de leurs ſuperſtitions, ils n’embraſſeront jamais le chriſtianiſme ; & ils nourriront toujours un eſprit de révolte, à moins que leur diſperſion ne les mette hors d’état de rien entreprendre. Le monarque ſur la foi des théologiens que leurs dogmes excluſifs portent toujours aux partis violents2, accorda ce qu’on demandoit. L’iſle entiere fut partagée en un grand nombre de diſtricts. Chaque Eſpagnol ſans diſtinction de Caſtillan & d’Arragonois, en3 obtint un plus ou moins étendu4 ſelon ſon grade, ſa faveur5 ou ſa naiſſance. Les Indiens qu’on y attacha furent dès ce moment des eſclaves qui devoient leur ſang, leurs ſueurs7 à leurs maîtres. Cette horrible diſpoſition fut ſuivie depuis dans tous les établiſſemens du nouveau monde.
Elles ſe multiplierent après la chûte de Colomb & la mort d’Iſabelle. Juſqu’alors les inſulaires, quoique condamnés à des corvées deſtructives, à des tributs exceſſifs, avoient continué à vivre dans leurs bourgades ſelon leurs uſages, & ſous le gouvernement de leurs caciques. En 15601, Ferdinand fut ſollicité de les répartir entre les conquérans, pour être employés aux travaux des mines, ou à tous les uſages que des tyrans pourroient en faire. La religion & la politique furent les deux voiles dont on couvrit ce ſyſtême extravagant d’inhumanité. Tout le tems, diſoit-on, qu’on laiſſera à ces barbares le libre exercice de leurs ſuperſtitions, ils n’embraſſeront jamais le chriſtianiſme, & ils nourriront toujours un eſprit de révolte, à moins que leur diſperſion ne les mette hors d’état de rien entreprendre. Le monarque, [28]ſur la foi des théologiens, que leurs dogmes excluſifs portent toujours aux partis violens2, accorda ce qu’on demandoit. L’iſle entiere fut partagée en un grand nombre de diſtricts. Chaque Eſpagnol, ſans diſtinction de Caſtillan & d’Arragonois, obtint un diſtrict4 ſelon ſon grade, ſon crédit5 ou ſa naiſſance. Les Indiens qu’on y attacha, furent dès ce moment des eſclaves qui devoient leurs ſueurs &6 leur ſang à leurs maîtres. Cette horrible diſpoſition fut ſuivie depuis, dans tous les établiſſemens du nouveau monde.

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Les mines donnerent alors2 un produit plus fixe. La couronne en avoit d’abord la moitié. Elle ſe réduiſit dans la ſuite au tiers, & fut enfin obligée de ſe borner à la3 cinquieme partie4.
Les mines donnerent alors2 un produit plus fixe. La couronne en avoit d’abord la moitié . Elle ſe réduiſit dans la ſuite au tiers, & fut enfin obligée de ſe borner la3 cinquiéme partie4.
Quelques commotions ſuivirent cet arrangement : mais elles furent arrêtées par des perfidies ou étouffées dans le ſang. Lorſque la ſervitude fut imperturbablement établie1, les mines donnèrent un produit plus fixe. La couronne en avoit d’abord la moitié ; elle ſe réduiſit dans la ſuite au tiers, & fut enfin obligée de ſe borner au3 cinquième.

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Les tréſors qui venoient de Saint-Domingue, enflammerent la cupidité de ceux-là même qui ne vouloient point paſſer les mers. Les grands & les gens en place obtinrent2 de ces conceſſions3 qui procuroient des richeſſes ſans travail4. Ils les faiſoient régir par des agens qui avoient leur fortune à faire, & à augmenter celles5 de leurs commettans. On vit alors ce qui ne paroiſſoit pas poſſible, un accroiſſement6 de férocité. Cinq7 ans après cet arrangement barbare, les naturels du pays8 ſe trouverent réduits9 à quatorze mille. Il [16]fallut aller chercher ſur le continent, & dans les iſles voiſines des10 ſauvages pour les remplacer.
Les tréſors qui venoient de SaintDomingue , enflammerent la cupidité de ceux-là même qui ne vouloient point paſſer les mers. Les grands & les gens en place obtinrent2 de ces poſſeſſions3, qui procuroient des richeſſes ſans travail4. Ils les faiſoient régir par des agens qui avoient faire leur fortune, en augmentant celle5 de leurs commettans. On vit alors ce qui ne paroiſſoit pas poſſible, un accroiſſement6 de férocité. Cinq7 ans aprés cet arrangement barbare, les naturels du pays8 ſe trouverent réduits9 à quatorze mille. Il fallut aller chercher ſur le continent, & dans [29]les iſles voiſines, d’autres10 ſauvages pour les remplacer.
Les tréſors qui venoient de Saint-Domingue enflammèrent la cupidité de ceux-là même qui ne vouloient point paſſer les mers. Les grands, les favoris1 & les gens en place ſe firent donner2 de ces propriétés3 qui procuroient des richeſſes, ſans ſoins, ſans avances & ſans inquiétude4. Ils les faiſoient régir par des agens, qui avoient leur fortune faire, [366]en augmentant celle5 de leurs commettans. En moins6 de ſix7 ans ſoixante mille familles Américaines8 ſe trouvèrent réduites9 à quatorze mille. Il fallut aller chercher ſur le continent & dans les iſles voiſines d’autres10 ſauvages pour les remplacer.

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Les uns &1 les autres2 étoient accouplés comme des bêtes. On faiſoit relever à grands coups5 ceux qui ſuccomboient6 ſous leurs fardeaux. Il n’y avoit de communication entre les deux ſexe qu’à la dérobée. Les hommes périſſoient dans les mines, & les femmes dans les champs que cultivoient leurs foibles7 mains. Une nourriture mal ſaine8, inſuffiſante achevoit d’épuiſer des corps excédés de travaux9. Le lait tariſſoit10 dans le ſein des meres. Elles expiroient de faim, de laſſitude, preſſant contre leurs mamelles deſſéchées, leurs enfans morts ou mourans. Les peres s’empoiſonnoient . Quelques-uns ſe pendirent aux mêmes12 arbres où ils venoient d’arracher, & de recevoir les derniers ſoupirs de13 leurs femmes14 & de15 leurs enfans16. Leur race n’eſt plus.
Les uns &1 les autres2 étoient accouplés au travail4 comme des bêtes. On faiſoit relever à force de coups5, ceux qui ſuccomboient6 ſous leurs fardeaux. Il n’y avoit de communication entre les deux ſexes, qu’à la dérobée . Les hommes périſſoient dans les mines, & les femmes dans les champs que cultivoient leurs foibles7 mains. Une nourriture mal-ſaine8, inſuffiſante, achevoit d’épuiſer des corps excédés de fatigues9. Le lait tariſſoit10 dans le ſein des meres. Elles expiroient de faim, de laſſitude, preſſant contre leurs mamelles deſſéchées, leurs enfans morts ou mourans. Les peres s’empoiſonnoient. Quelquesuns ſe pendirent aux arbres, après y avoir pendu13 leurs femmes14 & leurs enfans16. Leur race n’eſt plus.
Les uns &1 les autres2 étoient accouplés au travail4 comme des bêtes. On faiſoit relever , à force de coups5, ceux qui plioient6 ſous leurs fardeaux. Il n’y avoit de communication entre les deux ſexes, qu’à la dérobée . Les hommes périſſoient dans les mines, & les femmes dans les champs que cultivoient leurs foibles7 mains. Une nourriture mal-ſaine8, inſuffiſante, achevoit d’épuiſer des corps excédés de fatigues9. Le lait tarriſſoit10 dans le ſein des mères. Elles expiroient de faim, de laſſitude, preſſant contre leurs mamelles deſſéchées leurs enfans morts ou mourans. Les pères s’empoiſonnoient. Quelques-uns ſe pendirent aux arbres, après y avoir pendu13 leurs fils14 & leurs épouſes16. Leur race n’eſt plus. Il faut que je m’arrête ici un moment. Mes yeux ſe rempliſſent de larmes, & je ne vois17 plus ce que j’écris18.
Le peu qui restait des anciens1, les nouveaux, en plus grand nombre, qu’on devait un trop horrible brigandage, tous2 étaient également3 accouplés au travail4 comme des bêtes. Des verges faisaient relever5 ceux qui pliaient6 sous leurs fardeaux . Il n’y avait de communication entre les deux sexes qu’à la dérobée. Les hommes périssaient dans les mines, et les femmes dans les champs que cultivaient leurs faibles7 mains. Une nourriture malsaine8, insuffisante, achevait d’épuiser des corps excédés de fatigue9. Le lait tarissait10 dans le sein des mères. Elles expiraient de faim et11 de lassitude, pressant contre leurs mamelles desséchées leurs enfans morts ou mourans. Les pères s’empoisonnaient. Quelques-uns se pendirent aux arbres, après y avoir pendu13 leurs fils14 et leurs épouses16. Leur race n’est plus. Il faut que je m’arrête ici un moment. Mes yeux se remplissent de larmes, et je ne vois17 plus ce que j’écris18.
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Avant1 que ces ſcenes d’horreur euſſent entierement dévaſté les premiers établiſſements des2 Eſpagnols dans le nouveau monde, ils en avoient formé d’autres moins conſidérables à la Jamaïque , à Porto-Rico, à Cuba. Velaſquez, fondadateurde ce dernier, voulut que ſa colonie partageat avec celle de Saint-Domingue ; l’avantage de faire des découvertes dans3 le continent, & il choiſit François Hernandez4, de Cordue, pour cette deſtination glorieuſe. Il lui donna trois vaiſſeaux, cent dix hommes, & la liberté de bâtir des forts, d’enlever des eſclaves, ou de faire la traite de l’or ſelon5 les circonſtances. Ce voyage qui eſt de 1517, ne produiſit pas d’autre événement que6 la connoiſſance de Lyucatan7.
Avant1 que ces ſcènes d’horreur euſſent entierement dévaſté les premiers établiſſemens des2 Eſpagnols dans le nouveau monde , ils en avoient formé d’autres moins conſidérables à la Jamaïque, à Porto-Rico, à Cuba. Velaſquez, fondateur de ce dernier, voulut que ſa colonie partageât avec celle de Saint-Domingue, l’avantage de faire des découvertes dans3 le continent, & il choiſit François Hermandez4 de Cordoue pour cette deſtination glorieuſe. Il lui donna trois [30]vaiſſeaux, cent dix hommes, & la liberté de bâtir des forts, d’enlever des eſclaves, ou de faire la traite de l’or ſelon5 les circonſtances . Ce voyage qui eſt de 1517, ne produiſit pas d’autre événement que6 la connoiſſance de Lyucatan7.
Avant1 que ces ſcènes d’horreur euſſent [367]conſommé la ruine des premières plages reconnues par les2 Eſpagnols dans le NouveauMonde , quelques aventuriers de cette nation avoient formé des établiſſemens moins conſidérables la Jamaïque, Porto-Rico, Cuba. Velaſquès, fondateur de ce dernier, deſiroit que ſa colonie partageât, avec celle de Saint-Domingue, l’avantage de faire des découvertes dans3 le continent ; & il trouva très-diſpoſés ſeconder ſes vues, la plupart4 de ceux qu’une avidité active & inſatiable avoit conduits dans ſon iſle. Cent dix s’embarquèrent , le 8 février 1517, ſur trois petits bâtimens Saint-Iago ; cinglèrent l’Oueſt ; débarquèrent ſucceſſivement Yucatan, Campèche ; furent reçus en ennemis ſur5 les deux côtes ; périrent en grand nombre des coups qu’on leur porta, & regagnèrent dans le plus grand déſordre le port d’où, quelques mois auparavant, ils étoient partis avec de ſi flatteuſes eſpèrances. Leur retour fut marqué par6 la fin du chef de l’expédition Cordova, qui mourut de ſes bleſſures7.
Pendant1 que ces scènes d’horreur consommaient la ruine des premières plages envahies par les2 Espagnols dans le Nouveau-Monde, des aventuriers de leur nation dévastaient les grandes et petites Antilles3, le continent depuis l’Orénoque jusqu’au Darien, quelques rivages4 de la mer du Sud. Les moins féroces d’entre eux avaient même jeté5 les fondemens d’un petit nombre de colonies, dont celle de Cuba était6 la plus florissante7.
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Diégo de Vélasquez, qui l’avait établie, et qui la gouvernait, conçut l’ambition de faire arborer les drapeaux espagnols dans des contrées qui ne se fussent pas encore courbées devant eux. Ses regards s’arrêtèrent sur l’Yucatan, que quelques navigateurs de sa nation avaient aperçu, mais sans y descendre. François Hernandès de Cordoue se chargea de l’expédition. Il mit à la voile le 8 février 1517 avec cent dix hommes embarqués sur trois navires, et aborda le premier mars au cap Catoche, la pointe la plus méridionale de cette grande péninsule. Dans deux combats que les Indiens lui livrèrent, il perdit le tiers de ses compagnons , et ce malheur le réduisit à regagner Cuba, où il ne tarda pas à mourir des blessures qu’il avait reçues.
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Juſqu’à cette époque, l’autre hémiſphère n’avoit offert aux Eſpagnols que des ſauvages nus, errans, ſans induſtrie, ſans gouverne[368]ment . Pour la première fois, on venoit de voir des peuples1 logés, vêtus, formés en corps de nation, aſſez avancés dans les arts pour convertir en vaſes des2 métaux précieux.
Jusqu’à cette époque, l’autre hémisphère n’avait offert aux Espagnols que des sauvages nus, errans, sans industrie, sans gouvernement. Pour la première fois on venait de voir des hommes1 logés, vêtus, formés en corps de nation, assez avancés dans les arts pour convertir en vases les2 métaux précieux.
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Cette découverte pouvoit faire craindre des dangers nouveaux : mais elle préſentoit1 auſſi l’appât d’un butin plus riche ; & deux cens2 quarante Eſpagnols ſe précipitèrent dans3 quatre navires4 qu’armoit, à ſes dépens, le chef de la colonie. Ils commencèrent par vérifier ce qu’avoient publié les aventuriers qui les avoient précédés, pouſſèrent enſuite5 leur navigation juſqu’à la rivière de Panuco6, & crurent appercevoir7 par-tout des traces encore plus déciſives de civiliſation. Souvent ils débarquèrent. Quelquefois on les attaqua très-vivement, & quelquefois on les reçut avec un reſpect qui tenoit de l’adoration. Dans une ou deux occaſions, ils purent échanger contre l’or du nouvel hémiſphère quelques bagatelles de l’ancien. Les plus entreprenans d’entre eux, opinoient à former un établiſſement ſur ces belles plages ; leur commandant, Grijalva, qui, quoique actif, quoique intrépide, n’avoit pas l’ame d’un héros, ne trouva pas ſes forces ſuffiſantes [369]pour une entrepriſe de cette importance8. Il reprit la route de Cuba, où il rendit un9 compte, plus ou moins exagéré, de tout ce10 qu’il avoit vu, de tout ce qu’11il avoit pu apprendre de l’empire du Mexique12.
Cette découverte pouvait faire craindre des dangers nouveaux ; mais elle offrait1 aussi l’appât d’un butin plus riche, et deux cent2 quarante Espagnols se précipitèrent le 8 d’avril 1518 sur3 quatre vaisseaux4 qu’armait à ses dépens le chef de la colonie . Ils commencèrent par vérifier ce qu’avaient publié les aventuriers qui les avaient précédés, [247]poussèrent leur navigation plus loin vers l’ouest6, et crurent apercevoir7 partout des traces encore plus décisives de civilisation. Souvent ils débarquèrent . Quelquefois on les attaqua très-vivement, et quelquefois on les reçut avec un respect qui tenait de l’adoration. Dans une ou deux occasions ils purent échanger contre l’or du nouvel hémisphère quelques bagatelles de l’ancien. Les plus entreprenans d’entre eux opinaient à former un établissement sur ces belles plages. Leur commandant Grijalva, trop servilement soumis peutêtre la défense qui lui en avait été faite, se refusa leurs instances8. Il préféra d’aller rendre9 compte des connaissances10 qu’il avait acquises sur l’empire du Mexique, dont11 il avait parcouru toutes les côtes12.
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Aussitôt la conquête de cette vaste et opulente région est arrêtée par Vélasquez. Le choix de l’instrument qu’il y emploiera l’occupe plus longtemps . Il craint également de la confier à un homme qui manquera des qualités nécessaires pour la faire réussir, ou qui aura trop d’élévation pour lui en rendre hommage. On le décide enfin pour Fernand Cortez, celui des colons que ses talens appellent le plus impérieusement à une entreprise difficile, mais le moins disposé par caractère à céder la gloire de ses succès et à rester dans une éternelle dépendance.
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C’était un homme de condition, né en 1485 à Médellin, dans l’Estramadoure. Sa famille le des[248]tinait à l’étude des lois ; mais son inclination le poussa aux armes. Il devait partir pour aller apprendre la guerre en Italie sous Gonsalve de Cordoue , lorsqu’une maladie grave l’empêcha d’entrer dans la carrière qui lui était ouverte. En 1504 ses espérances se tournèrent vers SaintDomingue , où sa parenté avec Ovando lui promettait de l’avancement. Peut-être se serait-il contenté de la fortune qu’il y avait faite, de la réputation qu’il y avait acquise, si Cuba ne lui eût offert un théâtre où son intelligence et sa valeur devaient se développer avec plus d’éclat. Ses actions parurent en effet si brillantes et si bien combinées, que les mécontens de la nouvelle colonie le chargèrent du dangereux honneur de porter à l’audience royale leurs griefs contre un trop fier et trop injuste chef. Le secret de sa mission fut pénétré, et on le condamna à porter sa tête sur un échafaud. Des sollicitations puissantes ayant obtenu que la peine de mort serait commuée en une prison perpétuelle, il fut embarqué pour aller subir son sort. Pour éviter cette destinée, il se précipita dans la mer, et regagna à travers mille périls le rivage qui l’avait vu partir. Ce courage, ou si l’on veut cette témérité, lui valut son pardon ; et Vélasquez crut s’en être assez assuré par cette indulgence pour pouvoir lui confier sûrement une expédition au succès de laquelle il attachait sa gloire et son bonheur.
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La conquête de cette vaſte & opulente région eſt auſſi-tôt arrêtée par Velaſquès. Le choix de l’inſtrument qu’il y emploiera l’occupe plus long-tems. Il craint également de la confier un homme qui manquera des qualités indiſpenſables1 pour la2 faire réuſſir, ou qui aura trop d’ambition pour lui en rendre hommage. Ses confidens le décident enfin pour Fernand Cortès, celui de ſes lieutenans que ſes talens appellent le plus impérieuſement l’exécution du projet, mais le moins propre remplir ſes vues perſonnelles. L’activité , l’élévation, l’audace que montre le nouveau chef dans les préparatifs d’3une expédition4 dont il prévoit & veut écarter les difficultés , réveillent toutes les inquiétudes d’un gouverneur naturellement trop ſoupçonneux5. On le voit occupé, d’abord en ſecret & publiquement enſuite, du projet de retirer une commiſſion importante qu’il ſe reproche d’avoir inconſidérément donnée. Repentir tar[370]dif . Avant que ſoient achevés les arrangemens imaginés pour retenir la flotte compoſée de onze petits6 bâtimens, elle a mis à la voile, le 10 février 1519, avec cent neuf matelots, cinq cens7 huit ſoldats, ſeize chevaux, treize mouſquets, trente-deux arbalètes, un grand nombre d’épées & de piques, quatre fauconneaux & dix pièces de campagne.
Les mesures hardies, fermes, sages, ardentes [249]que prend Cortez1 pour faire réussir une entreprise4 dont il prévoit et veut écarter les difficultés, réveillent toutes les inquiétudes d’un gouverneur naturellement trop ombrageux5. On le voit occupé , d’abord en secret, et publiquement ensuite, du projet de retirer une commission importante, qu’il se reproche d’avoir inconsidérément donnée. Repentir tardif. Avant que soient achevés les arrangemens imaginés pour retenir la flotte composée de onze très-petits6 bâtimens, elle a mis à la voile, le 10 février 1519, avec cent neuf matelots , cinq cent7 huit soldats, seize chevaux, treize mousquets, trente-deux arbalètes, un grand nombre d’épées et de piques, quatre fauconneaux , et dix pièces de campagne.
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Ces moyens d’invaſion, tout inſuffiſans qu’ils pourront paroître, n’avoient1 pas même été2 fournis par la couronne qui ne contribuoit alors que de ſon nom aux découvertes, aux établiſſemens. C’étoient les particuliers qui formoient des5 plans d’agrandiſſement, qui les dirigeoient par des combinaiſons bien ou mal réfléchies, qui les exécutoient à leurs dépens. La ſoif de l’or & l’eſprit de chevalerie qui régnoit6 encore, excitoient principalement la fermentation. Ces deux aiguillons faiſoient la fois courir dans le7 Nouveau-Monde, des hommes de la première & de la dernière claſſe de la ſociété ; des brigands qui ne reſpiroient que le pillage, & des eſprits exaltés qui croyoient aller8 à la gloire. C’eſt pourquoi la trace de ces premiers conquérans fut marquée par tant de forfaits & par tant d’actions [371]extraordinaires ; c’eſt pourquoi leur cupidité fut ſi atroce & leur bravoure9 ſi giganteſque.
Ces moyens d’invasion, tout insuffisans qu’ils pourront paraître, n’étaient1 pas même fournis par la couronne, qui ne contribuait alors que de son nom aux découvertes qu’on tentait3, aux établissemens qui s’y formaient4. C’étaient les particuliers qui concevaient les5 plans d’agrandissement , qui les dirigeaient par des combinaisons bien ou mal réfléchies, qui les exécutaient à leurs dépens. La soif de l’or et l’esprit de chevalerie, qui n’était pas éteint6 encore, excitaient principalement la fermentation. Ces deux aiguillons faisaient également accourir au7 Nouveau-Monde des hommes de la première et de la dernière classe de la société, des brigands qui ne respiraient que le pillage, et des esprits exaltés qui [250]croyaient voler8 à la gloire. C’est pourquoi la trace de ces premiers conquérans fut marquée par tant de forfaits et par tant d’actions extraordinaires ; c’est pourquoi leur cupidité fut si atroce et leur vaillance9 si gigantesque.
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Cortez relâcha d’abord à l’île de Cozumel, où un heureux hasard lui amena l’Espagnol d’Aguilar, qui, jeté par la tempête sur une côte éloignée, avait erré huit ans dans ces régions. Il continua sa navigation vers la grande rivière à laquelle Grisjalva s était permis de donner son nom. Loin d’y trouver l’accueil que son prédécesseur y avait reçu, les habitans en parurent déterminés à l’empêcher de prendre terre. Inutilement il envoya d’Aguilar, qui entendait leur langue, pour assurer que ses intentions n’avaient rien d’hostile, d’innombrables flèches lancées des canots et du rivage sur la flotte l’avertirent que les dispositions des peuples étaient entièrement changées. Son artillerie dissipa deux fois ces faibles Indiens, et lui ouvrit Tabasco, leur bourgade principale. Ses canons lui servirent encore à mettre en déroute une nombreuse armée qui s’était très-rapidement formée. Trois défaites consécutives persuadèrent au cacique du pays qu’il était temps de procurer la paix à ses sujets. Il l’obtint en reconnaissant les rois de Castille pour ses souverains, en livrant aux instrumens de leurs victoires de l’or, des vivres, des vêtemens, une vingtaine de femmes destinées à les servir et à leur préparer le maïs le [251]seul grain alors connu dans le Nouveau-Monde.
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Ce succès ne toucha que peu Cortez, qui se sentait appelé à de plus hautes destinées. Son impatience ne tarda pas à être satisfaite. Quelques jours d’une navigation facile le portèrent au mois d’avril sur les côtes du Mexique. A peine avait-il jeté l’ancre entre l’île Saint-Jean d’Ulua et le continent, que deux pirogues abordèrent la flotte. Ceux qui les montaient se dirent envoyés par le gouverneur et par le général de la province pour s’informer du motif qui avait amené tant de vaisseaux sur ces rivages, et pour leur offrir les secours dont ils pourraient avoir besoin pour s’en éloigner. Leur discours ne fut pas compris, et l’on allait les renvoyer sans réponse lorsque Marina, l’une des femmes obtenues à Tabasco, s’offrit pour interprète. Elle rendit en yucatan ce qu’ils avaient dit, et d’Aguilar, qui entendait cet idiome, le traduisit en castillan. Cortez se vit alors en état de s’expliquer, et assura les députés que bientôt leurs maîtres seraient instruits de ses intentions. Le débarquement eut lieu le lendemain ; et un camp fortifié à la hâte reçut le même jour les troupes, les chevaux et l’artillerie.
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Pilpatoé et Teutilé, les deux personnages importans au nom desquels les premières paroles avaient été portées, ne se firent pas attendre. Cortez les reçut à la tête de son armée, et leur signifia qu’il était chargé par le plus grand mo[252]narque de l’Orient de communiquer au puissant monarque du Mexique des secrets trèsintéressans pour les deux empires ; qu’il lui serait impossible de remplir sa mission ailleurs qu’à la cour, et qu’il s’attendait à y trouver les égards dus au représentant d’un prince qui n’avait pas son égal au monde. La connaissance de son arrivée , de ses prétentions et de ses forces, parvint très-rapidement à la capitale, quoique éloignée de soixante-dix à quatre-vingts lieues. Dans cette vaste domination, des courriers placés de distance en distance instruisaient en moins de rien le ministère de ce qui se passait dans les provinces les plus reculées. Leurs dépêches consistaient en des toiles de coton où étaient représentées les différentes circonstances des affaires qui méritaient l’attention du gouvernement. Les figures étaient entremêlées de caractères hyéroglyphiques qui suppléaient à ce que l’art du peintre n’avait pu exprimer.
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Jean de Grijalva1, expédié l’année ſuivante pour prendre des idées approfondies de cette contrée, remplit ſa commiſſion avec intelligence. [17]Il fit plus : il parcourut la côte de Campelhe, pouſſa ſa navigation encore plus au Nord, & débarqua dans tous les lieux où la deſcente ſe trouva facile. Quoiqu’il n’eût pas été toujours accueilli favorablement, ſon expédition eut un grand ſuccès. Elle lui valut beaucoup d’or, & procura des lumieres ſuffiſantes ſur l’étendue, les richeſſes & les forces du Mexique.
Jean de Gryalva1, expédié l’année ſuivante pour prendre des idées approfondies de cette contrée, remplit ſa commiſſion avec intelligence . Il fit plus ; il parcourut la côte de Campêche, pouſſa ſa navigation encore plus au Nord, & débarqua dans tous les lieux où la deſcente ſe trouva facile. Quoiqu’il n’eût pas été toujours accueilli favorablement, ſon expédition eut un grand ſuccès. Elle lui valut beaucoup d’or, & procura des lumieres ſuffiſantes ſur l’étendue, les richeſſes & les forces du Mexique.

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La Conquête de ce grand empire parut au deſſus1 de l’ame de Grijalva2. La voix publique nommoit pour l’exécution de ce projet, Fernand Cortez, plus connu alors par les eſpérances qu’il donnoit, que par des3 grandes choſes qu’il eût déja faites. Ses partiſans prétendoient qu’il avoit une force de corps propre à ſupporter les plus grands travaux ; le talent de la parole au ſouverain dégré ; une ſagacité qui lui faiſoit tout prévoir ; une préſence d’eſprit que les événemens les plus extraordinaires ne déconcertoient jamais ; une grande abondance de moyens ; l’art de ſubjuguer les eſprits qui ſe refuſoient à la conciliation ; une conſtance qui l’empêchoit de revenir jamais ſur ſes pas ; cet enthouſiaſme de gloire qu’on a toujours regardé comme la premiere vertu des héros. La multitude qui n’a, qui ne peut avoir que le ſuccès pour regle de ſes jugemens, a long-tems adopté cette opinion avantageuſe. Depuis que la philoſophie a commencé à jetter du jour ſur l’hiſtoire, il eſt devenu douteux ſi les défauts de Cortez ne l’emportoient pas ſur ſes qualités.
La conquête de ce grand empire parut audeſſus1 de l’ame de Gryalva2. La voix publique nommoit pour l’exécution de ce projet Fernand Cortez, plus connu alors par les eſpérances qu’il donnoit, que par de3 grandes choſes qu’il eût déjà faites. Ses partiſans prétendoient qu’il avoit une force de corps propre à ſupporter les plus grands travaux ; le talent de la parole au ſouverain dégré, une ſagacité qui lui faiſoit tout prévoir ; une préſence d’eſprit que les événemens les plus extraordinaires ne déconcertoient jamais ; une [31]grande abondance de moyens ; l’art de ſubjuguer les eſprits qui ſe refuſoient à la conciliation ; une conſtance qui l’empêchoit de revenir jamais ſur ſes pas ; cet enthouſiaſme de gloire qu’on a toujours regardé comme la premiere vertu des héros. La multitude qui n’a, qui ne peut avoir que le ſuccès pour regle de ſes jugemens, a long-tems adopté cette opinion avantageuſe. Depuis que la philoſophie a commencé à jetter du jour ſur l’hiſtoire, il eſt devenu douteux ſi les défauts de Cortez ne l’emportoient pas ſur les qualités.

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Quoiqu’1il en ſoit, cet homme devenu depuis ſi célébre, n’eut pas été plutôt choiſi par Velaſquez pour l’entrepriſe la plus importante qui eut été encore formée dans le nouveau monde, qu’il ſe vît entouré de tout ce qui ſe ſentoit un [18]puiſſant attrait pour la renommée & pour la fortune . Après avoir ſurmonté les obſtacles que la jalouſie & la haine lui ſuſciterent, il mit à la voile le dix2 Février de l’an3 1519. Cinq cent huit4 ſoldats, cent neuf5 matelots, les officiers néceſſaires pour les commander, quelques chevaux , un peu d’artillerie compoſoient ſes forces. Ces moyens tout6 foibles qu’ils étoient, n’étoient pas même fournis par le gouvernement, qui ne mettoit que ſon nom dans les tentatives qu’on faiſoit pour découvrir de nouveaux pays, pour former de nouveaux établiſſemens. Tout s’exécutoit aux dépens des particuliers. Ils ſe ruinoient, s’ils étoient malheureux ; leur ſuccès étendoient toujours l’empire de la métropole. Depuis les premieres expéditions, jamais elle ne forma de plan, jamais elle n’ouvrit ſes tréſors8, jamais elle ne leva des troupes. La ſoif de l’or & l’eſprit de chevalerie qui regnoit encore, excitoient ſeuls l’induſtrie & l’activité. Ces aiguillons étoient ſi puiſſans, qu’ils faiſoient voler9 non-ſeulement le peuple, mais beaucoup de perſonnes d’un rang diſtingué parmi des11 ſauvages, ſous Lazonne12 Torride, dans13 un climat14 le plus ſouvent mal-ſain. Peut-être n’y avoit-il alors ſur la terre que l’Eſpagnol aſſez frugal, aſſez endurci à la fatigue, aſſez accoutumé aux intempéries d’un climat chaud pour ſupporter tant d’incommodités.
Quoi qu’1il en ſoit, cet homme devenu depuis ſi célebre, n’eût pas été plutôt choiſi par Velaſquez pour l’entrepriſe la plus importante qui eût été encore formée dans le nouveau monde, qu’il ſe vit entouré de tout ce qui ſe ſentoit un puiſſant attrait pour la renommée & pour la fortune. Après avoir ſurmonté les obſtacles que la jalouſie & la haîne lui ſuſciterent , il mit à la voile le 102 Février 1519. Cinq cens-huit4 ſoldats, cent-neuf5 matelots, les officiers néceſſaires pour les commander, quelques chevaux, un peu d’artillerie, compoſoient ſes forces. Ces moyens, tous6 foibles qu’ils étoient, n’étoient pas même fournis par le gouvernement, qui ne mettoit que ſon nom dans les tentatives qu’on faiſoit pour découvrir de nouveaux pays, pour former de nouveaux établiſſemens. Tout s’exécutoit aux [32]dépens des particuliers. Ils ſe ruinoient s’ils étoient malheureux ; mais7 leurs ſuccès étendoient toujours l’empire de la métropole. Depuis les premieres expéditions, jamais elle ne leva des troupes. La ſoif de l’or, & l’eſprit de chevalerie qui régnoit encore, excitoient ſeuls l’induſtrie & l’activité. Ces aiguillons étoient ſi puiſſans, que9 non-ſeulement le peuple, mais beaucoup de perſonnes d’un rang diſtingué, voloient10 parmi les11 ſauvages la zone12 torride, ſous13 un ciel14 le plus ſouvent mal-ſain. Peut-être n’y avoit-il alors ſur la terre que l’Eſpagnol aſſez frugal, aſſez endurci à la fatigue, aſſez accoutumé aux intempéries d’un climat chaud, pour ſupporter tant d’incommodités.

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Cortez qui avoit éminemment ces qualités, attaque1 en paſſant2 les Indiens de Tabaſco, les3 bat pluſieurs fois, leur accorde4 la paix, & fait alliance avec eux. On lui donne vingt femmes pour faire du pain5 de mays à ſes troupes. La plus jolie, baptiſée ſous6 le nom de Marina, devint ſa maîtreſſe. Elle lui ſervit depuis d’interprete , & lui fut très-utile7.
Cortez qui avoit éminemment ces qualités, attaque1 en paſſant2 les Indiens de Tabaſco, les3 bat pluſieurs fois, leur accorde4 la paix, fait alliance avec eux, & emmene pluſieurs5 de leurs femmes, qui6 le ſuivent avec joie. Cet empreſſement avoit une cauſe trop légitime7 .
La double paſſion des richeſſes & de la renommée paroît animer Cortès1. En ſe rendant ſa deſtination, il attaque2 les Indiens de Tabaſco, bat pluſieurs fois leurs troupes, les réduit demander4 la paix, reçoit leur hommage, & ſe fait donner des vivres, quelques toiles5 de coton, & vingt femmes qui6 le ſuivent avec joie. Cet empreſſement avoit une cauſe trop légitime7.

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A peine il parut ſur les côtes du Mexique, que Montezuma qui y regnoit avec le pouvoir le plus abſolu, fut ſaiſi d’une frayeur ſi marquée qu’elle n’échappa pas aux courtiſans les moins pénétrans. Cette frayeur inſpirée à un ſi puiſſant monarque, par une poignée d’aventuriers, ſeroit hors de toute vraiſemblance ſi l’on ne remontoit aux principes éloignés qui en étoient la ſource.

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En Amérique, les hommes ſe livroient généralement à cette débauche honteuſe qui choque la nature & pervertit l’inſtinct animal. On a voulu attribuer cette dépravation à la foibleſſe phyſique, qui cependant devroit plutôt en éloigner qu’y entraîner. Il faut en chercher la cauſe dans la chaleur du climat ; [33]dans le mépris pour un ſexe foible ; dans l’inſipidité du plaiſir entre les bras d’une femme haraſſée de fatigues ; dans l’inconſtance du goût ; dans la bizarrerie qui pouſſe en tout à des jouiſſances moins communes ; dans une recherche de volupté, plus facile à concevoir qu’honnête à expliquer. D’ailleurs, ces chaſſes qui ſéparoient quelquefois, pendant des mois entiers, l’homme de la femme, ne tendoientelles pas à rapprocher l’homme de l’homme ? Le reſte n’eſt plus que la ſuite d’une paſſion générale & violente, qui foule aux pieds, même dans les contrées policées, l’honneur , la vertu, la décence, la probité, les loix du ſang, le ſentiment patriotique : ſans compter qu’il eſt des actions auxquelles les peuples policés ont attaché avec raiſon des idées de moralité tout-à-fait étrangeres à des ſauvages.
En Amérique, les hommes ſe livroient généralement à cette débauche honteuſe qui choque la nature & pervertit l’inſtinct animal. On a voulu attribuer cette dépravation à la foibleſſe phyſique, qui cependant devroit plutôt en éloigner qu’y entraîner. Il faut en chercher la cauſe dans la chaleur du climat ; dans le mépris pour un ſexe foible ; dans l’inſipidité du plaiſir entre les bras d’une femme haraſſée de fatigues ; dans l’inconſtance du goût ; dans la bizarrerie qui pouſſe en tout à des jouiſſances moins communes ; dans une recherche de volupté, plus facile à concevoir qu’honnête à expliquer. D’ailleurs, ces chaſſes qui ſéparoient quelquefois pendant [372]des mois entiers l’homme de la femme, ne tendoient-elles pas à rapprocher l’homme de l’homme ? Le reſte n’eſt plus que la ſuite d’une paſſion générale & violente, qui foule aux pieds, même dans les contrées policées, l’honneur, la vertu, la décence, la probité, les loix du ſang, le ſentiment patriotique : ſans compter qu’il eſt des actions auxquelles les peuples policés ont attaché avec raiſon des idées de moralité tout-à-fait étrangères à des ſauvages.

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Quoi qu’il en ſoit, l’arrivée des Européens fit luire un nouveau jour aux yeux des femmes Américaines. On les vit ſe précipiter ſans ménagement1 dans les bras de ces lubriques étrangers, qui s’étoient fait des cœurs de tigre, & dont les mains avares dégoûtoient2 de ſang. Tandis que les reſtes infortunés de ces nations ſauvages cherchoient à mettre entr’3eux & le glaive qui les pourſuivoit, des déſerts immenſes, des femmes juſqu’alors trop négligées, foulant audacieuſement les ca[34]davres de leurs enfans & de leurs époux maſſacrés , alloient chercher leurs exterminateurs juſques dans leur propre camp, pour leur faire partager les tranſports de l’ardeur qui les dévoroit. Parmi les cauſes qui contribuerent à la conquête du nouveau monde4, on doit compter cette fureur des femmes Américaines pour les Eſpagnols. Ce furent elles qui leur ſervirent communément de guides, qui leur procurerent ſouvent des vivres, & qui quelquefois leur découvrirent des conſpirations .
Quoi qu’il en ſoit, l’arrivée des Européens fit luire un nouveau jour aux yeux des femmes Américaines. On les vit ſe précipiter ſans répugnance1 dans les bras de ces lubriques étrangers, qui s’étoient fait des cœurs de tigre, & dont les mains avares dégouttoient2 de ſang. Tandis que les reſtes infortunés de ces nations ſauvages cherchoient à mettre entre3 eux & le glaive qui les pourſuivoit, des déſerts immenſes, des femmes juſqu’alors trop négligées, foulant audacieuſement les cadavres de leurs enfans & de leurs époux maſſacrés, alloient chercher leurs exterminateurs juſques dans leur propre camp, pour leur faire partager les tranſports de l’ardeur [373]qui les dévoroit. Parmi les cauſes qui contribuèrent à la conquête du Nouveau-Monde4, on doit compter cette fureur des femmes Américaines pour les Eſpagnols. Ce furent elles qui leur ſervirent communément de guides , qui leur procurèrent ſouvent des vivres, & qui quelquefois leur découvrirent des conſpirations .

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La plus célebre de ces femmes fut appellée Marina. Quoique fille d’un cacique aſſez puiſſant , elle fut par des événemens ſinguliers, eſclave chez les Mexicains dès ſa premiere enfance . De nouveaux hazards1 l’avoient conduite à Tabaſco avant l’arrivée des Eſpagnols. Frappés de ſa figure & de ſes graces, ils la diſtinguerent . Leur général lui donna ſon cœur, & lui inſpira une paſſion très-vive. Dans de tendres embraſſemens, elle apprit bientôt le Caſtillan. Cortez2 de ſon côté, connut l’étendue de l’eſprit, la fermeté du caractere de ſon amante ; & il n’en fit pas ſeulement ſon interprête , mais encore ſon conſeil. De l’aveu de tous les hiſtoriens, elle eut une influence principale dans tout ce qu’on entreprit contre le Mexique.
La plus célèbre de ces femmes fut appellée Marina. Quoique fille d’un cacique aſſez puiſſant , elle fut par des événemens ſinguliers, eſclave chez les Mexicains dès ſa première enfance. De nouveaux haſards1 l’avoient conduite à Tabaſco avant l’arrivée des Eſpagnols . Frappés de ſa figure & de ſes graces, ils la distinguèrent. Leur général lui donna ſon cœur, & lui inſpira une paſſion trèsvive . Dans de tendres embraſſemens, elle apprit bientôt le Caſtillan. Cortès2, de ſon côté, connut l’étendue de l’eſprit, la fermeté du caractère de ſon amante ; & il n’en fit pas ſeulement ſon interprète, mais encore ſon conſeil. De l’aveu de tous les hiſtoriens, elle eut une influence principale dans tout ce qu’on entreprit contre le Mexique.

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Cet empire n’étoit fondé, dit-on, que de[35]puis un peu plus d’un ſiécle. Pour ajouter foi à une choſe ſi peu croyable, il faudroit d’autres témoignages que ceux des Eſpagnols, qui n’avoient ni le talent, ni la volonté, de rien examiner ; il faudroit une autre autorité que celle de leurs fanatiques prêtres, qui vouloient établir leur propre ſuperſtition, ſur les ruines du culte de ces peuples. Que ſauroit-on de la Chine, ſi les Portugais avoient pu l’incendier , la bouleverſer, ou la détruire comme le Bréſil ? Parleroit-on aujourd’hui de l’antiquité de ſes livres, de ſes loix & de ſes mœurs ? Quand on aura laiſſé pénétrer au Mexique quelques philoſophes, pour y déterrer & défricher les ruines de ſon hiſtoire ; que ces ſavans ne ſeront pas des moines ni des Eſpagnols ; mais des Anglois, des François qui auront toute la liberté, tous les moyens de découvrir la vérité : peut-être alors la ſauraton , ſi la barbarie n’a pas détruit les anciens monumens qui pouvoient en marquer la trace.

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On n’a pas des lumieres plus certaines ſur les fondateurs de l’empire, que ſur l’époque de ſa fondation. C’eſt encore une de ces connoiſſances que l’ignorance des Eſpagnols a dérobées à notre curioſité. Leurs crédules hiſtoriens ont écrit d’une maniere incertaine & vague, que des barbares ſortis du Nord de ce continent, mais qui formoient un corps de nation, avoient réuſſi a ſubjuguer ſucceſſive[36]ment des ſauvages, nés ſous un ciel plus doux, & qui ne vivoient pas en ſociété, ou qui ne compoſoient que des ſociétés peu nombreuſes.

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Tout ce qu’il eſt permis d’aſſurer, c’eſt que le Mexique1 obéiſſoit à Montezuma, lorſque les Eſpagnols aborderent aux côtes de l’empire3 . Le ſouverain ne tarda pas à être averti de l’arrivée de ces étrangers. Dans cette vaſte domination, des couriers placés de diſtance en diſtance, inſtruiſoient rapidement la cour de tout4 ce qui arrivoit dans les provinces les plus reculées. Leurs dépêches conſiſtoient en des toiles de coton, où étoient répréſentées des5 différentes circonſtances des affaires qui méritoient l’attention du gouvernement . Les figures étoient entremêlées de caractères hyérogliphiques, qui ſuppléoient à ce que l’art du peintre n’avoit pu exprimer.
Cet empire1 obéiſſoit à Montezuma, lorſ[374]que les Eſpagnols y2 abordèrent. Le ſouverain ne tarda pas à être averti de l’arrivée de ces étrangers. Dans cette vaſte domination, des couriers placés de diſtance en diſtance, inſtruiſoient rapidement la cour de toute4 ce qui arrivoit dans les provinces les plus reculées. Leurs dépêches conſiſtoient en des toiles de coton, où étoient repréſentées les5 différentes circonſtances des affaires qui méritoient l’attention du gouvernement. Les figures étoient entremêlées de caractères hyérogliphiques , qui ſuppléoient à ce que l’art du peintre n’avoit pu exprimer.

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On devoit s’attendre qu’un prince1 que ſa valeur avoit élevé au trône, dont les conquêtes avoient étendu l’empire2, qui avoit des armées nombreuſes3 & aguerries4, feroit attaquer , ou attaqueroit lui-même une poignée d’aventuriers, qui oſoient infeſter ſon domaine6 de leurs brigandages. Il n’en fut pas ainſi ; les Eſpagnols, toujours invinciblement pouſſés vers le merveilleux, chercherent, dans un miracle, l’explication d’une conduite ſi viſiblement oppoſée au caractère du monarque8, ſi peu aſſortie aux circonſtances où il ſe trouvoit. Les [37]écrivains de cette ſuperſtitieuſe nation n’ont9 pas craint10 de publier à la face de l’Univers, qu’un peu avant la découverte du nouveaumonde on avoit annoncé aux Mexicains, que bientôt il arriveroit du côté de l’Orient un peuple invincible, qui vengeroit, d’une maniere à jamais terrible, les Dieux irrités par les plus horribles crimes, par celui en particulier que la nature repouſſe le plus vivement12 ; & que cette prédiction fatale avoit ſeule enchaîné les talens de Montezuma13. Ils ont cru14 trouver dans cette impoſture le double avantage de juſtifier leurs uſurpations, & d’aſſocier le ciel à leurs cruautés. Une fable ſi groſſiere a long tems trouvé15 des partiſans dans les deux hémiſphères ; & cet aveuglement n’eſt pas auſſi ſurprenant qu’on le pourroit croire. Quelques réflexions pourront en développer les cauſes.
On devoit s’attendre qu’un prince1 que ſa valeur avoit élevé au trône, dont les conquêtes avoient étendu l’empire2, qui avoit des armées nombreuſes3 & aguerries4, feroit attaquer , ou attaqueroit lui-même une poignée d’aventuriers, qui oſoient infeſter ſon domaine6 de leurs brigandages. Il n’en fut pas ainſi ; & les Eſpagnols, toujours invinciblement pouſſés vers le merveilleux, cherchèrent , dans un miracle, l’explication d’une conduite ſi viſiblement oppoſée au caractère du monarque8, ſi peu aſſortie aux circonſtances où il ſe trouvoit. Les écrivains de [375]cette ſuperſtitieuſe nation ne craignirent9 pas de publier à la face de l’univers, qu’un peu avant la découverte du Nouveau-Monde, on avoit annoncé aux Mexicains, que bientôt il arriveroit du côté de l’Orient un peuple invincible, qui vengeroit, d’une manière à jamais terrible, les dieux irrités par les plus horribles crimes, par celui en particulier que la nature repouſſe avec11 le plus de dégoût12 ; & que cette prédiction fatale avoit ſeule enchaîné les talens de Montezuma13. Ils crurent14 trouver dans cette impoſture le double avantage de juſtifier leurs uſurpations, & d’aſſocier le ciel à leurs cruautés. Une fable ſi groſſière trouva long-tems15 des partiſans dans les deux hémiſphères ; & cet aveuglement n’eſt pas auſſi ſurprenant qu’on le pourroit croire. Quelques réflexions pourront en développer les cauſes.
On devait s’attendre qu’un souverain1 que sa valeur avait élevé au trône, dont l’ambition avait asservi d’immenses contrées2, qui avait une milice nombreuse3 et aguerrie4, ferait attaquer sans perdre un moment5, ou attaquerait lui-même une poignée d’aventuriers qui osaient infester ses états6 de leurs brigandages, et ne craignaient pas même de montrer découvert le projet qu’ils avaient de lui dicter la loi7. Il n’en fut pas ainsi, et les Espagnols, toujours invinciblement poussés vers le [253]merveilleux, cherchèrent dans un miracle l’explication d’une conduite si visïblement opposée au caractère de Montézuma8, si peu assortie aux circonstances où il se trouvait. Les écrivains de cette superstitieuse nation ne craignirent9 pas de publier, à la face de l’univers, qu’un peu avant la découverte du Nouveau-Monde on avait annoncé aux Mexicains que bientôt il arriverait du côté de l’Orient un peuple invincible qui vengerait d’une manière à jamais terrible les dieux irrités par les plus horribles crimes, par celui en particulier que la nature repousse avec11 le plus de dégoût12, et que cette prédiction fatale avait seule enchaîné les talens du monarque13. Ils crurent14 trouver dans cette imposture le double avantage de justifier leurs usurpations et d’associer le ciel à leurs cruautés. Une fable si grossière trouva long-temps15 des partisans dans les deux hémisphères, et cet aveuglement n’est pas aussi surprenant qu’on le pourrait croire. Quelques réflexions pourront en développer les causes.
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La terre a éprouvé d’anciennes révolutions. Le globe outre ſon mouvement journalier & ſon mouvement annuel, qui vont l’un & l’autre d’occident en orient, peut en avoir un inſenſible, auſſi lent que les ſiecles, qui le fait tourner du nord1 au midi par une révolution que l’homme commence à peine de nos jours à imaginer, ſans que ſes calculs en oſent encore chercher les commencemens ni ſuivre la durée.
La terre a éprouvé d’anciennes révolutions. Le globe, outre ſon mouvement journalier & ſon mouvement annuel, qui vont l’un & l’autre d’Occident en Orient, peut en avoir un inſenſible , auſſi lent que les ſiècles, qui le fait tourner au Midi par une révolution que l’homme commence à peine de nos jours à imaginer , ſans que ſes calculs en oſent encore chercher les commencemens, ni ſuivre la durée.

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Par1 cette pente ; ſoit2 apparente, ſi ce ſont les cieux qui par un mouvement dont la lenteur eſt proportionnée à l’immenſité de leurs orbes, pan- chent3 & entraînent avec eux le ſoleil vers le pole ; ſoit4 réelle, ſi notre globe par ſa conſtitution phyſique tombe pour ainſi dire inſenſiblement vers un point oppoſé à la direction de ce mouvement caché des cieux : par une ſuite naturelle de cette pente, l’axe de la terre déclinant toujours , il pourroit arriver que ce que nous appellons la ſphere oblique devint droite, & que6 la ſphere droite fut oblique à ſon tour, que les lieux ſitués aujourd’hui ſous léquateur7, euſſent été ſous les poles, & les zones glaciales de nos jours devinſſent9 la zone torride.
Cette pente n’eſt qu’2apparente, ſi ce ſont les cieux qui, par un mouvement dont la len[38]teur eſt proportionnée à l’immenſité de leurs orbes, penchent3 & entraînent avec eux le ſoleil vers le pole ; elle eſt4 réelle, ſi notre globe, par ſa conſtitution phyſique, tombe pour ainſi dire inſenſiblement vers un point oppoſé à la direction de ce mouvement caché des cieux : mais quoi qu’il en ſoit5, par une ſuite naturelle de cette pente, l’axe de la terre déclinant toujours, il pourroit arriver que ce que nous appellons la ſphere droite fût oblique à ſon tour ; que les lieux ſitués aujourd’ hui ſous l’équateur7 euſſent été ſous les poles , & que8 les zones glaciales de nos jours euſſent été9 la zone torride.

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D’anciennes révolutions, dont l’époque eſt inconnue, ont bouleverſé la terre ; & l’aſtronomie nous montre la poſſibilité de ces cataſtrophes, dont l’hiſtoire phyſique & morale du monde offre une infinité de preuves inconteſtables. Un grand nombre de comètes ſe meuvent dans tous les ſens autour du ſo[376]leil . Loin que les mouvemens de leurs orbites ſoient invariables, ils ſont ſenſiblement altérés par l’action des planètes. Pluſieurs de ces grands corps ont paſſé près de la terre, & peuvent l’avoir rencontrée. Cet événement eſt peu vraiſemblable dans le cours d’une année ou même d’un ſiècle : mais ſa probabilité augmente tellement par le nombre des révolutions de la terre, qu’on peut preſque aſſurer que cette planète n’a pas toujours échappé au choc des différentes comètes qui traverſoient ſon orbite.
D’anciennes révolutions dont l’époque est inconnue ont bouleversé la terre, et l’astronomie nous montre la possibilité de ces catastrophes, dont l’histoire physique et morale du monde offre une infinité de preuves incontestables. Un grand nombre de comètes se meuvent dans tous les sens autour du soleil. Loin que les mouvemens de leurs orbites soient invariables, ils sont sensiblement altérés par l’action des planètes. Plusieurs [254]de ces grands corps ont passé près de la terre, et peuvent l’avoir rencontrée. Cet événement est peu vraisemblable dans le cours d’une année ou même d’un siècle ; mais sa probabilité augmente tellement par le nombre des révolutions de la terre, qu’on peut presque assurer que cette planète n’a pas toujours échappé au choc des différentes comètes qui traversaient son orbite.
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Cette rencontre a dû occaſionner, ſur la ſurface du globe, des ravages inexprimables. L’axe de rotation changé ; les mers abandonnant leur ancienne poſition pour ſe précipiter vers le nouvel équateur ; la plus grande partie des animaux noyée par le déluge, ou détruite par la violente ſecouſſe imprimée à la terre par la comète ; des eſpèces entières anéanties : tels1 ſont les déſaſtres qu’une comète a dû produire.
Cette rencontre a dû occasionner sur la surface du globe des ravages inexprimables. L’axe de rotation changé, les mers abandonnant leur ancienne position pour se précipiter vers le nouvel équateur, la plus grande partie des animaux noyée par le déluge ou détruite par la violente secousse imprimée à la terre par la comète, des espèces entières anéanties, telles1 sont les désastres qu’une comète a dû produire.
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On comprend dès lors que cette grande révolution1 de toute la maſſe du globe, en doit continuellement entraîner une foule de particulieres ſur2 ſa ſurface ; que la mer, comme l’inſtrument3 [20]de toutes ces petites révolutions, en ſuivant4 la pente5 de cette inclinaiſon6 de l’axe quitte7 un pays pour couvrir l’autre, & cauſe8 ainſi ces inondations où9 ces déluges ſucceſſifs qui ont parcouru la face de la terre ; noyé ſes divers habitans, &10 laiſſé par-tout des mouvemens11 viſibles de ruine &12 de dévaſtation, & des traces profondes de ſes13 ravages dans le ſouvenir des hommes.
On comprend dès-lors que cette grande révolution1 de toute la maſſe du globe, en doit continuellement produire une foule de particulieres ſur2 ſa ſurface ; que la mer, comme l’inſtrument3 de toutes ces petites révolutions, en ſuivant4 la pente5 de cette inclinaiſon6 de l’axe, quitte7 un pays pour couvrir l’autre, & cauſe8 ainſi ces inondations ou9 ces déluges ſucceſſifs qui ont parcouru la ſurface de la terre, noyé ſes divers habitans, &10 laiſſé par-tout des monumens11 viſibles de ruine &12 de dévaſtation , & des traces profondes de ſes13 ravages dans le ſouvenir des hommes.
Indépendamment de cette cauſe générale de dévaſtation, les tremblemens1 de terre, les volcans, mille autres cauſes inconnues, qui agiſſent dans l’intérieur du globe & 2 ſa ſur[377]face , doivent changer la poſition reſpective3 de ſes parties, & par une ſuite néceſſaire4 la ſituation5 de ſes poles6 de rotation. Les eaux de la mer, déplacées par ces changemens, doivent quitter7 un pays pour couvrir l’autre, & cauſer8 ainſi ces inondations, ces déluges ſucceſſifs qui ont laiſſé par-tout des monumens11 viſibles de ruine, de dévaſtation, & des traces profondes de leurs13 ravages dans le ſouvenir des hommes.
Indépendamment de cette cause générale de dévastation, les tremblemens1 de terre, les volcans, mille autres causes inconnues qui agissent dans l’intérieur du globe et à2 sa surface, doivent changer la position respective3 de ses parties, et, par une suite nécessaire4, la situation5 de ses poles6 de rotation. Les eaux de la mer, déplacées par ces changemens, doivent quitter7 un pays pour couvrir l’autre, et causer8 ainsi ces inondations, ces déluges successifs qui ont laissé partout des monumens11 visibles de ruine, de dévastation, et des traces profondes de leurs13 ravages dans le souvenir des hommes.
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Cette lutte continuelle d’un élément avec1 l’autre , de la terre qui engloutit une partie de l’océan dans ſes cavités intérieures, de la mer qui ronge, & emporte de grandes portions de la terre dans ſes abîmes ; ce combat éternel des deux élémens incompatibles, ce ſemble, & pourtant inſéparables, tient les habitans du globe dans un péril ſenſible, & dans des alarmes2 vives ſur leur deſtinée. La mémoire ineffaçable des changemens arrivés, inſpire naturellement la crainte des changemens à venir. Delà3, ces traditions univerſelles de déluges paſſés, & cette attente de l’embraſſement4 du monde. Les tremblemens de terre occaſionnés par les inondations & les volcans que ces ſecouſſes reproduiſent à leur tour, ces criſes violentes dont aucune partie du globe ne doit être exempte, engendrent & perpétuent la terreur5 parmi les hommes. On trouve cette frayeur6 répandue & conſacrée dans toutes les ſuperſtition dont7 elle eſt l’origine. Cette crainte8 eſt plus vive dans les pays où les marques de ces révolutions du globe ſont plus ſenſibles & plus recentes.
Cette lutte continuelle d’un élément contre1 l’autre, de la terre qui engloutit une partie de l’Océan dans ſes cavités intérieures, de la [39]mer qui ronge & emporte de grandes portions de la terre dans ſes abîmes ; ce combat éternel des deux élémens incompatibles, ce ſemble, & pourtant inſéparables, tient les habitans du globe dans un péril ſenſible, & dans des allarmes2 vives ſur leur deſtinée. La mémoire ineffaçable des changemens arrivés, inſpire naturellement la craînte des changemens à venir. De-là3 ces traditions univerſelles de déluges paſſés, & cette attente de l’embrâſement4 du monde. Les tremblemens de terre occaſionnés par les inondations & les volcans, que ces ſecouſſes reproduiſent à leur tour, ces criſes violentes dont aucune partie du globe ne doit être exempte, engendrent & perpétuent la terreur5 parmi les hommes. On trouve cette frayeur6 répandue & conſacrée dans toutes les ſuperſtitions dont7 elle eſt l’origine. Cette crainte8 eſt plus vive dans les pays où, comme l’Amérique9, les marques de ces révolutions du globe ſont plus ſenſibles & plus récentes.
Cette lutte continuelle d’un élément contre1 l’autre, de la terre qui engloutit une partie de l’océan dans ſes cavités intérieures, de la mer qui ronge & emporte de grandes portions de la terre dans ſes abîmes ; ce combat éternel des deux élémens incompatibles, ce ſemble, & pourtant inſéparables, tient les habitans du globe dans un péril ſenſible, & dans des alarmes2 vives ſur leur deſtinée. La mémoire ineffaçable des changemens arrivés, inſpire naturellement la crainte des changemens à venir. De-là3 ces traditions univerſelles de déluges paſſés, & cette attente de l’embrâſement4 du monde. Les tremblemens de terre occaſionnés par les inondations & les volcans, que ces ſecouſſes reproduiſent [378]à leur tour, ces criſes violentes dont aucune partie du globe ne doit être exempte, engendrent & perpétuent la frayeur5 parmi les hommes. On la trouve6 répandue & conſacrée dans toutes les ſuperſtitions. Elle eſt plus vive dans les pays où, comme l’Amérique9, les marques de ces révolutions du globe ſont plus ſenſibles & plus récentes.
Cette lutte continuelle d’un élément contre1 l’autre, de la terre qui engloutit une partie de l’Océan dans ses cavités intérieures, de la mer qui ronge et emporte de grandes portions de la terre dans ses abîmes, ce combat éternel des deux élémens incompatibles, ce semble, et pourtant inséparables, tient les habitans du globe dans un péril sensible et dans des alarmes2 vives sur leur destinée. La mémoire ineffaçable des changemens arrivés inspire naturellement la crainte des changemens à venir. De là3 ces traditions universelles de déluges passés, et cette attente de l’embrasement4 du monde. Les tremblemens de terre occasionnés par les inondations et les volcans que ces secousses reproduisent à leur tour, ces crises violentes dont aucune partie du globe ne doit être exempte, engendrent et perpétuent la frayeur5 parmi les hommes. On la trouve6 répandue et consacrée dans toutes les superstitions . Elle est plus vive dans les pays où, comme l’Amérique9, les marques de ces révolutions du globe sont plus sensibles et plus récentes.
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On voit ſur la ſurface de1 l’Amérique une empreinte plus profonde des ravages que les eaux & le feu ne ceſſent de faire par-tout de vaſtes golfes, des lacs immenſes, des iſles ſans nombre , les plus grands fleuves, les plus hautes mon[21]tagnes , des terres rarement habitées, encore moins peuplées : tout y atteſte les fléaux & les calamités dont la nature affligea ce monde : tout y imprime cette frayeur de la déſolation, dont l’impoſture a de tout tems abuſé pour regner ſur la terre. La crainte qui ne s’arrête point dans ſes progrès2, voit dans un ſeul mal le germe de mille autres. Elle3 en attend de la terre & des cieux ; elle4 croit voir la mort ſur ſa tête & ſous ſes pieds. Des événemens que le haſard a fait ſe rencontrer enſemble5 lui paroiſſent6 liés dans la nature même, & dans l’ordre des choſes. Comme il n’arrive jamais rien ſur la terre ſans laquelle7 ſe trouve ſous l’aſpect de quelque conſtellation , on s’en prend aux étoiles de tous les malheurs dont on ignore la cauſe, & de ſimples rapports de ſituation entre des planettes, ſont8 pour l’eſprit humain qui a toujours cherché dans les ténebres l’origine du mal, une influence immédiate & néceſſaire ſur toutes les révolutions qui les ſuivent ou les accompagnent.
L’homme épouvanté2 voit dans un ſeul mal le germe de mille autres. Il3 en attend de la terre & des cieux ; il4 croit voir la mort ſur ſa tête & ſous ſes pieds. Des événemens que le haſard a rapprochés5 lui paroiſſent6 liés dans la nature même & dans l’ordre des choſes . Comme il n’arrive jamais rien ſur la terre, ſans qu’elle7 ſe trouve ſous l’aſpect de quelque conſtellation, on s’en prend aux étoiles de [40]tous les malheurs dont on ignore la cauſe ; & de ſimples rapports de ſituation entre des planettes, ont8 pour l’eſprit humain, qui a toujours cherché dans les ténébres l’origine du mal, une influence immédiate & néceſſaire ſur toutes les révolutions qui les ſuivent ou les accompagnent. Mais les événemens politiques , comme les plus intéreſſans pour l’homme , ont toujours eu ſes yeux une dépendance trés-prochaiue du mouvement des astres . De-là les fauſſes prédictions & les terreurs qu’elles ont inſpirées ; terreurs qui ont toujours troublé la terre, & dont l’ignorance eſt tout à-la-fois le principe & la meſure9.
L’homme épouvanté2 voit dans un ſeul mal le germe de mille autres. Il3 en attend de la terre & des cieux ; il4 croit voir la mort ſur ſa tête & ſous ſes pieds. Des événemens que le haſard a rapprochés5 lui paroiſſent6 liés dans la nature même & dans l’ordre des choſes. Comme il n’arrive jamais rien ſur la terre, ſans qu’elle7 ſe trouve ſous l’aſpect de quelque conſtellation, on s’en prend aux étoiles de tous les malheurs dont on ignore la cauſe ; & de ſimples rapports de ſituation entre des planètes, ont8 pour l’eſprit humain, qui a toujours cherché dans les ténèbres l’origine du mal, une influence immédiate & néceſſaire ſur toutes les révolutions qui les ſuivent ou les accompagnent.
L’homme épouvanté2 voit dans un seul mal le germe de mille autres. Il3 en attend de la terre et des cieux ; il4 croit voir la mort sur sa tête et sous ses pieds. Des événemens, que le hasard a rapprochés5, lui paraissent6 liés dans la nature même et dans l’ordre des choses. Comme il n’arrive jamais rien sur la terre sans qu’elle7 se trouve sous l’aspect de quelque constellation, on s’en prend aux étoiles [256]de tous les malheurs dont on ignore la cause ; et de simples rapports de situation entre des planètes ont8 pour l’esprit humain, qui a toujours cherché dans les ténèbres l’origine du mal, une influence immédiate et nécessaire sur toutes les révolutions qui les suivent ou les accompagnent.
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Mais, ſur tous1 les événemens politiques comme les plus intéreſſans pour l’homme, ont toujours eu à ſes yeux une dépendance trèsprochaine du mouvement des aſtres. Delà2, les fauſſes prédictions & les craintes réelles qui dans tous le tems3 ont dominé ſur4 la terre. Elles augmentent en s’enracinant proportion de5 l’ignorance. On trouva ces maladies de l’eſprit humain, établies dans6 le nouveau monde, où les Eſpagnols les auroient portées ſi elles n’y avoient été. On ne ſait quelle tradition, qui pourroit cependant avoir été imaginée après l’événement, avoit fait preſſentir Saint-Domingue, au Pérou7, & dans quelques parties de l’Amérique Septentrionale qu’il y viendroit des étrangers qui boulleverſeroient [22]ce malheureux pays. Ces exterminateurs devoient arriver du côté de l’Orient. Ce n’eſt pas que les Amériquains euſſent aucune connoiſſance de nos contrées ; mais accoutumés comme tous les peuples de8 la terre tourner leurs premiers regards vers les lieux où le ſoleil ſe leve, ils avoient imaginé que les révolutions dont ils étoient ménacés partiroient de ce front du globe9.

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Mais les événemens politiques, comme les plus intéreſſans pour l’homme, ont toujours [379]eu à ſes yeux une dépendance très-prochaine du mouvement des aſtres. De-là2 les fauſſes prédictions & les terreurs qu’elles ont inſpirées : terreurs qui3 ont toujours troublé4 la terre, & dont5 l’ignorance eſt tout-à-la-fois6 le principe7 & la meſure9.
Mais les événemens politiques, comme les plus intéressans pour l’homme, ont toujours eu à ses yeux une dépendance très-prochaine du mouvement des astres. De là2 les fausses prédictions et les terreurs qu’elles ont inspirées ; terreurs qui3 ont toujours troublé4 la terre, et dont5 l’ignorance est tout la fois6 le principe7 et la mesure9.
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Quoique1 Montezuma eût pû, comme tant d’autres, être2 atteint de cette maladie de l’eſprit humain, rien ne porte à penſer qu’3il ait eu une foibleſſe, alors ſi commune. Mais ſa conduite politique n’4en fut pas meilleure. Depuis que ce prince étoit ſur le trône, il5 ne montroit6 aucun des talens qui l’y7 avoient fait monter. Du ſein de la molleſſe, il mépriſoit ſes ſujets, il opprimoit ſes tributaires. L’arrivée8 des Eſpagnols ne rendit pas du reſſort à cette ame avilie & corrompue. Il perdit en négociations, le tems qu’il falloit employer en combats9, & voulut renvoyer avec des préſens des ennemis qu’il falloit détruire. Cortez , à qui cet engourdiſſement convenoit beaucoup, n’oublioit rien pour l’entretenir10.
Quoique1 Montezuma eût pu, comme tant d’autres, être2 atteint de cete maladie de l’eſprit humain, rien ne porte à penſer qu’3il ait eu une foibleſſe, alors ſi commune. Mais ſa conduite politique n’4en fut pas meilleure. Depuis que ce prince étoit ſur le trône, il5 ne montroit6 aucun des talens qui l’y7 avoient fait monter. Du ſein de la molleſſe, il mépriſoit ſes ſujets, il opprimoit ſes tributaires. L’arrivée8 des Eſpagnols ne rendit pas du reſſort à cette ame avilie & corrompue. Il perdit en négociations, le tems qu’il falloit employer en combats9, & voulut renvoyer avec des préſens des ennemis qu’il falloit détruire. Cortès, à qui cet engourdiſſement convenoit beaucoup, n’oublioit rien pour le perpétuer10
Que1 Montézuma fût ou ne fût pas2 atteint de cette maladie de l’esprit humain généralement répandue dans sa nation, la plus superstitieuse du Nouveau-Monde3, il paraît prouvé que l’arrivée et les prétentions des Espagnols lui causèrent de vives inquiétudes. Il espéra sortir d’embarras4 en leur envoyant des présens d’un très-haut prix, et en leur faisant dire que les circonstances5 ne lui permettaient pas de les admettre en sa présence. Ses dons furent reçus avec respect ; mais ce respect n’apporta6 aucun changement aux volontés que ces formidables étrangers7 avaient d’abord manifestées. Inutilement les plus grands trésors leur furent prodigués plusieurs reprises pour les faire changer de résolution, ils continuèrent toujours soutenir que8 des ambassadeurs n’avaient jamais été renvoyés sans avoir obtenu audience. [257]On se flatta que la faim pourrait surmonter une obstination que l’or n’avait pu vaincre9, et l’on cessa de fournir leur subsistance. Ce nouvel expédient parut d’abord avoir quelque succès, et il en faut dire la raison10.
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Parmi les soldats espagnols il s’en trouvait qui regardaient comme extravagant l’espoir de renverser avec le peu de forces qu’on avait un trône aussi solidement fondé que l’était celui du Mexique. La diminution des vivres, dont même la source pouvait bientôt entièrement tarir, les confirma de plus en plus dans l’opinion où ils étaient qu’ils seraient tous un peu plus tôt un peu plus tard la victime d’une entreprise téméraire. Dans leur découragement, ils députèrent un d’entre eux au général pour lui annoncer la résolution où ils étaient de retourner sans délai à Cuba. Sur-le-champ Cortez fit publier que l’armée se disposât à s’embarquer le lendemain. Cette précipitation apparente devait avoir des suites favorables , et il le savait bien.
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A peine l’ordre du départ fut-il devenu public, qu’accoururent à la tente du général ceux qui n’étaient pas entrés dans un complot que la lâcheté et la malveillance avaient seules pu, disait-on, former. Leur indignation était extrême. Une retraite exécutée avant d’avoir tiré l’épée leur paraissait devoir imprimer sur leur nation un opprobre ineffaçable, et c’était le comble de l’injustice de les priver du prix de leurs fatigues au [258]moment même où ils en allaient recueillir le fruit. Ils paraissaient déterminés à choisir un nouveau chef, si celui qui leur avait été donné refusait de les conduire à la gloire et à la fortune.
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Ce langage parut étonner Cortez, quoique luimême l’eût fait dicter par ses confidens. Il protesta que c’était avec la plus grande répugnance qu’il avait pris la résolution qui excitait tant de murmures ; qu’il n’avait abandonné ses projets que parce qu’on l’avait assuré que le vœu général des troupes exigeait ce sacrifice ; que leur noble indignation le détrompait d’une funeste erreur où il s était laissé entraîner trop aisément ; qu’il allait hâter les préparatifs qu’exigeait une entreprise dont leur valeur assurait le succès, et qu’il ne laisserait pas languir leur impatience. Des expressions qui rendaient si bien les sentimens dont la plupart des cœurs étaient pénétrés furent entendues, recueillies, et répétées avec un enthousiasme qui ressemblait à de l’ivresse. Ceux même qui ne partageaient pas le commun délire affectèrent plus de joie que les autres, parce qu’ils avaient des torts à cacher ou à faire oublier.
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Cette circonstance parut favorable à Cortez pour se procurer une autorité plus étendue et mieux affermie que celle dont jusqu’alors il avait joui. Dans cette vue, il proposa d’établir dans la colonie de la Véra-Cruz, qu’on venait de fonder, une juridiction municipale semblable à celles qui se voyaient dans toutes les villes de la métropole. [259]Les magistrats qui devaient la conduire n’eurent pas été plus tôt choisis, qu’il parut à leur tribunal. « La commission que vous m’avez vu remplir, « leur dit-il, je la tenais de Vélasquez, et encore « fut-elle presque aussitôt révoquée qu’accordée. « C’est à vous, et à vous seuls, dépositaires du « pouvoir souverain, qu’il appartient de conférer « des dignités. Je mets à vos pieds celle dont j’ai « bien ou mal rempli les fonctions, et vous as- « sure que je serai content, dans quelque rang que « vous jugiez à propos de me placer. Comme sol- « dat, je combattrai avec autant de zèle que je « l’ai fait comme général. Si, dans le métier des « armes, c’est en obéissant qu’on apprend à com- « mander, il se trouve aussi des occasions sans « nombre où il faut avoir commandé pour sentir « la nécessité de l’obéissance ». La délibération du conseil ne dura que peu. D’une voix unanime il conféra la disposition absolue du civil et du militaire à un homme dont la conduite venait de beaucoup ajouter à l’idée qu’on avait de lui. Cet heureux et sage choix trouva pourtant des contradicteurs . Les plus emportés d’entre eux furent punis, mais avec tant de modération, et ensuite pardonnés de si bonne grâce, qu’ils ne tardèrent pas à devenir les amis les plus fidèles de celui dont ils avaient blâmé l’élévation.
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Tout paraissait soumis lorsque Cortez fut averti que quelques-uns de ceux qui lui étaient contraires méditaient d’aller avertir Vélasquez de ce [260]qui s’était passé contre ses intérêts, et de l’instruire que toutes les richesses acquises jusqu’ alors dans le Mexique avaient été envoyées en Europe dans la vue de faire détacher de sa juridiction une si opulente partie du NouveauMonde . Cette connaissance le confirma dans le projet qu’il avait formé de détruire la flotte pour qu’il ne restât aux troupes à ses ordres d’espoir que dans la victoire. Ses confidens adoptèrent sans balancer un plan si magnanime. Ils publièrent que tous les navires étaient pourris, et ne devaient pas tarder à couler bas. Soit conviction, soit séduction, les gens de mer confirmèrent cette opinion par leur témoignage ; et bientôt on débarqua les voiles, les cordages, les ferremens, tout ce qui quelque jour pouvait être utile. Il ne restait plus qu’à faire échouer les bâtimens ; et ce dernier acte d’un héroïsme admiré depuis trois siècles ne se fit pas attendre.
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La plupart des obstacles qui depuis trois ou quatre mois retenaient dans une inaction apparente l’armée entière sur les côtes se trouvaient levés. Par le ministère de Marina, qu’un heureux hasard avait donné aux Espagnols pour les guider dans leurs conquêtes pour les consoler dans leurs anxiétés, pour les encourager dans leurs malheurs , Cortez avait acquis quelque connaissance de la région qu’il voulait asservir. Son premier établissement était assez bien fortifié pour braver les attaques des aborigènes, et quelques bour[261]gades voisines qui s’étaient volontairement données , ne devaient pas laisser manquer d’alimens ce poste important. Deux cantons moins bornés, qui s’étaient mis sous sa protection, lui offraient toutes leurs forces. Dans cet état de choses, il laissa à la Véra-Cruz deux chevaux et cinquante soldats, ou faibles ou malades, aux ordres d’Escalante , dont la valeur, la prudence, la fidélité étaient généralement connues. Deux cents hommes très-vigoureux destinés à traîner son artillerie et à porter ses bagages, quatre cents guerriers les plus distingués par leur origine et leur expérience , ce fut tout ce qu’il voulut accepter du cacique de Zampoala, le plus puissant et le plus dévoué de ses alliés. Avec ce petit nombre d’auxiliaires , avec cinq cents Castillans, avec quinze chevaux, avec six pièces de campagne, le général ne craignit pas de diriger le 18 août sa marche vers la capitale d’un empire immense, qui avait cent fois plus de moyens qu’il n’en fallait pour l’arrêter ou pour le détruire.
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Cette ſuperſtition qui faiſoit partie des dogmes du Mexique fortifié par quelques événemens recens , aſſez ſinguliers, agiſſoit vivement ſur l’ame naturellement inquiete de Montezuma ; lorſque les Caſtillans débarquerent dans ſes états. Ce qu’il craignoit en général ; ce qu’il avoit oui dire en particulier de ces étrangers, ſe confondant dans ſon eſprit troublé ; ce prince ſe crut au moment critique anoncé par les aſtres aux prophetes de ſa nation. Il fit partir des députés pour offrir à Cortez les ſecours dont il pouvoit avoir beſoin, & pour le prier de s’éloigner de ſes poſſeſſions. Le chef des Eſpagnols répondit toujours qu’il falloit qu’il allât parler à l’empereur de la part du ſouverain de l’Orient. Cette obſtination ayant réduit les envoyés à recourir à leur dernier moyen. Les menacés, ils ventérent beaucoup les tréſors & la puiſſance de leur maître : voilà, dit Cortez en ſe tournant vers ſes ſoldats, voilà ce que nous cherchons de grands périls & de grandes richeſſes. Il brûle tout de ſuite ſes Vaiſſeaux pour vaincre ou pour périr, prend la route de Mexico, & pourſuit ſa marche ſans trouver beaucoup d’oppoſition.

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Ses diſcours étoient d’un ami. Sa miſſion ſe bornoit, diſoit-il, à entretenir de la part du plus grand monarque de l’Orient, le puisſant maître du Mexique. A toutes les inſtances qu’on faiſoit pour preſſer ſon rembarquement , il repondoit toujours qu’on n’avoit jamais renvoyé un ambaſſadeur ſans lui donner audience. Cette obſtination ayant réduit les envoyés de Montezuma à recourir, ſelon leurs inſtructions, aux menaces, & à vanter les tréſors & les forces de leur patrie : voilà, dit le général Eſpagnol, en ſe tournant vers ſes ſoldats , voilà ce que nous cherchons, de grands périls & de grandes richeſſes. Il avoit alors fini ſes préparatifs, & acquis toutes les connoiſſances qui lui étoient néceſſaires. Réſolu à vaincre ou à périr, il brûla ſes vaiſſeaux, & marcha vers la capitale de l’empire.
. Ses diſcours étoient d’un ami. Sa miſſion ſe bornoit, diſoit-il, à entretenir de la part du plus grand monarque de l’Orient, le puiſſant maître du Mexique. A toutes les [380]inſtances qu’on faiſoit pour preſſer ſon rembarquement , il répondoit toujours qu’on n’avoit jamais renvoyé un ambaſſadeur ſans lui donner audience. Cette obſtination ayant réduit les envoyés de Montezuma à recourir, ſelon leurs inſtructions, aux menaces, & à vanter les tréſors & les forces de leur patrie : voilà, dit le général Eſpagnol, en ſe tournant vers ſes ſoldats, voilà ce que nous cherchons, de grands périls & de grandes richeſſes. Il avoit alors fini ſes préparatifs, & acquis toutes les connoiſſances qui lui étoient néceſſaires. Réſolu à vaincre ou à périr, il brûla ſes vaiſſeaux , & marcha vers la capitale de l’empire.

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Arrivé1 ſur la frontiere de2 la république de Haſ- cala il3 fit demander paſſage, & propoſer une alliance. On refuſa l’un4 & l’autre5. Les merveilles6 qu’on racontoit des Eſpagnols étonnoient les [23]Haſcalteques, mais ne les effrayoient pas7. Ils livrerent quatre ou cinq combats. Une fois8 les Eſpagnols furent rompus, & ils étoient en danger d’être défaits, ſi la diviſion ne s’étoit pas miſe dans l’armée de leurs ennemis. Cortez ſe crut obligé9 de ſe retrancher10, & les Haſcalteques ſe firent tuer ſur les parapets. Que leur manquoitil12 pour vaincre13 ? Des armes14.
Sur ſa route ſe trouvoit2 la république de Tlaſcala, de tout tems ennemie des Mexicains, qui vouloient la ſoumettre leur domination. Cortez ne doutant pas qu’elle ne dût favoriſer ſes projets, lui3 fit demander paſſage, & propoſer une alliance. On refuſa l’un4 & l’autre pour des raiſons qui ne ſont pas venues juſqu’ nous5. Les merveilles6 qu’on racontoit des Eſpagnols étonnoient les Tlaſcalteques, mais ne les effrayoient pas7. Ils livrerent quatre ou cinq combats. Une fois8 les Eſpagnols furent rompus, & ils étoient en danger d’être vain[42]cus , ſi la diviſion ne s’étoit pas mise dans l’armée de leurs ennemis. Cortez ſe crut obligé9 de ſe retrancher10, & les Tlaſcalteques ſe firent tuer ſur les parapets. Que leur manquoit-il12 pour vaincre13 ? Des armes14.
Sur ſa route ſe trouvoit2 la république de Tlaſcala, de tout tems ennemie des Mexicains , qui vouloient la ſoumettre à leur domination . Cortès ne doutant pas qu’elle ne dût favoriſer ſes projets, lui3 fit demander paſſage , & propoſer une alliance. Des peuples qui s’étoient interdit preſque toute communication avec leurs voiſins4 & que ce principe inſociable avoit accoutumés une défiance univerſelle, ne devoient pas être favorablement diſpoſés pour des étrangers dont le ton étoit impérieux & qui avoient ſignalé [381]leur arrivée par des inſultes faites aux dieux du pays. Auſſi repouſſèrent-ils, ſans ménagement , les deux ouvertures5. Les merveilles6 qu’on racontoit des Eſpagnols étonnoient les Tlaſcaltèques, mais ne les effrayoient pas7. Ils livrèrent quatre ou cinq combats. Une fois8 les Eſpagnols furent rompus. Cortès ſe crut obligé9 de ſe retrancher10, & les Indiens ſe firent tuer ſur les parapets. Que leur manquoitil12 pour vaincre13 ? Des armes14.
Sur sa route se trouvait2 la république de Tlascala , de tout temps ennemie des Mexicains, qui voulaient la soumettre à leur domination. Cortez, ne doutant pas qu’elle ne dût favoriser ses projets , lui3 fit demander passage, et proposer une alliance. Des peuples qui s’étaient interdit presque toute communication avec leurs voisins4, et que ce principe insociable avait accoutumés à une défiance universelle, ne devaient pas être favo[262]rablement disposés pour des étrangers dont le ton était impérieux, et qui avaient signalé leur arrivée par des insultes faites aux dieux du pays. Aussi repoussèrent-ils sans ménagement les deux ouvertures ; aussi ne virent-ils pas plus tôt5 les Espagnols sur leur territoire6, qu’ils fondirent sur eux en gens déterminés vaincre ou mourir. La valeur qu’7ils montrèrent dans cette première action fit comprendre Cortez que ce ne serait pas trop de toute sa science militaire pour repousser8 les attaques de ces hardis républicains. La circonspection la plus marquée prit aussitôt la place9 de l’audace qui lui était ordinaire. Il avança lentement ; il choisit de bons postes ; il fortifia ses camps. Ces sages mesures le firent sortir victorieux d’un grand nombre de combats10 et de deux batailles qu’il lui fallut livrer ou soutenir dans le court espace de treize quatorze jours. Heureusement pour la cause qu’il défendait11, les Indiens, foudroyés par son artillerie, écrasés par ses chevaux , n’avaient12 pour ressource que13 des flèches armées d’arêtes de poisson, que des piques de bois durcies au feu, qui, trop faibles pour percer les boucliers de ses soldats, ne lui en tuèrent aucun, n’en blessèrent même légèrement qu’un très-petit nombre14.
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Un point d’honneur établi cher toutes les nations &1 qui tient à l’humanité, qu’on trouva3 chez les Grecs au Siege de Troyes, &4 chez quelques peuples des gaules, contribua beaucoup à leur arracher la victoire7. C’étoit la crainte & la honte de laiſſer enlever par8 l’ennemi, leurs bleſſés & leurs morts. A chaque moment le ſoin de les ſauver9 rompoit l’armée10, & rallentiſſoit11 les attaques.
Un point d’honueur1 qui tient à l’humanité ; un point d’honneur2 qu’on trouva3 chez les Grecs au ſiége de Troie, qui ſe fit remarquer4 chez quelques peuples des Gaules, & qui paroît établi chez pluſieurs nations5, contribua beaucoup à la défaite des Tlaſcalteques7. C’étoit la crainte & la honte de laiſſer enlever par8 l’ennemi, leurs bleſſés & leurs morts. A chaque moment le ſoin de les enlever9 rompoit l’armée10, & rallentiſſoit11 les attaques.
Un point d’honneur1 qui tient à l’humanité . Un point d’honneur2 qu’on trouva3 chez les Grecs au ſiège de Troye, qui ſe fit remarquer4 chez quelques peuples des Gaules & qui paroît établi chez pluſieurs nations5, contribua beaucoup à la défaite des Tlaſcaltèques7 . C’étoit la crainte & la honte d’abandonner 8 l’ennemi leurs bleſſés & leurs morts. A chaque moment, le ſoin de les enlever9 rompoit les rangs10 & ralentiſſoit11 les attaques.
Un point d’honneur1 qui tient à l’humanité ; un point d’honneur2 qu’on trouva3 chez les Grecs au siége de Troie, qui se fit remarquer4 chez quelques peuples des Gaules, et qui paraît établi chez [263]plusieurs nations5, contribua beaucoup encore6la défaite des Tlascalans7. C’était la crainte et la honte d’abandonner à8 l’ennemi leurs blessés et leurs morts. A chaque moment, le soin de les enlever9 rompait les rangs10 et ralentissait11 les attaques .
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La nation, peu accoutumée à tant d’humiliations , à tant d’infortunes, voulut savoir de ses prêtres les causes de ces événemens déplorables, et quels en pourraient être les remèdes. Vos ennemis , répondirent ces oracles mensongers, sont enfans du soleil. Sa présence les rend invincibles. Qu’on les attaque durant les ténèbres, et on ne les trouvera pas plus redoutables que les autres hommes.
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Pleine de confiance dans les promesses de ces imposteurs, l’armée indienne se précipita la nuit suivante sur les retranchemens des Espagnols. Le feu vif et soutenu du canon et de la mousqueterie ne lui laissa pas ignorer que ses desseins avaient été pénétrés, et lui coûta plus de sang qu’aucune des défaites précédentes.
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Les factions, jusqu’alors partagées sur le meilleur parti à prendre, se réunirent toutes pour la cessation des hostilités. Mais comment traiter avec des êtres d’une nature inconnue, et dont les actions avaient été alternativement atroces et magnanimes. On l’ignorait ; et les harangues des ambassadeurs chargés de la négociation manifestèrent cet embarras. Si vous êtes, dirent-ils aux [264]Espagnols, des divinités cruelles, nous vous offrons des esclaves dont vous mangerez la chair, dont vous boirez le sang. Si vous êtes des dieux bienfaisans, acceptez des parfums ; si vous êtes des hommes, voilà des viandes, voilà du pain, voilà des fruits pour vous nourrir.
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Comme la paix était également désirée des deux côtés, elle fut bientôt et facilement conclue. Les Tlascalans se reconnurent tributaires de la Castille ; et Cortez s’obligea à couvrir de toutes ses forces leurs personnes et leur territoire.
136
Le gouvernement de ces peuples étoit fort extraordinaire1 . Le pays étoit partagé en pluſieurs cantons où regnoient de petits ſouverains qui s’appelloient2 Caciques. Ils conduiſoient leurs ſujets à la guerre, levoient des3 impôts, & rendoient la juſtice ; mais il falloit que leurs loix4, leurs édits fuſſent confirmés par le Senat de Haſcala5, qui étoit le véritable ſouverain. Il etoit compoſé de citoyens choiſis dans chaque canton6 par les aſſemblées du peuple.
Le gouvernement de ces peuples étoit fort extraordinaire, & peut-être un excellent modele ſuivre, du moins pluſieurs égards1. Le pays étoit partagé en pluſieurs cantons, où régnoient des hommes qu’on appelloit2 caciques . Ils conduiſoient leurs ſujets à la guerre , levoient les3 impôts, & rendoient la juſtice ; mais il falloit que leurs édits fuſſent confirmés par le ſénat de Tlaſcala5, qui étoit le véritable ſouverain. Il étoit compoſé de citoyens choiſis dans chaque diſtrict6 par les aſſemblées du peuple.
Une conſtitution politique, qu’on ne ſe ſeroit pas attendu trouver dans le NouveauMonde , s’étoit formée dans cette contrée1. Le pays étoit partagé en pluſieurs cantons, où régnoient des hommes qu’on appelloit2 caciques. Ils conduiſoient leurs ſujets à la [382]guerre, levoient les3 impôts & rendoient la juſtice : mais il falloit que leurs édits fuſſent confirmés par le ſénat de Tlaſcala5 qui étoit le véritable ſouverain. Il étoit compoſé de citoyens choiſis dans chaque diſtrict6 par les aſſemblées du peuple.
Une constitution politique, qu’on ne se serait pas attendu à trouver dans le Nouveau-Monde, s’était formée dans cette contrée1. Le pays était partagé en plusieurs cantons, où régnaient des hommes qu’on appelait2 caciques. Ils conduisaient leurs sujets à la guerre, levaient les3 impôts et rendaient la justice ; mais il fallait que leurs édits fussent confirmés par le sénat de Tlascala5, qui était le véritable souverain. Il était composé de citoyens choisis dans chaque district6 par les assemblées du peuple.
137
Les Haſcalteques1 avoient de belles loix & de belles mœurs2. Ils puniſſoient de mort le men- fonge3, le manque de reſpect d’un4 fils à ſon pere, le péché contre la nature5. Les loix6 permettoient la pluralité des femmes. Le climat & les mœurs7 y portoient8, & le gouvernement y encourageoit.
Les Tlaſcalteques1 avoient des mœurs extremement ſéveres2. Ils puniſſoient de mort le menſonge3, le manque de reſpect du4 fils à ſon [43]pere, le péché contre nature5. Les loix6 permettoient la pluralité des femmes, le climat y portoit8, & le gouvernement y encourageoit.
Les Tlaſcaltèques1 avoient des mœurs extrêmement ſévères2. Ils puniſſoient de mort le menſonge3, le manque de reſpect du4 fils à ſon père, le péché contre nature. Le larcin, l’adultère & l’ivrognerie étoient en horreur : ceux qui étoient coupables de ces crimes étoient bannis5. Les loix6 permettoient la pluralité des femmes ; le climat y portoit8, & le gouvernement y encourageoit.
Les Tlascalans1 avaient des mœurs extrêmement sévères2. Ils punissaient de mort le mensonge3 , le manque de respect du4 fils à son père, le péché contre nature. Le larcin, l’adultère et l’ivrognerie étaient en horreur ; ceux qui étaient coupables de ces crimes étaient bannis. Comme le territoire ne produisait ni sel, ni cacao, ni coton, ni or, ni argent, l’usage n’en était permis [265]qu’à ceux qui devaient ces objets leur bravoure5. Les lois6 permettaient la pluralité des femmes ; le climat y portait8, et le gouvernement y encourageait .
138
Le mérite militaire étoit le plus honoré, comme il l’eſt toujours chez les peuples ſauvages, ou [24]conquérans. Il y avoit à Haſcala des ordres de chevalerie où n’étoient admis que ceux qui par des actions héroïques, ou par des conſeil ſalutaires avoient rendu ſervice à l’état.

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Les négocians habiles obtenoient auſſi des diſtinctions qui les élevoient à la nobleſſe. Etabliſſement ſingulier chez une nation pauvre, & qui avoit des loix ſomptuaires.

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140
A la guerre, les Haſcalteques2 portoient dans leur3 carquois deux fleches ſur leſquelles étoient gravées les images de deux4 de leurs anciens héros . On commençoit le combat par lancer une de ces fleches, & l’honneur obligeoit à la reprendre .
Le mérite militaire étoit le plus honoré, comme il l’eſt toujours chez les peuples ſauvages ou conquérans1. A la guerre, les Tlaſcalteques2 portoient dans leurs3 carquois deux fléches, ſur leſquelles étoient gravées les images de deux4 de leurs anciens héros, On commençoit le combat par lancer une de ces fléches, & l’honneur obligeoit à la reprendre.
Le mérite militaire étoit le plus honoré, comme il l’eſt toujours chez les peuples ſauvages ou conquérans1. A la guerre, les Tlaſcaltèques2 portoient dans leurs3 carquois deux flèches, ſur leſquelles étoient gravées les images de leurs anciens héros. On commençoit le combat par lancer une de ces flèches, & l’honneur obligeoit à la reprendre.
Le mérite militaire était le plus honoré, comme il l’est toujous chez les peuples sauvages ou conquérans1 . A la guerre les Tlascalans2 portaient dans leurs3 carquois deux flèches, sur lesquelles étaient gravées les images de leurs anciens héros. On commençait le combat par lancer une de ces flèches, et l’honneur obligeait à la reprendre.
141
Dans la ville ils étoient vêtus, mais ils ſe dépouilloient de leur1 habits pour combattre.
Dans la ville ils étoient vêtus, mais ils ſe dépouilloient de leurs1 habits pour combattre.
Dans la ville, ils étoient vêtus : mais ils ſe dépouilloient de leurs1 habits pour combattre.
Dans la ville, ils étaient vêtus ; mais ils se dépouillaient de leurs1 habits pour combattre.
142
On ventoit1 leur bonne foi2 & leur franchiſe dans les traités publics3, & entr’4eux ils honoroient les vieillards.
On vantoit1 leur bonne-foi2 & leur franchiſe dans les traités publics3 ; & entr’4eux ils honoroient les vieillards.
On vantoit1 leur bonne-foi2 & leur fran[383]chiſe dans les traités : & entre4 eux ils honoroient les vieillards.
On vantait1 leur bonne foi2 et leur franchise dans les traités, et entre4 eux ils honoraient les vieillards .
143
Le larcin, l’adultere &1 l’ivrognerie étoient en horreur. Ceux qui étoient coupables de ces crimes étoient bannis. Il n’étoit permis de boire de2 liqueurs fortes qu’aux vieillards épuiſés dans3 des travaux militaires.
Le larcin, l’adultere, l’ivrognerie étoient en horreur. Ceux qui étoient coupables de ces crimes étoient bannis. Il n’étoit permis de boire des2 liqueurs fortes qu’aux vieillards, épuiſés par3 des travaux militaires.

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144
Les Haſcalteques1 avoient des jardins, des bains. Ils aimoient la danſe, la poéſie, &2 les repréſentations théatrales. Une de leurs principales divinité étoit la déeſſe de l’amour. Elle avoit un temple magnifique, &3 on y célébroit des fêtes auxquelles accouroit toute la nation.
Les Tlascalteques1 avoient des jardins, des bains. Ils aimoient la danſe, la poëſie, les repréſentations théâtrales. Une de leurs principales divinités étoit la déeſſe de l’amour. Elle avoit un temple ; & l’3on y célébroit des fêtes auxquelles accouroit toute la nation.

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145
Leur pays n’étoit ni fort1 étendu, ni des plus fertiles de ces contrées. Il2 étoit montueux, mais3 fort cultivé, fort peuplé4, & fort5 heureux.
Leur pays n’étoit ni fort1 étendu, ni des plus fertiles de ces contrées. Il2 étoit montueux ; mais3 fort peuplé, fort cultivé4, & fort5 heureux.
Leur pays, quoiqu’inégal, quoique peu1 étendu, quoique médiocrement fertile2, étoit fort peuplé, aſſez bien cultivé4, & l’on y vivoit5 heureux.
Leur pays, quoique inégal, quoique peu1 étendu, quoique médiocrement fertile2, était fort peuplé, assez bien cultivé4, et l’on y vivait5 heureux.
146
Voilà des1 hommes que les Eſpagnols ne daignoient pas reconnoître pour être de leur eſpece2. Une des qualité qu’ils mépriſoient le [25]plus chez les Haſcalteques3, c’étoit l’amour de la liberté. Ils ne trouvoient pas qu’ils euſſent4 un gouvernement ; parce qu’ils5 n’avoient6 pas celui d’un ſeul homme7 ; ni une police, parce qu’ils8 n’avoient9 pas celle de Madrid ; ni des vertus, parce qu’ils10 n’avoient11 pas leur culte ; ni de l’eſprit , parce qu’ils12 n’avoient13 pas leur14 opinions.
Voilà les1 hommes que les Eſpagnols ne daignoient pas admettre dans l’eſpece humaine2. Une des qualités qu’ils mépriſoient le plus chez les Tlaſcalteques3, c’étoit l’amour de la liberté . Ils ne trouvoient pas que ce peuple eût4 un gouvernement, parce qu’il5 n’avoit6 pas celui d’un ſeul homme7 ; ni une police, parce qu’il8 n’avoit9 pas celle de Madrid ; ni des vertus, parce qu’il10 n’avoit11 pas leur culte ; ni de l’eſprit parce qu’il12 n’avoit13 pas leurs14 opinions.
Voilà les1 hommes que les Eſpagnols ne daignoient pas admettre dans l’eſpèce humaine2 . Une des qualités qu’ils mépriſoient le plus chez les Tlaſcaltèques3, c’étoit l’amour de la liberté. Ils ne trouvoient pas que ce peuple eût4 un gouvernement, parce qu’il5 n’avoit6 pas celui d’un ſeul ; ni une police, parce qu’il8 n’avoit9 pas celle de Madrid ; ni des vertus, parce qu’il10 n’avoit11 pas leur culte ; ni de l’eſprit, parce qu’il12 n’avoit13 pas leurs14 opinions.
Voilà les1 hommes que les Espagnols ne daignaient pas admettre dans l’espèce humaine2. Une des qualités qu’ils méprisaient le plus chez les Tlascalans3, c’était l’amour de la liberté. Ils ne trouvaient pas que ce peuple eût4 un gouvernement , parce qu’il5 n’avait6 pas celui d’un seul ; ni une police, parce qu’il8 n’avait9 pas celle de Madrid ; ni des vertus, parce qu’il10 n’avait11 pas leur culte ; ni de l’esprit, parce qu’il12 n’avait13 pas leurs14 opinions .
147
Jamais, peut-être, aucune nation ne fut idolâtre de ſes préjugés au point où l’étoient alors, où le ſont encore aujourd’hui les Eſpagnols. Ces préjugés faiſoient le fonds2 de toutes leurs penſées , influoient ſur tous3 leurs jugemens, formoient leur caractere. Ils n’employoient le génie ardent & vigoureux que leur a donné la nature, qu’à inventer une foule de ſophiſmes pour s’affermir dans leurs erreurs. Jamais la déraiſon n’a été plus dogmatique, plus décidée, plus ferme &4 plus ſubtile. Ils étoient attachés à leurs uſages, comme à leurs préjugés. Ils ne reconnoiſſoient5 qu’eux dans l’univers de ſenſés, d’éclairés, de vertueux. Avec cet orgueil national, le plus aveugle , le plus extrême6 qui fut jamais, ils auroient eu pour Athénes le mépris qu’ils avoient pour Haſcala7. Ils auroient traité les Chinois comme des bêtes, & par-tout ils auroient outragé, opprimé , dévaſté.
Jamais peut-être aucune nation ne fut idolâtre de ſes préjugés, au point où l’étoient alors, où le ſont encore aujourd’hui les Eſpagnols . Ces préjugés faiſoient le fond2 de toutes leurs penſées, influoient ſur leurs jugemens , formoient leur caractere. Ils n’employoient le génie ardent & vigoureux que leur a donné la nature, qu’à inventer une foule de ſophiſmes, pour s’affermir dans leurs erreurs. Jamais la déraiſon n’a été plus dogmatique , plus décidée, plus ferme &4 plus ſubtile. Ils étoient attachés à leurs uſages comme à leurs préjugés. Ils ne reconnoiſſoient5 qu’eux dans l’univers de ſenſés, d’éclairés, de vertueux. Avec cet orgueil national, le plus aveugle qui fut jamais, ils auroient eu pour Athénes, le mépris qu’ils avoient pour Tlaſcala7. Ils auroient traité les Chinois comme des bêtes ; & par-tout ils auroient outragé, opprimé, dévaſté.
Jamais peut-être aucune nation ne fut idolâtre de ſes préjugés, au point où l’étoient alors, où le ſont peut-être1 encore aujourd’hui les Eſpagnols. Ces préjugés faiſoient le fond2 de toutes leurs penſées, influoient ſur leurs jugemens, formoient leur caractère. Ils n’employoient le génie ardent & vigoureux que leur a donné la nature, qu’à inventer une foule de ſophiſmes, pour s’affermir dans leurs [384]erreurs. Jamais la déraiſon n’a été plus dogmatique , plus décidée, plus ferme &4 plus ſubtile . Ils étoient attachés à leurs uſages comme à leurs préjugés. Ils ne reconnoiſſoient5 qu’eux dans l’univers de ſenſés, d’éclairés, de vertueux . Avec cet orgueil national, le plus aveugle qui fut jamais, ils auroient eu pour Athènes, le mépris qu’ils avoient pour Tlaſcala7 . Ils auroient traité les Chinois comme des bêtes ; & par-tout ils auroient outragé, opprimé , dévaſté.
Jamais peut-être aucune nation ne fut idolâtre [266]de ses préjugés au point où l’étaient alors, où le sont peut-être1 encore aujourd’hui les Espagnols. Ces préjugés faisaient le fond2 de toutes leurs pensées , influaient sur leurs jugemens, formaient leur caractère. Ils n’employaient le génie ardent et vigoureux que leur a donné la nature qu’à inventer une foule de sophismes pour s’affermir dans leurs erreurs. Jamais la déraison n’a été plus dogmatique, plus décidée, plus ferme, plus subtile . Ils étaient attachés à leurs usages comme à leurs préjugés. Ils ne reconnaissaient5 qu’eux dans l’univers de sensés, d’éclairés, de vertueux. Avec cet orgueil national, le plus aveugle qui fut jamais , ils auraient eu pour Athènes le mépris qu’ils avaient pour Tlascala7. Ils auraient traité les Chinois comme des bêtes ; et partout ils auraient outragé, opprimé, dévasté.
148
Malgré cette maniere de penſer ſi fiere1, & ſi dédaigneuſe, les Eſpagnols firent alliance2 avec les Haſcalteques qui leur donnerent des troupes pour3 les conduire & les appuyer. Ces peuples étoient depuis long-tems ennemis des Mexicains qui vouloient les ſoumettre a leur domination4.
Malgré cette maniere de penſer ſi hautaine1 & ſi dédaigneuſe, les Eſpagnols firent alliance2 avec les Tlaſcalteques, qui leur donnerent des troupes pour3 les conduire & les appuyer.
Malgré cette manière de penſer ſi hautaine1 & ſi dédaigneuſe, les Eſpagnols firent alliance2 avec les Tlaſcaltèques, qui leur donnèrent ſix mille ſoldats pour3 les conduire & les appuyer .
Malgré cette manière de penser si hautaine1 et si dédaigneuse, les Espagnols prirent2 avec eux six mille soldats tlascalans, qui devaient3 les conduire et les appuyer.
149
Avec ce ſecours, Cortez1 s’avançoit vers la ville capitale2 à travers un pays abondant, arroſé de belles rivieres3, couvert de villes4, de bois, de champs cultivés, & de jardins. La [26]campagne étoit féconde en plantes inconnues à l’Europe. On voyoit une foule d’oiſeaux d’un plumage éclatant, des animaux d’eſpeces nouvelles . La nature étoit changée7, & n’en étoit que plus agréable & plus riche. Un air tempéré, des chaleurs continues, mais ſupportables, entretenoient la parure & la fécondité de la terre. On voyoit dans le même canton des arbres couverts de fleurs, d’autres8 de fruits délicieux9. On ſemoit dans un champ le grain qu’on moiſſonnoit dans l’autre.
Avec ce ſecours, Cortez1 s’avançoit vers Mexico2, à travers un pays abondant, arroſé de belles rivieres3, couvert de villes4, de bois, de champs cultivés, & de jardins. La campagne étoit féconde en plantes inconnues à l’Europe. On y6 voyoit une foule d’oiſeaux d’un plumage éclatant, des animaux d’eſpeces nouvelles. La nature étoit différente d’el- le-mème7, & n’en étoit que plus agréable & plus riche. Un air tempéré, des chaleurs continues, mais ſupportables, entretenoient la parure & la fecondité de la terre. On voyoit dans le même canton, des arbres couverts de fleurs, des arbres chargés8 de fruits. On ſemoit dans un champ le grain qu’on moiſſonnoit dans l’autre.
Avec ce ſecours, Cortès1 s’avançoit vers Mexico2, à travers un pays abondant, arroſé, couvert de bois, de champs cultivés, de villages5 & de jardins. La campagne étoit féconde en plantes inconnues à l’Europe. On y6 voyoit une foule d’oiſeaux d’un plumage éclatant , des animaux d’eſpèces nouvelles. La nature étoit différente d’elle-même7, & n’en étoit que plus agréable & plus riche. Un air tempéré, des chaleurs continues, mais ſup[385]portables , entretenoient la parure & la fécondité de la terre. On voyoit dans le même canton, des arbres couverts de fleurs, des arbres chargés8 de fruits. On ſemoit dans un champ le grain qu’on moiſſonnoit dans l’autre.
Avec ce secours Cortez1 s’avançait vers Mexico2, à travers un pays abondant, arrosé, couvert de bois, de champs cultivés, de villages5 et de jardins. La campagne était féconde en plantes inconnues à l’Europe. On y6 voyait une foule d’oiseaux d’un plumage éclatant, des animaux d’espèces nouvelles . La nature était différente d’elle-même7, et n’en était que plus agréable et plus riche. Un air tempéré, des chaleurs continues, mais supporta[267]bles , entretenaient la parure et la fécondité de la terre. On voyait dans le même canton des arbres couverts de fleurs, des arbres chargés8 de fruits. On semait dans un champ le grain qu’on moissonnait dans l’autre.
150
Les Eſpagnols ne parurent point ſenſibles à ce nouveau ſpectacle. Tant de beautés ne les touchoient pas. Ils voyoient l’or ſervir d’ornement1 dans les maiſons & dans les temples, embellir les armes des Mexicains, leurs2 meubles & leurs perſonnes : ils ne voyoient que ce métal, ſemblables à ce mammone3 dont parle Milton, qui dans le ciel oubliant la divinité même, avoit toujours les yeux fixés ſur le parvis qui étoit d’or.
Les Eſpagnols ne parurent point ſenſibles à ce nouveau ſpectacle. Tant de beautés ne les touchoient pas. Ils voyoient l’or ſervir d’ornement1 dans les maiſons & dans les temples , embellir les armes des Mexicains, leur2 meubles & leurs perſonnes ; ils ne voyoient que ce métal. Semblables à ce Mammona3 dont parle Milton, qui dans le ciel oubliant la divinité même, avoit toujours les yeux fixés ſur le parvis qui étoit d’or.
Les Eſpagnols ne parurent point ſenſibles à ce nouveau ſpectacle. Tant de beautés ne les touchoient pas. Ils voyoient l’or ſervir d’ornement1 dans les maiſons & dans les temples, embellir les armes des Mexicains, leurs2 meubles & leurs perſonnes ; ils ne voyoient que ce métal. Semblables à ce Mammona3 dont parle Milton, qui dans le ciel oubliant la divinité même, avoit toujours les yeux fixés ſur le parvis qui étoit d’or.
Les Espagnols ne parurent point sensibles à ce nouveau spectacle. Tant de beautés ne les touchaient pas. Ils voyaient l’or servir d’ornemens1 dans les maisons et dans les temples, embellir les armes des Mexicains, leurs2 meubles et leurs personnes ; ils ne voyaient que ce métal. Semblables à cet Mammona3 dont parle Milton, qui, dans le ciel, oubliant la Divinité même, avait toujours les yeux fixés sur le parvis qui était d’or.
151
Montezuma après avoir eſſayé1 de détourner Cortez de3 deſſein de venir dans ſa capitale, l’y introduiſit5 lui-même. Il commandoit à trente- trois, ou7 princes, dont pluſieurs pouvoient mettre ſur pied des armées nombreuſes8. Ses richeſſes étoient immenſes9, ſon pouvoir abſolu. Son peuple avoit autant de connoiſſances & de lumieres , d’induſtrie & de politeſſe qu’il y en avoit alors en Europe. Ce10 peuple étoit guerrier & rempli d’honneur.
Montezuma, que ſes incertitudes, & peutêtre la crainte de commettre ſon ancienne gloire, avoient empêché d’attaquer les Eſpagnols leur arrivée ; de ſe joindre depuis aux Tlaſcalteques plus hardis que lui ; d’aſſaillir enfin des vainqueurs, fatigués1 de leurs propres triomphes. Montezuma, dont les mouvemens s’étoient réduits 2 détourner Cortez du3 deſſein de venir dans ſa capitale, prit le parti de4 l’y introduire5 lui-même. Il commandoit à trente princes, dont pluſieurs pouvoient mettre ſur pied des armées. Ses richeſſes étoient immenſes , &9 ſon pouvoir abſolu. On prétend que ſes ſujets avoient des connoiſſances, des lumieres, de la politeſſe, de l’induſtrie. Ce10 peuple étoit guerrier & rempli d’honneur.
Montezuma, que ſes incertitudes, & peutêtre la crainte de commettre ſon ancienne gloire, avoient empêché d’attaquer les Eſpagnols à leur arrivée ; de ſe joindre depuis aux Tlaſcaltèques plus hardis que lui ; d’aſſaillir enfin des vainqueurs, fatigués1 de leurs propres triomphes : Montezuma, dont les mouvemens s’étoient réduits à2 détourner Cortès du3 deſſein de venir dans ſa capitale, prit le parti de4 l’y introduire5 lui-même. Il commandoit à trente princes, dont pluſieurs [386]pouvoient mettre ſur pied des armées. Ses richeſſes étoient conſidérables, &9 ſon pouvoir abſolu. Il paroît que ſes ſujets avoient quelques connoiſſances & de l’induſtrie. Ce10 peuple étoit guerrier & rempli d’honneur.
Montézuma, que ses incertitudes, et peut-être la crainte de commettre son ancienne gloire, avaient empêché d’attaquer les Espagnols à leur arrivée ; de se joindre depuis aux Tlascalans, plus hardis que lui ; d’assaillir enfin des vainqueurs fatigués1 de leurs propres triomphes ; Montézuma, dont les mouvemens s’étaient réduits à2 détourner Cortez du3 dessein de venir dans sa capitale, prit le parti de4 l’y introduire5 lui-même, mais après lui avoir tendu des piéges, dont le mieux ordonné coûta la vie six mille Cholulans, malheureusement choisis pour être les instrumens des lâches vues de leur maître6. Il commandait à trente princes , dont plusieurs pouvaient mettre sur pied des armées. Ses richesses étaient considérables, et9 son pouvoir absolu. Il paraît que ses sujets avaient [268]quelques connaissances et de l’industrie. Le10 peuple était guerrier et rempli d’honneur.
152
Si l’empereur du Mexique eut ſu faire uſage de ces1 moyens, ſon trône étoit2 inébranlable. Mais ce prince qui étoit parvenu à la couronne par3 ſa valeur4, ne montra pas le moindre courage d’eſprit5. Tandis qu’il pouvoit accabler les Eſpagnols de toute ſa puiſſance, malgré l’avantage de [27]leur diſcipline & de leurs armes ; il voulut employer contr’6eux la perfidie.
Si l’empereur du Mexique eut ſû faire uſage de ces1 moyens, ſon trône eût été2 inébranlable . Mais ce prince oubliant ce qu’il ſe devoit , ce qu’il devoit 3 ſa couronne4, ne montra pas le moindre courage, la moindre intelligence5 . Tandis qu’il pouvoit accabler les Eſpagnols de toute ſa puiſſance, malgré l’avantage de leur diſcipline & de leurs armes, il voulut employer contr’6eux la perfidie.
Si l’empereur du Mexique eût ſu faire uſage de ces1 moyens, ſon trône eût été2 inébranlable . Mais ce prince oubliant ce qu’il ſe devoit, ce qu’il devoit à3 ſa couronne4, ne montra pas le moindre courage, la moindre intelligence5. Tandis qu’il pouvoit accabler les Eſpagnols de toute ſa puiſſance, malgré l’avantage de leur diſcipline & de leurs armes, il voulut employer contre6 eux la perfidie.
Si l’empereur du Mexique eût su faire usage de ses1 moyens, son trône eût été2 inébranlable. Mais ce prince, oubliant ce qu’il se devait, ce qu’il devait à3 sa couronne4, ne montra pas le moindre courage, la moindre intelligence5. Tandis qu’il pouvait accabler les Espagnols de toute sa puissance , malgré l’avantage de leur discipline et de leurs armes, il voulut employer contre6 eux la perfidie.
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Il les combloit à Mexico de préſents1, d’égards, de careſſes, & il faiſoit attaquer la Veracruz, colonie que les Eſpagnols avoient fondée pour s’aſſurer une retraite, ou pour recevoir des ſecours . Il faut, dit Cortez à ſes compagnons en leur apprenant cette nouvelle2 : il faut étonner ces barbares par une action d’éclat : j’ai réſolu3 d’arrêter l’empereur, & de me rendre maître de ſa perſonne. Ce deſſein fut approuvé. Auſſi-tôt accompagné de ſes officiers, il marche4 au palais de Montezuma5, & lui déclare qu’il faut le ſuivre, ou ſe réſoudre à périr. Ce prince, par une baſſeſſe égale6 à la témérité7 de ſes ennemis , ſe met entre leurs mains. Il eſt obligé de livrer au ſupplice les généraux8 qui n’avoient agi que par ſes ordres ; & il met le comble9ſon aviliſſement en rendant hommage de ſa couronne au roi d’Eſpagne10.
Il les combloit à Mexico de préſens1, d’égards , de careſſes, & il faiſoit attaquer la Vera-Cruz , colonie que les Eſpagnols avoient fondée pour s’aſſurer une retraite, ou pour recevoir des ſecours.Il faut, dit Cortez à ſes [47]compagnons, en leur apprenant cette nouvelle2 , il faut étonner ces barbares par une action d’éclat : j’ai réſolu3 d’arrêter l’empereur, & de me rendre maître de ſa perſonne. Ce deſſein fut approuvé , Auſſi-tôt, accompagné de ſes officiers , il marche4 au palais de Montezuma5, & lui declare qu’il faut le ſuivre, ou ſe réſoudre à périr, Ce prince, par une baſſeſſe égale6 à la témérité7 de ſes ennemis, ſe met entre leurs mains. Il eſt obligé de livrer au ſupplice les généraux8 qui n’avoient agi que par ſes ordres ; & il met le comble9ſon aviliſſement, en rendant hommage de ſa couronne au roi d’Eſpagne10
Il les combloit à Mexico de préſens1, d’égards , de careſſes, & il faiſoit attaquer la Vera-Crux, colonie que les Eſpagnols avoient fondée dans le lieu où ils avoient débarqué pour s’aſſurer une retraite, ou pour recevoir des ſecours. Il faut, dit Cortès à ſes compagnons, en leur apprenant cette nouvelle2 , il faut étonner ces barbares par une action d’éclat : j’ai réſolu3 d’arrêter l’empereur, & de me rendre maître de ſa perſonne. Ce deſſein fut approuvé . Auſſi-tôt, accompagné de ſes officiers , il marche4 au palais de Montezuma5, [387]& lui déclare qu’il faut le ſuivre, ou ſe réſoudre périr. Ce prince, par une baſſeſſe égale6 à la témérité7 de ſes ennemis, ſe met entre leurs mains. Il eſt obligé de livrer au ſupplice les généraux8 qui n’avoient agi que par ſes ordres ; & il met le comble9ſon aviliſſement , en rendant hommage de ſa couronne au roi d’Eſpagne10.
Il les comblait à Mexico de présens1, d’égards, de caresses, et il faisait menacer Véra-Cruz. Sorti de la place avec une partie de sa garnison et quelques montagnards qui l’avaient joint, Escalante attaqua l’armée envoyée pour le combattre, et la mit en déroute. Sa victoire coûta cher2. Il fut mortellement blessé, ainsi que sept de ses plus braves compagnons. Un3 d’entre eux tomba même vivant4 au pouvoir des fuyards5, et on envoya sa tête6 à la capitale7 de l’empire pour détromper ceux8 qui persistaient croire9l’immortalité des Espagnols10.
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Cortez, instruit de ce triste événement par deux Tlascalans déguisés qui lui avaient été expédiés , en fit part à ceux de ses officiers en qui il avait placé sa confiance, et les invita à méditer profondément sur le parti qu’il convenait de prendre . Les uns pensèrent qu’il fallait demander un passe-port pour se retirer. Il parut à d’autres qu’il valait mieux s’éloigner secrètement pendant la nuit. Le plus grand nombre fut d’avis d’ignorer [269]ce qui s’était passé, et d’attendre quelque circonstance favorable pour sortir de l’embarras où l’on se trouvait.
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Aucune de ces opinions ne se trouva à la hauteur des pensées du général. « Il ne doit, dit-il « d’un ton imposant, il ne doit appartenir qu’à « un coup du plus grand éclat de décider de notre « destinée. Nous irons, oui, nous irons arrêter « l’empereur jusque sur son trône, et le condui- « rons dans le quartier que nous occupons. C’est « la résolution la plus facile, la plus sûre, la plus « utile, la plus honorable à laquelle nous puis- « sions nous arrêter. Dans la crainte d’être poi- « gnardé, Montezuma ne fera point de résistance. « Le peuple étonné ne hasardera aucun mouve- « ment en sa faveur. L’importance de l’otage fera « notre sûreté. Sous son nom, nous deviendrons « les arbitres du gouvernement. L’idée déjà éta- « blie que nous sommes des êtres supérieurs au « reste du genre humain sera de plus en plus « confirmée. « Ce discours entraîna tous les suffrages , et les mesures pour le succès furent si habilement combinées, que tout se passa comme on l’avait prévu.
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A peine le souverain de tant de vastes états avait-il été ainsi dégradé, qu’il lui fallut livrer à ses geôliers ceux de ses lieutenans qui leur avaient fait la guerre. Un tribunal espagnol condamna ces malheureux aux flammes, et ils subirent leur sentence dans la capitale même de l’empire, aux [270]yeux d’une multitude immense, saisie d’étonnement , d’effroi et d’horreur. Cortez, qui, avant cet acte d’insolence et de barbarie, avait fait charger l’empereur de chaînes, se rendit sans perdre un moment auprès de lui. Les imposteurs qui vous avaient accusé d’être le premier auteur de leur crime sont enfin punis, lui dit-il. Vous avez confondu la calomnie en vous soumettant à une mortification de quelques heures. Vos fers sont rompus , et vous rentrerez dans votre palais quand il vous plaira. L’offre ne fut pas acceptée, et celui qui la faisait avait pris des mesures sûres pour qu’on n’en profitât pas.
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Il restait à l’infortuné Montezuma une dernière humiliation à essuyer, et elle ne se fit pas attendre. L’ambition de ses oppresseurs était de le rendre vassal de la Castille. C’était une proposition délicate à faire. On lui fit insinuer par Marina que c’était le seul moyen de se debarrasser des orgueilleux étrangers qui l’abreuvaient de tant d’opprobres . Il se laissa prendre au piége. Lui-même offrit ce que vraisemblablement on n’aurait jamais osé lui demander. L’hommage de sa couronne fut fait avec une solennité qui pouvait le faire regarder comme un acte national ; et pour premier tribut, il livra tout l’or qui se trouvait dans ses trésors, tout celui que ses courtisans y purent joindre.
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Au milieu de ces ſuccès, Cortez1 apprend que Narvaez envoyé2 avec une petite armée par3 le gouverneur4 de Cuba, vient5 pour lui ôter le commandement7 de la ſienne9. Il marche à ſon rival, il le combat, il le prend priſonnier. Il fait11 mettre bas les armes aux vaincus12, puis les leur rend en leur propoſant de le ſuivre. Il gagne leur cœur par ſa confiance & ſa magnanimité ; & l’armée de Navaez13 ſe range14 ſous ſes drapaux. Il reprend la route du17 Mexico, où il avoit laiſſé deux cens hommes19 qui gardoient l’empereur.
. Au milieu de ces ſuccès, Cortez1 apprend que Narvaez, envoyé2 avec une petite armée par3 le gouverneur4 de Cuba, vient5 pour lui ôter le commandement7 de la ſienne9. Il marche à ſon rival, il le fait priſonnier, oblige les vaincus 11 mettre bas les armes, puis les leur rend, en leur propoſant de le ſuivre. Il gagne leur cœur par ſa confiance & ſa magnanimité , & l’armée de Narvaez13 ſe range14 ſous ſes drapeaux. Il reprend la route de17 Mexico , où il avoit laiſſé deux cens hommes19 qui gardoient l’empereur.
Au milieu de ces ſuccès, on1 apprend que Narvaès vient d’arriver de Cuba2 avec huit cens fantaſſins, avec quatre-vingts chevaux, avec douze pièces de canon, pour prendre3 le commandement4 de l’armée &5 pour exercer des vengeances. Ces forces étoient envoyées par Velaſquès, mécontent que des aventuriers partis ſous ſes auſpices euſſent renoncé toute liaiſon avec6 lui, qu’ils ſe fuſſent déclarés indépendans7 de ſon autorité, & qu’ils euſſent envoyés des députés en Europe, pour obtenir8 la confirmation des pouvoirs qu’ils s’étoient arrogés eux-mêmes. Quoique Cortès n’ait que deux cens cinquante hommes9 ; il marche à ſon rival ; il le combat10, le fait priſonnier, oblige les vaincus à11 mettre bas les armes, puis les leur rend en leur propoſant de le ſuivre. Il gagne leur cœur par ſa con[388]fiance & ſa magnanimité. Ces ſoldats13 ſe rangent14 ſous ſes drapeaux ; & avec eux15, il reprend , ſans perdre un moment16, la route de17 Mexico où il n’18avoit pu laiſſer que cent cinquante Eſpagnols19 qui, avec les Tlaſcaltèques20 gardoient étroitement21 l’empereur.
Au milieu de ces succès, on1 apprend que Narvaès vient d’arriver de Cuba2 avec huit cents fan[271]tassins , avec quatre-vingts chevaux, avec douze pièces de canon, pour prendre3 le commandement4 de l’armée et5 pour exercer des vengeances. Ces forces étaient envoyées par Vélasquez, mécontent que des aventuriers, partis sous ses auspices , eussent renoncé à toute liaison avec6 lui, qu’ils se fussent déclarés indépendans7 de son autorité , et qu’ils eussent envoyé des députés en Europe pour obtenir8 la confirmation des pouvoirs qu’ils s’étaient arrogés eux-mêmes. Quoique Cortez n’ait que deux cent cinquante hommes9, il marche à son rival : il le combat10, le fait prisonnier , oblige les vaincus à11 mettre bas les armes, puis les leur rend en leur proposant de le suivre. Il gagne leur cœur par sa confiance et sa magnanimité . Les soldats13 se rangent14 sous ses drapeaux, et avec eux15 il reprend, sans perdre un moment16, la route de17 Mexico, où il n’18avait pu laisser que cent cinquante Espagnols19 qui, avec les Tlascalans20 , gardaient étroitement21 l’empereur.
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Il y avoit des mouvemens dans la nobleſſe Mexicaine, qui étoit indignée de la captivité de ſon prince ; & le zele indiſcret des Eſpagnols qui dans une fête publique en l’honneur des dieux du pays, renverſerent les autels, & maſ[28]ſacrentles1 adorateurs & les prêtres, avoit fait prendre les armes au peuple.
Il y avoit des mouvemens dans la noblesſe Mexicaine, qui étoit indignée de la captivité de ſon prince ; & le zele indiſcret des Eſpagnols, qui dans une fête publique en l’honneur des Dieux du pays, renverſerent les au[48]tels & maſſacrerent les1 adorateurs & les prêtres , avoit fait prendre les armes au peuple.
Il y avoit des mouvemens dans la nobleſſe Mexicaine, qui étoit indignée de la captivité de ſon prince ; & le zèle indiſcret des Eſpagnols , qui dans une fête publique en l’honneur des dieux du pays, renverſèrent les autels & maſſacrèrent les1 adorateurs & les prêtres, avoit fait prendre les armes au peuple.
Il y avait des mouvemens dans la noblesse mexicaine, qui était indignée de la captivité de son prince ; et le zèle indiscret des Espagnols qui, dans une fête publique en l’honneur des dieux du pays, renversèrent les autels et massacrèrent les1 adorateurs et les prêtres, avait fait prendre les armes au peuple.
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Les Mexicains n’1avoient de barbare que leur ſuperſtition ; mais2 leurs prêtres étoient des monſtres qui faiſoient l’abus le plus affreux du culte abominable qu’ils avoient impoſé à la crédulité de la nation. Elle reconnoiſſoit3, comme tous les peuples policés, un être ſuprême, une vie à venir , avec ſes peines & ſes récompenſes ; mais ces dogmes utiles4, étoient mêlés d’abſurdités qui les rendoient incroyables.
Les Mexicains n’1avoient de barbare que leur ſuperſtition, mais2 leurs prêtres étoient des monſtres, qui faiſoient l’abus le plus affreux du culte abominable qu’ils avoient impoſé à la crédulité de la nation. Elle reconoiſſoit3, comme tous les peuples policés, un être ſuprême, une vie à venir, avec ſes peines & ſes récompenſes ; mais ces dogmes utiles4 étoient mêlés d’abſurdités qui les rendoient incroyables.
Les Mexicains avoient des ſuperſtitions barbares ; &2 leurs prêtres étoient des monſtres , qui faiſoient l’abus le plus affreux du culte abominable qu’ils avoient impoſé à la crédulité de la nation. Elle reconnoiſſoit3, comme tous les peuples policés, un être ſuprême , une vie à venir, avec ſes peines & ſes récompenſes : mais ces dogmes ſublimes4 étoient mêlés d’abſurdités, qui les rendoient incroyables.